Le premier ministre canadien Mark Carney a rejoint ses homologues de l’OTAN à Ankara, en Turquie, mardi et mercredi, à l’occasion du sommet annuel de l’alliance de défense, afin de discuter de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, de l’augmentation des dépenses militaires et du conflit entre les États-Unis et l’Iran.
Les dirigeants des 32 pays membres de l’OTAN ont également annoncé des contrats d’armement d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de dollars, allant de drones et d’avions à des missiles balistiques. De son côté, Ottawa a annoncé des investissements de 1,9 milliard $ CA échelonnés sur les huit prochaines années.
L’année dernière, à La Haye, les dirigeants de l’OTAN avaient convenu d’augmenter les dépenses de défense pour les porter à 5 % du PIB d’ici 2035. Le Canada prévoit que ses dépenses de défense atteindront probablement 2,13 % du PIB au cours de l’exercice financier 2026-2027.
Lee Jae Myung est le seul dirigeant des quatre pays d’Asie-Pacifique présent à Ankara
Au cours des deux dernières années, la région indo-pacifique est passée au second plan dans la liste des priorités de l’OTAN, alors que l’alliance recentre son attention sur l’Europe et que les pays partenaires d’Asie s’indignent face à la politique étrangère hostile du président américain Donald Trump.
Cette évolution se reflète dans la participation au sommet. Parmi les dirigeants des quatre pays de l’Indo-Pacifique partenaires de l’OTAN, à savoir l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Japon et la Corée du Sud, seul le président sud-coréen Lee Jae Myung a assisté au sommet cette année. L’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande ont, quant à eux, dépêché leurs ministres de la Défense.
En revanche, en 2022 et 2023, les dirigeants de ces quatre pays étaient tous présents, sans doute encouragés par l’attention portée à l’Asie par le président américain Joe Biden, notamment à travers des initiatives telles que le Cadre économique Indo-Pacifique.
Ces dirigeants ont été invités à chaque sommet de l’OTAN depuis 2022.
La victoire de l’Allemagne coûte cher à la Corée du Sud
M. Carney a apporté de bonnes nouvelles au sommet depuis Halifax, en Nouvelle-Écosse, où il a annoncé lundi que le gouvernement fédéral avait retenu la société allemande TKMS comme fournisseur privilégié pour son lucratif contrat de sous-marins. La société sud-coréenne Hanwha Ocean n’a pas obtenu cette commande, qui constituera le plus important marché de défense de l’histoire du Canada.
Sun Ryung Park, spécialiste en recherche principale pour l’Asie du Nord-Est à la FAP Canada, a déclaré à Observatoire Asie que « la décision concernant TKMS est révélatrice sur le plan stratégique. Le Canada semble avoir donné la priorité à l’interopérabilité au sein de l’OTAN, à l’intégration industrielle européenne en matière de défense et aux avantages liés à la réduction des risques qu’offre l’adhésion à un écosystème sous-marin germano-norvégien, plutôt qu’à l’argument de Hanwha mettant en avant une livraison plus rapide et un partenariat industriel plus large ».
Mme Park précise que, bien que cette nouvelle soit décevante pour Séoul, les relations entre le Canada et la Corée du Sud « restent solides », en évoquant le Partenariat de coopération en matière de sécurité et de défense entre le Canada et la République de Corée prévu pour 2025. Selon elle, le véritable enjeu consiste désormais à « savoir si Ottawa pourra maintenir la dynamique avec Séoul dans les domaines de l’énergie, des minéraux critiques et de l’Arctique ».
Comme The Korea Times l’a souligné, cette défaite marque « un deuxième revers majeur pour Hanwha face à TKMS après que le constructeur naval coréen s’est retiré du programme de sous-marins indien Project-75I, que TKMS a ensuite décroché avec Mazagon Dock Shipbuilders ». Ce projet, d’une valeur d’environ 13 milliards $ CA, prévoit la construction de 6 sous-marins furtifs diésel-électrique. Le journal indien The Tribune a rapporté en 2025 que le pays ne disposait que de 16 sous-marins classiques, dont 10 vieux de 25 à 40 ans.