Le Québéc à L'Heure de L'Asie

Author(s): Charles-Louis Labrecque

 

Abstract:

Les résultats de ces sondages laissent transparaître de nombreuses différences de perceptions de l’Asie selon les provinces. À cet égard,la perception des Québécois, en soi et comparativement à celle des Canadiens des autres provinces, est fort révélatrice tant en regard de ce qui nous distingue que des attitudes que nous partageons avec l’ensemble des Canadiens.

Op-Ed

Il n’y a pas si longtemps, les Québécois se montraient craintifs face à l’importance grandissante du continent asiatique sur l’échiquier économique mondial. Les résultats du dernier sondage de la Fondation Asie Pacifique démontrent que leur attitude a changé et qu’ils prennent conscience comme jamais auparavant que leur avenir est en partie lié à l’Asie.

Par exemple, 51 % des Québécois estiment que la Chine représente une opportunité plutôt qu’une menace. Qui plus est, 16 % entretiennent des sentiments favorables envers elle, comparativement à 9 % en Ontario, 11 % dans les Maritimes et 12 % dans l’ensemble du Canada. 

Une majorité de Québécois estiment même aujourd’hui que les économies asiatiques sont essentielles à notre bien-être économique.

Près des trois quarts des répondants québécois sont persuadésque d’ici 10 ans l’influence globale de Beijing dépassera celle de Washington et près de 50 % qu’elle est essentielle pour notre prospérité.

L’idée que le Canada doit agir maintenant afin de profiter des besoins énergétiques des pays asiatiques est partagée par 61 % des Québécois. Et seulement un sur trois croit que les risques découlant de ces investissements en excèdent les bénéfices.

Quant au rôle du gouvernement du Québec dans cette tâche, près des trois quarts des Québécois approuvent la tenue fréquente de missions commerciales en Asie.

Selon Yuen Pau Woo, président et chef de la direction de la Fondation Asie Pacifique, il n’est pas étonnant de voir les Québécois s’ouvrir ainsi. L’orientation internationaliste du Québec s’étend depuis longtemps bien au-delà de l’Amérique du Nord, ce qui se reflète dans la portée globale de plusieurs de ses grandes entreprises, telles que CAE, Bombardier, le Cirque du Soleil, Power Corporation et SNC-Lavalin. M. Woo ajoute que l’annonce du Plan Nord a fixé l’attention sur le rôle essentiel des investissements et de la demande asiatiques dans le développement des régions nordiques du Québec.

Malgré cette récente percée, toutefois, les Québécois hésitent à s’ouvrir pleinement à l’Asie. D’abord, bien qu’ils soient favorables aux investissements asiatiques dans les secteurs de l’énergie et des ressources naturelles, 51 % d’entre eux sont d’avis que les États-Unis demeurent notre principal partenaire commercial et qu’il serait imprudent de s’aventurer trop rapidement en Asie, comparativement à 43 % pour l’ensemble du Canada. De plus, les Québécois sont partagés à savoir si les risques environnementaux surpassent les avantages économiques anticipés de la vente de pétrole et de gaz à l’Asie.

Ils sont aussi plus réticents face à l’adoption d’accords de libreéchange avec les pays asiatiques qu’avec, par exemple, l’Union européenne ou le Brésil. Alors que 63 % appuieraient un accord de libre-échange avec le Japon, ils sont moins nombreux à souhaiter que soient conclus de tels accords avec la Chine (52 %), l’Inde (47 %),l’Asie du Sud-Est (47 %) et la Corée du Sud (43 %).

Enfin, seulement 27 % des Québécois se disent favorables à l’octroi de ressources additionnelles à l’enseignement des langues asiatiques, une initiative qui reçoit pourtant 42 % d’approbation, en moyenne, au Canada.

Le Québec demeure ainsi la province qui s’identifie le moins avec la région de l’Asie Pacifique et elle possède près de la moitié moins de liens avec l’Asie que le reste du Canada.

La Fondation Asie Pacifique du Canada a récemment lancé un Dialogue canadien sur l’Asie – campagne visant à inciter les Canadiens à penser et à parler de l’impact de la montée de l’Asie sur les individus,la politique commerciale, la société civile et le public. Les relations que le Canada et le Québec vont développer avec cette région en plein essor s’annoncent cruciales pour notre avenir économique.  La qualité et l’étendue de celles qui seront établies par les différents paliers de gouvernement incarneront en partie la façon dont nous,Canadiens et Québécois, percevrons cette région.

 

Cet article était publié dans le Magazine Forces, Numéro 170 en juin 2012.

M. Charles-Louis Labrecque est un chercheur associé postuniversitaire à la Fondation Asie Pacifique du Canada.

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