Cette semaine, Ottawa a accueilli coup sur coup des ministres indiens et chinois, une étape jusqu’alors inimaginable dans l’engagement du Canada dans la région indo-pacifique.
Piyush Goyal, ministre indien du Commerce et de l’Industrie, s’est rendu au Canada de lundi à mercredi. Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, arrive aujourd’hui, juste après M. Goyal. Ces deux pays représentent un tiers de la population mondiale et un quart du PIB mondial.
Ces visites auraient été impensables il y a dix-huit mois. À la fin de 2024, les tarifs douaniers, les ingérences étrangères et la méfiance persistante suscitée par la détention arbitraire de deux Canadiens par Beijing ont entaché les relations entre le Canada et la Chine. Les relations entre le Canada et l’Inde étaient en chute libre à la suite d’allégations selon lesquelles des agents du gouvernement indien auraient été responsables du meurtre du Canadien Hardeep Singh Nijjar à Surrey, en Colombie-Britannique, en 2023.
Ces enjeux n’ont pas disparu; les ingérences étrangères se poursuivent, les tarifs douaniers sont simplement suspendus et, comme l’a indiqué un sondage de la FAP Canada, les Canadiens continuent de percevoir ces deux pays de manière défavorable. Mais le premier ministre canadien Mark Carney a cherché à apaiser les tensions en négociant un nouveau départ avec l’Inde et en créant des liens sélectifs avec la Chine afin de réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis.
Une nouvelle ère avec New Delhi
La plus grande délégation commerciale jamais envoyée par l’Inde, composée de plus d’une centaine de chefs d’entreprise, a accompagné M. Goyal lors de cette visite, ce qui témoigne de la priorité accordée aux affaires pour ce déplacement.
Les discussions bilatérales menées à Ottawa et à Toronto ont porté sur la technologie, les énergies propres et les minéraux critiques, autant de secteurs qui s’inscrivent dans le programme national de résilience économique de M. Carney.
Selon Ottawa, M. Goyal et la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, ont souligné le fort potentiel qui existe entre le Canada et l’Inde pour développer un partenariat mutuellement bénéfique. Le ministre Goyal a également rencontré M. Carney, le ministre du Commerce international, Maninder Sidhu, et le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Heath MacDonald.
Lors de la visite de M. Carney à New Delhi au début de l’année, les deux parties ont convenu de finaliser un accord de partenariat économique global d’ici la fin de l’année 2026. M. Carney et le premier ministre indien, Narendra Modi, ont également pour objectif de porter le volume des échanges commerciaux à 70 milliards $ CA au cours des cinq prochaines années. Malgré des liens interpersonnels solides, des relations dans le domaine de l’éducation et une convergence croissante en matière de chaînes d’approvisionnement, d’énergie et de technologie, les échanges commerciaux entre le Canada et l’Inde n’ont atteint qu’un modeste total de 30,63 milliards $ CA en 2025.
La visite du ministre Wang, fruit de dix ans de préparation
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, rencontre aujourd’hui Mme Anand, dans le cadre de la première visite bilatérale d’un ministre chinois des Affaires étrangères au Canada depuis juin 2016. Ils devraient aborder le nouveau partenariat stratégique entre le Canada et la Chine, le commerce et l’investissement, la sécurité mondiale ainsi que des enjeux bilatéraux.
Après des années de tensions, le défi auquel le Canada est désormais confronté consiste à établir des relations prévisibles et sélectives avec la Chine sans que celles-ci se transforment en une vulnérabilité stratégique. La Chine demeure un marché commercial majeur pour le Canada : les exportations canadiennes de marchandises vers la Chine ont atteint 34,9 milliards $ CA en 2025, soit une hausse de 14,9 % par rapport à 2024. Les échanges bilatéraux ont atteint 125,1 milliards $ CA.
Les garde-fous concernant les technologies sensibles, les investissements, les véhicules électriques, les minéraux critiques, le travail forcé, Taïwan et l’ingérence étrangère resteront au cœur de la manière dont le Canada gère cette relation. Le rapport annuel 2025 du SCRS, publié ce mois-ci, souligne que « l’ingérence étrangère et l’espionnage au Canada étaient principalement le fait de la République populaire de Chine (RPC), de l’Inde [et] de la Fédération de Russie ». L’ambassade de Chine à Ottawa a déclaré que ce rapport calomnie et diffame la Chine, qu’il s’agit d’une pure invention et qu’il n’a absolument aucune crédibilité.
Le voyage effectué la semaine dernière à Taïwan par le député conservateur Michael Chong en est un autre exemple. M. Chong s’est rendu à Taipei pour manifester sa « solidarité » et souligner que les députés n’ont pas à recevoir de directives d’un gouvernement étranger (Beijing) quant à leurs déplacements. L’ambassade de Chine à Ottawa a déclaré que cette visite avait franchi une « ligne rouge ». Par ailleurs, l’ambassadeur de Chine au Canada, Wang Di, a déclaré au Globe and Mail en avril que les navires canadiens devaient cesser de transiter par le détroit de Taïwan et que tout transit futur sera suivi de près par Beijing et les alliés du Canada dans la région.