New Delhi se trouve dans une position délicate cette fin de semaine, alors qu’elle accueille des dirigeants chinois, russes et iraniens tout en essayant de ne pas compromettre les liens avec les États-Unis, son plus grand marché de biens et services et un partenaire clé en matière de sécurité.
Le sommet des BRICS+ se tient samedi et dimanche à New Delhi et comportera des discussions sur le commerce, la sécurité alimentaire et la coopération monétaire. L’Inde devra veiller à ne pas trop parler de « dédollarisation », une priorité russe qui a été abordée pour la première fois dans la déclaration de l’an dernier pour inciter les dirigeants à mettre en œuvre des « mécanismes de financement acceptables en monnaies locales ». Le président des États-Unis Donald Trump avait auparavant menacé d’imposer des droits de douane de 100 % à la suite des démarches qu’aurait entreprises le bloc pour remplacer « le puissant dollar américain ».
Comme l’a récemment écrit C. Raja Mohan, notre premier chercheur invité de la région indo-pacifique, dans Foreign Affairs, « l’Inde essaie de réduire son exposition à la volatilité américaine, mais reconnaît toujours que Washington est son partenaire le plus important ». Le thème du sommet de cette année, « Construire pour la résilience, l’innovation, la coopération et la durabilité », est aussi vaste et inoffensif que possible, preuve de l’influence modératrice de l’Inde au sein du bloc.
Élargissement des BRIC
Le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine ont débuté leur alliance sous le nom de « BRIC » en 2006, ajoutant l’Afrique du Sud en 2010 pour en faire les « BRICS ». En 2024, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats arabes unis sont devenus membres à part entière; l’Indonésie s’est jointe au bloc en 2025. L’Arabie saoudite a été admise, mais n’a pas officiellement accepté l’invitation.
Les échanges commerciaux entre ces 10 pays membres des BRICS+ ont été multipliés par treize depuis 2003, mais ne représentent encore qu’environ 5 % du commerce mondial. Les exportations de marchandises des pays membres du BRICS+ vers le reste du monde sont passées de 906 milliards $ US en 2003 à 5 900 milliards $ US en 2024.
Discussions frontalières
Le sommet ne débouchera probablement sur aucun engagement concret. Mais une rencontre entre le premier ministre indien Narendra Modi et le président chinois Xi Jinping pourrait contribuer à renforcer la crédibilité du BRICS+ et à réchauffer davantage les relations entre la Chine et l’Inde, qui se sont affaiblies à la suite d’affrontements frontaliers en 2020.
La présence de M. Xi est un bon signe, puisqu’il n’a pas participé au sommet de l’année dernière au Brésil et ne s’est pas rendu en Inde depuis 2019. Les bases de sa visite ont été jetées au cours des deux dernières années : lors du sommet du BRICS+ en 2024, M. Xi et M. Modi se sont rencontrés et ont « salué... la résolution des questions qui ont surgi en 2020 dans les zones frontalières entre l’Inde et la Chine ». En 2025, M. Modi s’est rendu en Chine à l’occasion du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai, sa première visite dans le pays depuis sept ans. La même année, les deux parties ont convenu de reprendre les vols directs entre le continent chinois et l’Inde.
Les pourparlers frontaliers demeurent un point de friction : les 24 et 25 août, le conseiller indien à la sécurité nationale Ajit Doval s’est rendu à Beijing pour rencontrer le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi afin de discuter de « la question de la frontière ».