Le Canada renforce sa visibilité dans l’affaire du génocide au Myanmar

Le Canada, ainsi que le Danemark, la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, ont déposé une requête auprès de la Cour internationale de justice (CIJ) pour se joindre à l’affaire accusant le Myanmar d’avoir commis un génocide à l’encontre de la minorité Rohingya lors des « opérations de nettoyage » de 2016-2017, dans l’État de Rakhine, situé dans l’Ouest du pays.

L’affaire a été présentée en 2019 par une équipe d’avocats canadiens, britanniques et américains de la part de la nation africaine de la Gambie. Malgré que la Gambie n’ait aucune connexion directe avec les crimes présumés, elle agit au nom de l’Organisation de la coopération islamique et poursuit l’affaire en tant qu’État partie à la convention de 1948 sur le génocide.
 

En recherche de solutions à une tragédie

L’engagement du Canada sur la question des Rohingyas a commencé à se manifester après que Bob Rae, alors envoyé spécial d’Ottawa au Myanmar, ait conclu sa mission d’enquête dans la région en 2017-2018. Son rapport a servi de base à la stratégie actuelle du Canada en faveur des Rohingyas, qui se concentre sur les questions de « responsabilité et d’impunité » et sur la mise en place d’une aide humanitaire pour les Rohingyas qui sont toujours au Myanmar et pour ceux qui ont cherché refuge au pays voisin, le Bangladesh.

Cependant, le temps presse pour les Rohingyas : les conditions de vie dans les camps de réfugiés surpeuplés et insalubres au Bangladesh continuent d’inciter des groupes de Rohingyas à s’enfuir par bateau – près de 1 000 d’entre euxsont arrivés en Indonésie juste la semaine dernière. De nombreux pays voisins du Myanmar en Asie du Sud-Est ont été critiqués par des membres de la communauté internationale pour avoir refusé ces navires, laissant certains des passagers mourir en mer.
 

Le rapatriement n’est pas une option

Alors que la procédure juridique soutenue par le Canada devant la CIJ progresse lentement, les conditions sur le terrain au Myanmar se détériorent à un rythme alarmant. Au cours des trois dernières semaines, la violence s’est intensifiée entre le gouvernement militaire, qui a renversé le gouvernement élu en 2021, et un groupe d’organisations armées ethniques qui travaillent en coordination de plus en plus étroite pour s’opposer à la junte.

Malgré la situation sécuritaire déplorable, les gouvernements du Bangladesh et du Myanmar pilotent un projet négocié par la Chine pour rapatrier les Rohingya à l’État de Rakhine. Ces plans semblent maintenant particulièrement malavisés : le 21 novembre, les Nations Unies ont signalé que les violences au Myanmar étaient « les plus importantes en ampleur et les plus étendues géographiquement » depuis le coup d’État de 2021. L’État de Rakhine était soumis à un cessez-le-feu d’un an, mais celui-ci a été rompu par l’une des organisations armées ethniques, l’Armée de l’Arakan, le 13 novembre dernier.