Taïwan se mobilise pour des exercices annuels de défense

Au cours des neuf derniers jours, des camionneurs, des commerçants, des marins, des chefs cuisiniers et même le président lui-même se sont mobilisés dans tout Taïwan pour participer à un exercice à l’échelle de l’île visant à repousser une éventuelle invasion chinoise.

Pour la première fois, les exercices « Han Kuang » de cette année ont donné lieu à des manœuvres civiles élargies, soulignant ainsi l’importance croissante d’une préparation impliquant l’ensemble de la société, et non plus uniquement les structures militaires.

Ces exercices, organisés chaque année depuis 1984, prennent fin vendredi et ont permis de simuler des perturbations du réseau Internet, des attaques à l’arme chimique, des débarquements amphibies, des opérations médicales souterraines et des évacuations de civils. Même les cuisiniers ont apporté leur contribution, en préparant d’énormes portions de bœuf et de poulet pour les troupes taïwanaises, tout en maniant des spatules aussi grandes que des pagaies de canot.

Lundi, à Taichung, une ville de trois millions d’habitants, une simulation de « limitation » des communications a provoqué une coupure d’Internet sur une grande partie de la ville pendant une demi-heure. Ce test, qui consistait à réduire le débit des données mobiles à environ 1 % de sa capacité normale, a été mené dans treize autres villes et départements de Taïwan au cours des neuf derniers jours.

L’exercice le plus risqué s’est déroulé le 5 août, lorsque le président taïwanais William Lai, vêtu d’un gilet pare-balles, a été conduit dans un véhicule blindé depuis son bureau jusqu’au centre de commandement militaire souterrain de Hengshan, à Taipei.

Le point de vue de la Chine

Le président chinois Xi Jinping n’a pas caché son intention d’annexer Taïwan (par la force, si nécessaire). Dans un discours prononcé en début d’année à l’occasion du Nouvel An, il a déclaré : « la réunification de notre patrie est inéluctable ».

La Chine connaît actuellement un renforcement militaire sans précédent, avec un investissement estimé à 318 milliards $ US en 2024 dans ses capacités terrestres, navales, aériennes, cybernétiques et même spatiales.

Beijing se montre elle aussi de plus en plus audacieuse : en 2025, près de 3 800 sorties aériennes de l’Armée populaire de libération ont été détectées dans la zone d’identification de défense aérienne (ZIDA) de facto de Taïwan, soit une augmentation de 22,4 % par rapport à 2024.

Nombre de sorties de l'APL dans de facto Taïwan

La Chine a même construit des répliques fonctionnelles de monuments emblématiques de Taïwan, notamment le palais présidentiel d’où Lai s’est « enfui » cette semaine.

Le Canada et Taïwan ripostent aux tactiques de la « zone grise »

L’ancienne vice-première ministre canadienne Chrystia Freeland s’est exprimée la semaine dernière lors du Forum de Ketagalan à Taïwan, affirmant que certains éléments d’une nouvelle « loi sur l’unité ethnique » chinoise – en particulier ceux visant des organisations ou des personnes situées en dehors de la Chine continentale – font écho à la justification avancée par le président russe Vladimir Poutine pour envahir l’Ukraine en 2022.

Le Canada n’entretient pas de relations officielles avec Taïwan en matière de sécurité ou de défense, mais, en 2025, les deux pays ont signé un protocole d’entente sur la technologie de détection des navires clandestins, permettant ainsi à Taipei de lutter contre les navires opérant autour de l’île et se livrant à des « activités maritimes illégales, non déclarées et non réglementées ». Ottawa a également dépêché un attaché chargé des questions de cybersécurité au Bureau commercial du Canada à Taipei en 2024, vraisemblablement pour tirer des leçons de l’expérience de l’île en matière de lutte contre la désinformation et le piratage informatiques d’origine chinoise.