La situation diplomatique à l’échelle internationale a été marquée la semaine dernière par de forts contrastes : à Washington, des messages incohérents et des mesures hésitantes pour résoudre la crise en Iran, et dans la région indo-pacifique, une vision claire des dirigeants soucieux de renforcer leurs liens avec leurs partenaires régionaux autour d’intérêts communs.
Le 1er mai, la première ministre japonaise Sanae Takaichi s’est rendue au Vietnam pour une visite de trois jours qui a abouti à la conclusion d’accords dans les secteurs de l’espace, de la transformation numérique et de la croissance verte.
En 2023, les relations des deux pays avaient atteint un point culminant grâce à un partenariat stratégique global; le Japon est l’un des principaux investisseurs étrangers au Vietnam et sa plus grande source extérieure d’aide au développement.
Hanoï bénéficiera du nouveau « Partenariat pour la résilience accrue en matière d’énergie et de ressources » mis en place par le Japon, une initiative de 10 milliards de dollars américains destinée à aider les alliés asiatiques touchés par la fermeture du détroit d’Ormuz.
Mme Takaichi a profité de sa visite au Vietnam pour prononcer un discours phare sur la politique étrangère, 10 ans après la présentation de la vision japonaise d’une « région indo-pacifique libre et ouverte ». Ses propos ont mis en évidence à quel point la vision de Tokyo a évolué; Mme Takaichi s’est engagée à ce que le Japon « joue un rôle plus actif que jamais dans l’édification d’un ordre international fondé sur la liberté, l’ouverture, la diversité, l’inclusion et l’État de droit », notamment en aidant ses alliés régionaux à renforcer leur sécurité maritime.
Selon Bloomberg, la décision de prononcer ce discours au Vietnam pourrait être stratégique : le Vietnam, tout comme le Japon, s’oppose à la Chine sur les questions de frontières maritimes.
Le Japon courtise l’Australie
Mme Takaichi a adressé un message similaire à l’Australie dans le cadre d’une rencontre à Canberra avec le premier ministre Anthony Albanese le 4 mai, alors que les deux dirigeants ont signé un accord de coopération dans les secteurs de l’énergie, de la défense et des minéraux critiques. Elle a souligné« l’harmonisation stratégique sans précédent » entre les deux pays et son « importance primordiale pour le renforcement de leur engagement mutuel ».
Les signes de cette importance ne sont pas difficiles à repérer : l’Australie contribue à environ 40 % des importations japonaises de gaz naturel liquéfié, et le Japon a récemment dépassé le Royaume-Uni et est devenu le deuxième investisseur étranger en Australie, derrière les États-Unis, mais avec un niveau d’investissement près de trois fois supérieur à celui de la Chine, qui stagne depuis 2019.
L’Australie et le Japon ont également conclu un nouveau partenariat stratégique dans le domaine cybernétique afin de renforcer et de régulariser l’échange de renseignements entre leurs secteurs public et privé.
Le Vietnam courtise l’Inde
Le président vietnamien To Lam, quant à lui, s’est lancé dans une mission bilatérale en procédant à une visite d’État de trois jours en Inde à partir du 5 mai, dix ans après la signature par les deux pays d’un accord de partenariat stratégique global.
Mercredi, il a rencontré le premier ministre indien Narendra Modi, revigoré par les récentes victoires électorales remportées par son parti au niveau des états, notamment dans l’ancien bastion du Bengale-Occidental. Ces victoires viennent étayer un retour en force essentiel après les mauvais résultats du Bharatiya Janata Party (BJP) aux élections législatives de 2024.
Par ailleurs, Singapour et la Nouvelle-Zélande ont signé lundi un accord sans précédent sur le commerce des produits de première nécessité, présentécomme le premier « accord bilatéral sur les chaînes d’approvisionnement » au monde visant à garantir la « libre circulation » entre les deux pays de biens comme le carburant, les denrées alimentaires et d’autres produits essentiels, « même en période de crise ou de pénurie ».
Il ne fait aucun doute qu’Ottawa prend bonne note de l’élargissement des réseaux de connectivité dans la région indo-pacifique. Les initiatives visant à mettre en place des réseaux régionaux plus résilients face aux fluctuations géopolitiques, aux perturbations des chaînes d’approvisionnement et à l’incertitude croissante quant à la fiabilité de Washington s’inscrivent dans la lignée de la diplomatie des puissances moyennes et de la diplomatie minilatérale que le premier ministre Mark Carney s’efforce de promouvoir pour le Canada.