Cette semaine, les États-Unis se sont encore un peu plus éloignés de la région indo-pacifique en réduisant brusquement leur participation aux exercices militaires avec la Corée du Sud et en transférant un porte-avions d’Asie vers le Moyen-Orient.
Le président américain Donald Trump a annoncé dimanche que les États-Unis allaient « réduire considérablement » leur participation aux exercices « Ulchi Freedom Shield », prévus du 17 au 27 août, aux côtés de la Corée du Sud.
M. Trump a déclaré que ces exercices étaient « coûteux » et « envoyaient un signal tout à fait inapproprié et hostile » à la Corée du Nord, un pays qui s’est montré « non menaçant et respectueux ». (Pyongyang a procédé à 11 tirs d’essai de missiles balistiques présumés depuis le début de l’année; le dernier en date a eu lieu mercredi dernier.) M. Trump a également souligné que la Corée du Sud n’était pas disposée à aider les États-Unis dans leurs attaques contre l’Iran.
« Si le discours ne vous plaît pas, changez de sujet »
Le président Trump ressort les mêmes stratagèmes que lors de son premier mandat : en 2018, il avait suspendu les activités militaires avec la Corée du Sud en guise de concession envers la Corée du Nord, après un sommet avec Kim Jong Un. À l’époque, il avait eu recours au même argument, en déclarant : « Nous allons réaliser d’énormes économies. En plus, c’est très provocateur. » Les présidents Trump et Kim ne se sont pas rencontrés depuis 2019.
Il est également possible que Donald Trump veuille simplement « changer de sujet ». Un sondage Reuters/Ipsos publié lundi a révélé que la cote de popularité de Donald Trump était tombée à 33 %, son plus bas niveau depuis le début de son mandat, en partie à cause des frappes américaines contre l’Iran.
Jeehye Kim, gestionnaire du programme Asie du Nord-Est à la FAP Canada, a déclaré à Observatoire Asie que cette décision « découle de la nécessité pour Trump de détourner l’attention de l’Iran, mais qu’il s’agit davantage d’un avertissement adressé au président sud-coréen Lee Jae Myung que d’une tentative de plaire à M. Kim ».
« Le choix des mots et du moment pour cette annonce reflète de subtiles difficultés dans les relations entre les États-Unis et la Corée du Sud, a-t-elle déclaré, à savoir le mécontentement de Trump face à la lenteur de la mise en œuvre de l’investissement de 350 milliards $ US de la Corée du Sud aux États-Unis – promis l’année dernière – et les divergences concernant la question du rétablissement par Séoul du contrôle opérationnel des troupes américaines en temps de guerre. »
Par ailleurs, la semaine dernière, les États-Unis ont transféré l’USS George Washington du Pacifique occidental vers le Moyen-Orient, remplaçant ainsi un autre porte-avions qui était en mer depuis neuf mois.
Cette « réorganisation » de la puissance militaire américaine devient une tendance : après l’attaque américaine contre l’Iran en février, Washington a « transféré des douzaines d’intercepteurs de missiles et d’autres biens de la Corée du Sud vers le Moyen-Orient », selon The Wall Street Journal. Environ 28 500 soldats américains sont toujours stationnés en Corée du Sud.
Le président Lee, bien sûr, est favorable à une Corée du Nord dénucléarisée – l’objectif de Donald Trump en 2018 – et s’est montré moins intransigeant dans son approche vis-à-vis de Pyongyang que son prédécesseur. Dimanche, il a même proposé des négociations visant à mettre officiellement fin à la guerre de Corée, qui est techniquement suspendue depuis la signature d’un armistice en 1953. Pyongyang n’a pas répondu aux ouvertures de M. Lee et, l’année dernière, a qualifié sa vision d’une péninsule coréenne dénucléarisée de « rêve pour le moins naïf »
L’ouverture d’Ottawa
Même dans le climat tendu qui a suivi la décision d’Ottawa de choisir l’entreprise allemande TKMS plutôt que la société sud-coréenne Hanwha Ocean pour son contrat historique portant sur la construction de sous-marins, les liens entre le Canada et la Corée du Sud en matière de défense ne cessent de se renforcer.
Lundi, le NCSM Charlottetown est arrivé à Halifax, en Nouvelle-Écosse, au terme d’un déploiement de six mois dans la région indo-pacifique, où il a participé à l’opération NEON, une mission multinationale visant à faire respecter les sanctions contre la Corée du Nord. Le navire a parcouru plus de 45 000 milles marins, soit environ deux fois le tour de la Terre au niveau de l’équateur.
Ce type d’engagement soutenu témoigne d’un changement dans l’approche du Canada à l’égard de la région et est de bon augure pour la coopération future. Selon madame Kim, de la FAP Canada, « l’imprévisibilité des États-Unis offre à Ottawa l’occasion de se repositionner comme un partenaire fiable dans la lutte contre la Corée du Nord, grâce à son expertise en matière de cybersécurité et de surveillance maritime ».