Beijing dénonce une décision vieille de dix ans concernant la mer de Chine méridionale

Ce week-end, 14 pays, dont le Canada, ont réaffirmé leur soutien à une décision rendue il y a dix ans qui invalide les revendications excessives de Beijing sur une grande partie de la mer de Chine méridionale, se rangeant ainsi du côté des Philippines et s’attirant les foudres de la Chine.

La déclaration commune du 11 juillet, publiée pour commémorer la sentence rendue en 2016 par le tribunal arbitral sur le différend entre les Philippines et la Chine concernant la mer de Chine méridionale, soulignait que cette décision constituait « une étape importante et qu’elle était définitive, juridiquement contraignante et sans appel », et qu’« il n’existe aucun fondement juridique aux revendications maritimes étendues de la Chine en mer de Chine méridionale ».

Cet arbitrage s’appuyait sur la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM) de 1982, à laquelle les Philippines et la Chine sont toutes deux parties.

Les estimations varient, mais le volume des échanges commerciaux transitant chaque année par la mer de Chine méridionale pourrait atteindre 6,4 billions $ US. Beijing revendique 90 % de cette mer, ce qui entre en conflit avec les revendications des Philippines, de l’Indonésie, de la Malaisie, de Taïwan et du Vietnam.

Dans leur déclaration commune, ces pays, notamment le Canada, l’Australie, le Japon, la Nouvelle-Zélande, les Philippines et les États-Unis, se sont également opposés à toute forme de harcèlement, d’entrave ou d’intimidation en mer de Chine méridionale, faisant ainsi clairement allusion aux tactiques de zone grise de la Chine.

Beijing a de nouveau qualifié la décision de 2016 de « bout de papier sans valeur » et a fait valoir que le tribunal n’avait jamais eu compétence en la matière, la Chine ayant choisi en 2006 de ne pas participer aux litiges relatifs à la délimitation maritime dans le cadre de la CNUDM. Les médias d’État chinois se sont déchaînés pour critiquer la déclaration commune, l’un d’entre eux affirmant que « toute force extérieure tentant de semer le trouble autour de la question de la mer de Chine méridionale n’est qu’une mante religieuse essayant d’arrêter un char et finira par être écrasée ».

Séoul reste muette

La Corée du Sud ne figurait pas dans la communication du 11 juillet. La dépendance commerciale n’est qu’un aspect de la question : l’année dernière, la Chine était la première destination des exportations sud-coréennes de biens (131 milliards $ US, soit 18 % du total des exportations) et des importations de biens (142 milliards $ US, soit 22 % du total des importations), selon l’Hudson Institute.

Mais le Japon, qui a signé cette déclaration, présente une exposition commerciale semblable vis-à-vis de la Chine : en 2024, 17 % des exportations japonaises de marchandises étaient destinées à la Chine, tandis que 22,5 % des importations japonaises de marchandises provenaient de Chine.

Séoul s’est abstenue d’approuver explicitement cette décision, déclarant plutôt en 2016 qu’elle « prenait acte de la sentence arbitrale ». Quelques jours avant cette décision, la Corée du Sud avait annoncé qu’elle allait déployer un système américain de défense antimissile en réponse aux menaces nord-coréennes. Comme l’avait écrit la FAP Canada à l’époque, « Beijing considère [ce système antimissile] comme une atteinte à son “intérêt fondamental”, ce qui, dans le langage chinois, revient à franchir sa ligne rouge ». Pour ces raisons, entre autres, « Séoul s’est toujours abstenue de prendre position dans les différends maritimes », selon un chapitre de l’ouvrage External Stakeholders in the South China Sea.

Par ailleurs, le président sud-coréen Lee Jae Myung cherche à adopter une approche plus conciliante envers la Chine que son prédécesseur, Yoon Suk Yeol, dans l’espoir de s’appuyer sur Beijing pour d’éventuelles négociations avec la Corée du Nord et d’éviter les mesures de coercition économique imposées, par exemple, au Japon au cours des huit derniers mois. 

Prendre la défense de Manille

Le soutien apporté par le Canada à cette déclaration s’aligne sur l’approche de « principes et pragmatisme » du premier ministre canadien Mark Carney en matière de politique étrangère, et sur le contexte des relations délicates entre le Canada et la Chine.

Malgré la visite de M. Carney en Chine en janvier, les relations bilatérales restent compliquées par des points de friction non résolus, notamment les droits de douane chinois sur la viande de porc et l’amidon de pois canadiens, la question de Taïwan, l’ingérence étrangère et, comme le montre la déclaration du 11 juillet, la mer de Chine méridionale. Il est peu probable que Beijing vise précisément le Canada pour la déclaration du 11 juillet, mais la question pourrait être soulevée si M. Carney et le président chinois Xi Jinping se rencontraient lors du sommet de l’APEC en novembre.

Pour Ottawa, la signature de la déclaration témoigne également de sa solidarité avec les Philippines. Carney a reçu le président philippin Ferdinand Marcos Jr. plus tôt ce mois-ci à Vancouver, en Colombie-Britannique, où les deux dirigeants ont élevé leurs relations au niveau de partenariat stratégique.