Le Canada et la Chine s’entretiennent de défense pour la première fois depuis 2018

Des représentants du Canada et de la Chine se sont rencontrés à Ottawa dans le cadre d’un dialogue de coordination en matière de défense le 4 septembre, ravivant un mécanisme de communication qui était au point mort depuis huit ans.

Beijing a déclaré que les deux parties ont discuté de renforcement de la confiance, de « questions internationales et régionales d’intérêt mutuel » et de possibilités de coopération pratique. Ottawa a confirmé la tenue de la réunion aux médias canadiens après coup et a déclaré au Globe and Mail que moins de 10 représentants canadiens y ont pris part.

Le plus haut gradé canadien présent était un major-général, soit deux échelons sous le chef d’état-major de la défense du Canada. Beijing n’a pas précisé la composition de sa délégation.

Le premier ministre canadien Mark Carney et le président chinois Xi Jinping ont publié une déclaration commune en janvier, à la suite du voyage de Mark Carney en Chine. Ils ont convenu de « faire progresser les résultats dans les domaines » du commerce, de l’énergie, des finances, de la sécurité publique, des liens de peuple à peuple et du multilatéralisme. La coordination en matière de défense n’a pas été mentionnée. Le compte-rendu d’une réunion tenue en mai entre la ministre canadienne des Affaires étrangères Anita Anand et son homologue chinois n’a pas non plus abordé la question de la défense.

Ottawa a toutefois décrit le dialogue de ce mois-ci comme des « communications fonctionnelles entre militaires » plutôt que comme une initiative visant à approfondir les liens en matière de défense. Un porte-parole du gouvernement a déclaré que la réunion « concordait avec l’engagement global du Canada en matière de défense avec ses partenaires de toute la région indo-pacifique ».

En bons termes

ElizabethDonkervoort, conseillère principale de la FAP Canada pour la Chine, a déclaré à Observatoire Asie qu’à la lumière des tensions entre le Canada et les États-Unis, « les discussions qu’a tenues Ottawa avec le principal concurrent de Washington envoient un message fort. Sur le plan stratégique, il existe un véritable avantage au maintien de la communication avec la Chine. Quelques jours avant le dialogue entre le Canada et la Chine, les États-Unis et la Chine ont repris leurs propres pourparlers militaires après une pause de deux ans. »

Les partenaires du Canada participent à des dialogues similaires et à des forums de niveau supérieur. En 2025, après une pause de six ans, la Chine et l’Australie ont repris un dialogue stratégique sur la défense auquel a pris part le commandant en second de l’armée australienne. En juin, le vice-chef des forces de défense de la Nouvelle-Zélande s’est rendu en Chine pour participer à un dialogue annuel sur la défense stratégique.

Parallèlement à ces dialogues se déroulent des réunions de travail. En avril, la France a accueilli le 15e Symposium Chine–France sur les politiques de sécurité pour les officiers supérieurs. En mai, la Chine et les États-Unis ont tenu des réunions de travail à Hawaï dans le cadre de l’accord de consultation maritime militaire. Ces réunions visent à établir des voies de communication fiables, à réduire les tensions et, idéalement, mais pas toujours, à aviser les autres pays des exercices et des déplacements militaires qui auront lieu.

Dans le cas du Canada, cela pourrait se traduire par des discussions sur les déplacements dans le détroit de Taïwan. En mai, le NCSM Charlottetown a traverséle détroit de Taïwan, suscitant des protestations de Beijing. Des navires canadiens ont navigué dans le détroit de Taïwan au moins huit fois depuis la publication de la Stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique en 2022.

Mme Donkervoort a toutefois déclaré que cette situation s’accompagnait de risques. « Ottawa n’a pas annoncé ce dialogue, et ne veut toujours pas publier les modalités d’un protocole d’entente entre la GRC et le ministère de la Sécurité publique de la Chine, a-t-elle déclaré. Il est compréhensible de vouloir cacher son jeu pendant une négociation, mais le Canada fait affaire avec un État qui fait appel à des échanges militaires pour recueillir des renseignements. De plus, le Canada entretient de réelles frictions avec l’armée chinoise, y compris dans l’Arctique, et avec les navires chinois qui suivent les siens dans le détroit de Taïwan. »