Mercredi, le président américain Donald Trump est arrivé à Beijing pour son sommet tant attendu avec le président chinois Xi Jinping. Les deux dirigeants accordent la priorité à la stabilité de leur relation et prolongent la trêvecommerciale conclue lors des réunions de l’APEC en Corée du Sud en octobre dernier.
Bien qu’on ne s’attende pas à des avancées majeures, les discussions qui se sont tenues lors du sommet, notamment sur le commerce, Taïwan, la technologie et la gestion des crises mondiales, donneront le ton pour l’avenir des relations entre les États-Unis et la Chine.
En matière de commerce, le président Trump espère marquer des points grâce aux ventes d’aéronefs et de produits agricoles américains. Mais les législateurs américains, ainsi que les constructeurs automobiles, les producteurs d’acier, les syndicats et les associations professionnelles, craignent que l’accès au secteur automobile américain ne fasse partie de l’entente. En janvier, lors d’un discours devant des chefs d’entreprise à Détroit, M. Trump a estimé qu’il serait « formidable » de « laisser la Chine entrer » et a laissé entendre qu’elle le suppliait de reconsidérer cette idée.
L’administration Trump propose également la création d’un Conseil du commerce et d’un Conseil de l’investissement. Le premier serait chargé de veiller au respect des engagements verbaux pris en matière commerciale, tandis que le second aurait pour mission de s’attaquer aux « obstacles aux investissements de certaines entreprises » dans l’un ou l’autre des pays. Certains analystes estiment que la Chine tirerait profit de la création de ces deux instances, car celles-ci suppriment la pression que subit la Chine pour qu’elle réforme son système économique, notamment en matière de subventions accordées à ses industries.
Le Canada suivra de près les conclusions de ces discussions. En janvier, Ottawa a accepté d’autoriser l’importation d’un maximum de 49 000 véhicules électriques chinois. La réaction de Trump à cette annonce a fait un virage à 180 degrés : il est passé de l’indifférence à la menace d’imposer des droits de douane de 100 % au Canada.
La crainte des bavards et de la vente de puces
Beijing profitera de ce sommet pour faire valoir sa position sur Taïwan, et plus précisément pour inciter Washington à passer d’une attitude de « non-soutien » à une opposition explicite à l’indépendance de l’île. Si M. Trump mord à l’hameçon en faisant une remarque spontanée dans ce sens, cela pourrait réduire à néant les décennies d’efforts déployés par les États-Unis pour conserver le statu quo. Des sources anonymes proches de la Maison-Blanche ont confirmé ces inquiétudes, déclarant à Politico que Donald Trump « ne s’investissait peut-être pas suffisamment personnellement [dans les relations avec Taïwan] pour s’en tenir au scénario prévu ».
En matière de technologie, la grande question est de savoir si Washington continuera de protéger les secteurs clés, soit l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, l’informatique quantique, le contrôle des exportations et la fabrication de pointe. La situation est désormais moins certaine, puisque Jensen Huang, PDG de Nvidia, qui a fait pression sur Washington pour obtenir l’autorisation de vendre les puces les plus avancées de son entreprise à la Chine, s’est joint à la délégation américaine.
En parallèle, Ottawa continue de se concentrer sur le renforcement des capacités technologiques souveraines du Canada. Mardi, le ministre de l’Intelligence artificielle et de l’Innovation numérique, Evan Solomon, a annoncéun investissement de 66 millions de dollars canadiens pour aider les entreprises canadiennes à accéder à la puissance de calcul – indispensable aux centres de données à grande échelle dont dépend l’infrastructure nationale d’IA – et à réduire la dépendance du Canada à l’égard des systèmes sous contrôle étranger.
Enfin, la guerre en Iran occupera une place prépondérante. Les deux dirigeants souhaitent vivement que le conflit prenne fin, mais leurs positions sont diamétralement opposées sur au moins un point : Donald Trump souhaite que les efforts de changement de régime aboutissent, ce qui n’est pas le cas de Beijing. De plus, la Chine continue d’acheter du pétrole iranien, au mépris des sanctions américaines. Cependant, M. Trump semble disposé à mettre cette question de côté pour éviter qu’elle ne vienne compromettre ses autres priorités.
Une chute brutale
Même si les présidents Trump et Xi ne font que des annonces modestes, cet événement sera chargé de symbolisme. À l’origine, Trump avait prévu de rencontrer le président Xi en mars, alors qu’il s’attendait à être au sommet de sa gloire grâce aux « victoires » de l’armée américaine au Venezuela et en Iran. Il arrive plutôt affaibli par l’enlisement en Iran et confronté à de nouvelles interrogations quant à la capacité des États-Unis à maintenir leur présence économique, diplomatique et militaire dans la région indo-pacifique.
À l’inverse, M. Xi dégage une assurance qui laisse entendre que la Chine est incontestablement devenue l’acteur international le plus stable et le plus influent, renforçant ainsi le discours que la Chine se tient à elle-même et à ses interlocuteurs, selon lequel les États-Unis, autrefois puissants, sont désormais en déclin inévitable.