Si les exportateurs canadiens parviennent à tirer parti des plus récentes capacités numériques et de l’IA, les échanges commerciaux du pays s’orienteront naturellement vers des activités à forte croissance et à valeur élevée, et se répartiront sur un plus grand nombre de marchés.
Les interdictions d’importation décrétées par le président américain Donald Trump et l’imposition de droits de douane de 50% sont les derniers épisodes d’une série acharnée de chocs qui frappent le commerce canadien. Ottawa investit des milliards de dollars dans les infrastructures pour acheminer les ressources et les produits agricoles canadiens vers les marchés mondiaux et réduire la vulnérabilité du pays. Mais une occasion majeure de réduire les risques auxquels le Canada est exposé demeure largement absente du débat national : les percées en intelligence artificielle, conjuguées à une économie de plus en plus numérisée, élargissent considérablement les possibilités commerciales du pays.
Il y a quelques années, les modèles d’IA ont commencé à pouvoir accomplir un large éventail de tâches, y compris certaines pour lesquelles ils n’avaient pas été entraînés. Parallèlement, ces outils d’IA polyvalents sont devenus accessibles à tout le monde, et non plus seulement aux personnes possédant une expertise technique. Il s’agit d’une percée majeure. Auparavant, les modèles d’IA ne pouvaient accomplir que la tâche précise pour laquelle ils avaient été entraînés, et leur utilisation exigeait une expertise technique.
Cette percée en IA constitue également une avancée majeure pour le commerce. Les outils d’IA peuvent désormais être appliqués à un immense éventail d’activités économiques. Grâce à ces nouvelles capacités, les entreprises canadiennes pourraient créer des produits et services d’exportation entièrement nouveaux. Pensons, par exemple, à des équipements d’exploitation forestière qui s’adaptent automatiquement à l’évolution des conditions. Ces systèmes d’IA polyvalents pourraient aussi accroître la valeur des exportations existantes et les rendre plus concurrentielles à l’échelle mondiale. Par exemple, les modèles d’IA peuvent désormais repérer les réserves de minéraux critiques plus rapidement et avec plus de précision que jamais.
Les avancées du numérique et de l’IA font en sorte que les exportations englobent désormais toutes sortes de produits, des données synthétiques aux modèles d’IA, en passant par les données et les composantes d’IA intégrées aux produits traditionnels. Les entreprises n’ont pas besoin d’expédier physiquement ces produits au-delà des frontières pour les exporter vers les marchés mondiaux. Elles peuvent les transmettre instantanément par voie numérique, notamment au moyen d’applications, de fichiers numériques et de l’infonuagique.
Les biens et services échangeables numériques et fondés sur l’IA, qu’ils soient nouveaux ou améliorés, offrent au Canada une occasion immense et largement sans limites d’améliorer son niveau de vie et sa capacité à résister aux chocs. Les services fournis par voie numérique représentent un marché mondial de 7 500 milliards de dollars. Les exportations numériques et fondées sur l’IA figurent parmi les segments du commerce international qui connaissent la croissance la plus rapide et présentent la plus grande valeur. Pourtant, le Canada ne tire pas pleinement parti de ses atouts. Les exportations canadiennes de services numériques représentent moins de 2% du marché mondial. Ni cette part ni la valeur en dollars de ces exportations n’ont évolué depuis les percées en IA survenues il y a quelques années.
En plus d’élargir l’éventail de ce que nous pouvons échanger, les avancées en IA et les outils numériques facilitent les échanges commerciaux et l’expansion à l’international. Une entreprise qui vend un flux de données uniques ou un logiciel intégrant l’IA pourrait les exporter vers plusieurs marchés à la fois, à un coût presque nul pour chaque client supplémentaire. Même les plus petites entreprises canadiennes peuvent désormais utiliser ces outils d’IA largement accessibles pour mieux comprendre la réglementation et la demande partout dans le monde. Les agents d’IA pourraient communiquer avec des acheteurs du monde entier dans les langues locales. Ils peuvent concevoir et mener en continu une campagne de marketing mondiale, repérer et joindre de nouveaux acheteurs, puis améliorer les résultats en « apprenant » de ce qui ne fonctionne pas. Auparavant, toutes ces tâches étaient soit d’un coût prohibitif, soit tout simplement impossibles pour les petites entreprises, surtout à une telle échelle et avec un tel niveau de qualité et de rapidité.
La proximité des marchés demeurera importante pour certains types d’échanges commerciaux canadiens. Mais à mesure que les coûts des échanges diminuent, la géographie ne constitue plus une contrainte aussi importante qu’auparavant. Elle pourrait même ne plus avoir d’importance pour de nombreux produits numériques et fondés sur l’IA. Une expansion importante des exportations canadiennes à l’extérieur des États-Unis pourrait enfin se concrétiser. Les entreprises pourraient plus facilement exporter vers les marchés où la demande est forte et en croissance rapide, où qu’ils se trouvent dans le monde.
Si les exportateurs canadiens parviennent à tirer parti des plus récentes capacités numériques et de l’IA, les échanges commerciaux du pays s’orienteront naturellement vers des activités à valeur plus élevée et à croissance plus rapide. Ils se diversifieront aussi davantage selon les marchés, les produits, les services, les modes de livraison et la taille des entreprises, petites comme grandes. Un choc donné risquerait alors moins de toucher l’ensemble de ces échanges à la fois. Et les retombées pourraient être immédiates, plutôt que de se faire attendre pendant les années nécessaires à la construction de nouvelles infrastructures.
Le Canada dispose d’atouts considérables à mettre à profit : des chercheurs de pointe en IA, une population active hautement scolarisée et une réputation de fiabilité et de prévisibilité. Nous possédons également une expertise dans tous les secteurs, de l’exploitation minière aux technologies propres, en passant par le multimédia. Mais pour en tirer parti, le Canada devra se doter d’une nouvelle stratégie commerciale. La stratégie de diversification commerciale d’Ottawa s’est largement concentrée sur les exportations traditionnelles, mentionnant à peine les services numériques et laissant entièrement de côté le commerce lié à l’IA.
Les capacités de l’IA, qui s’appliquent à l’ensemble de l’économie, continuent de progresser à un rythme soutenu. Chaque avancée ouvre la voie à de nouvelles exportations, à une valeur accrue des exportations existantes et au déploiement rapide de ces innovations à l’échelle mondiale. À mesure que les possibilités commerciales du Canada s’élargissent, sa capacité à améliorer le niveau de vie de sa population et à résister aux chocs à venir augmente elle aussi.
Cet article a d’abord été publié dans The Hill Times le 12 octobre 2026, dans le cadre des recherches de Danielle Goldfarb à titre de boursière de recherche John H. McArthur 2025-2026 de la Fondation Asie Pacifique du Canada.