La guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis fait ressortir le besoin urgent de diversifier l’Asie

Le président américain Donald Trump a eu recours aux menaces et aux injures dans sa guerre commerciale en dents de scie avec le Canada cette semaine, ce qui a renforcé l’urgence des négociations commerciales d’Ottawa dans la région indo-pacifique et ravi Beijing, entre autres, en apportant de nouvelles preuves de l’« échec de la politique américaine ».

Samedi, le premier ministre canadien Mark Carney a déclaré qu’après des mois de négociations commerciales, les États-Unis avaient ajouté des dispositions de dernière minute, notamment des « efforts pour restreindre la capacité [du Canada] à conclure d’autres accords commerciaux », ce qui a conduit Ottawa à rejeter l’accord, à quitter la table de négociations et à prendre des mesures de représailles.

Washington a tenté d’insérer ce type de dispositions dans des accords précédents, dont un avec la Malaisie en octobre 2025. L’article en question de cet accord indiquait que si la Malaisie signait un accord bilatéral avec un pays qui « met en péril les intérêts essentiels des États-Unis », les États-Unis pourraient résilier l’accord et réimposer des tarifs douaniers à la Malaisie. (En mars 2026, à la suite de l’annulation par la Cour suprême des États-Unis des tarifs douaniers de l’IEEPA, la Malaisie a déclaré l’accord « nul et non avenu ».)

Des tarifs douaniers américains de 50 % s’appliquent maintenant à 28 milliards de dollars (CA) de produits canadiens variés, notamment le lait, la bière, le vin, les patins de hockey, les t-shirts, les laisses pour chien, le ciment et les décorations de Noël.

Barrett Bingley, directeur régional pour l’Asie, FAP Canada, a déclaré à Observatoire Asie que les tensions entre le Canada et les États-Unis « renforcent l’importance pour les entreprises canadiennes de se diversifier dans la région indo-pacifique et augmentent la pertinence de l’évolution du PTPGP et de la mise en œuvre de l’Accord de partenariat économique global (APEG) entre le Canada et l’Indonésie. Elles accentuent aussi l’urgence de finaliser des accords commerciaux avec l’ANASE, les Philippines et la Thaïlande. »

M. Bingley a ajouté que « la guerre commerciale cimente davantage la différence entre le Canada et les États-Unis dans l’esprit des investisseurs et des décideurs politiques asiatiques, ce qui rend les investissements asiatiques dans les projets énergétiques et de minéraux critiques du Canada beaucoup plus attrayants ».

Les mesures de Trump envers le Canada surviennent quelques jours seulement après qu’il a brusquement réduit les exercices militaires de longue date avec la Corée du Sud et menacé de bombarder le Oman, un allié américain qui joue un rôle de médiateur dans le conflit entre les États-Unis et l’Iran.

L’art de négocier

Ottawa cherche à conclure les négociations commerciales avec l’ANASE et l’Inde d’ici la fin de 2026. En juillet, le Canada et l’ANASE avaient terminé 19 des 26 chapitres, mais des sujets délicats subsistent, notamment les règles d’origine, les marchés publics et le développement durable.

Les négociations avec l’Inde semblent plus près de se conclure. Le premier ministre indien Narendra Modi devrait se rendre au Canada avant la fin de l’année, et les deux parties souhaitent conclure un accord avant son arrivée. Un accord-cadre de coopération commerciale entre le Canada et Taïwan attend également la signature d’Ottawa.

Exportations canadiennes de marchandises vers certaines économies, janvier à juin 2026

Notre gestionnaire de programme Asie du Sud, Aditi Malhotra, a déclaré à Observatoire Asie que « les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis pousseront le Canada vers des accords économiques plus rapides et plus complets; les liens avec les marchés à croissance rapide en dehors de l’Amérique du Nord sont désormais une nécessité plutôt qu’une stratégie de diversification ». Elle ajoute qu’en Asie du Sud, l’Inde restera la priorité, mais « le Bangladesh pourrait susciter un intérêt plus silencieux dans le secteur de la fabrication et des textiles ».

« Ottawa et ses homologues sud-asiatiques partagent la même frustration face à l’imprévisibilité de Washington, note Aditi Malhotra. À côté d’une administration américaine imprévisible, Ottawa est considéré comme un pays qui respecte ses engagements, et c’est un argument qui compte, même si le Canada n’est ni la plus grande économie ni le plus grand acheteur ».

Un réveillon du Nouvel An éprouvant

Le représentant américain au commerce Jamieson Greer a déclaré que les actions du Canada équivalaient au « genre de choses que la Chine ferait ». (En retour, les médias de l’État chinois ont félicité le Canada pour sa « contre-attaque à la chinoise ».)

Le Canada et la Chine sont les deux seuls pays à imposer des tarifs douaniers sur les produits américains depuis le début du second mandat de Trump.

À la suite de la visite de M. Carney en Chine en janvier 2026, Beijing a accepté de suspendre ses tarifs douaniers sur la farine de canola, les homards, les crabes et les pois canadiens jusqu’au 31 décembre 2026. Trump a compliqué ce programme, annonçant lundi des menaces d’augmenter à 50 % les tarifs douaniers sur les voitures, les camions, les pièces automobiles et l’acier canadiens dès le 1er janvier 2027, un jour seulement après l’expiration de la pause des tarifs avec la Chine.

M. Carney doit se rendre à Shenzhen, en Chine, à l’occasion de la réunion des dirigeants économiques de l’APEC en novembre et rencontrer le président chinois Xi Jinping. Les deux dirigeants tenteront vraisemblablement de prolonger la « trêve commerciale » bilatérale, M. Xi souhaitant négocier l’élargissement de l’accès pour les véhicules électriques et M. Carney faisant pression pour que les tarifs douaniers chinois soient supprimés.