Bryon Wilfert : Le Canada devrait saisir l’occasion que représente le Vietnam
La visite officielle du président Tô Lâm, prévue le 24 septembre, offre au Canada l’occasion de renforcer ses relations avec l’un des principaux partenaires économiques et stratégiques émergents de l’Indo-Pacifique.
La prochaine visite au Canada de Tô Lâm, président de la République socialiste du Vietnam et secrétaire général du Parti communiste vietnamien, devrait marquer le début d’un nouveau chapitre dans les relations entre les deux pays.
Cette visite devrait permettre de faire évoluer les relations entre le Canada et le Vietnam vers un partenariat stratégique. Le Canada devrait adhérer à cet objectif et veiller à ce que le renforcement de ces relations se traduise par des résultats économiques et stratégiques concrets.
Le Canada et le Vietnam ont établi des relations diplomatiques en 1973. En 2017, les deux pays ont conclu un partenariat global concernant les relations politiques et diplomatiques, le commerce et l’investissement, le développement, la défense et la sécurité, l’éducation, la science et la technologie, ainsi que les liens entre les peuples.
Ce cadre a été bénéfique pour les deux nations. Cependant, le Vietnam, ainsi que le monde qui l’entoure, ont considérablement changé depuis 2017.
Le Vietnam compte aujourd’hui plus de 100 millions d’habitants. Il s’impose comme un pôle de la fabrication et de la chaîne d’approvisionnement mondiale et figure parmi les économies les plus dynamiques d’Asie. Il est le principal partenaire commercial du Canada au sein de l’ANASE et occupe une position stratégique de plus en plus importante dans l’Indo-Pacifique.
Les relations entre les deux pays devraient évoluer en conséquence.
Ayant visité le Vietnam à 12 reprises et ayant œuvré pendant de nombreuses années au renforcement des relations entre le Canada et le Vietnam, notamment en tant que fondateur et président de l’Association parlementaire Canada-Vietnam, j’ai pu constater de mes propres yeux la remarquable transformation de ce pays.
Les rencontres que j’ai eues au fil des ans avec de hauts responsables politiques et gouvernementaux vietnamiens m’ont très tôt convaincu que le Vietnam deviendrait un partenaire économique et stratégique de plus en plus important. Le Canada a désormais l’occasion de renforcer ses relations avec ce pays à un niveau bien plus ambitieux.
Les arguments économiques sont convaincants.
Les échanges commerciaux bilatéraux de marchandises ont atteint 15,7 milliards de dollars en 2024. Ces chiffres montrent également l’ampleur du potentiel inexploité pour les exportateurs canadiens. Les importations canadiennes de marchandises en provenance du Vietnam s’élèvent à environ 14,7 milliards de dollars, tandis que les exportations canadiennes de marchandises vers le Vietnam s’élèvent à environ 1 milliard de dollars.
Le Canada devrait considérer ce déséquilibre comme un appel à l’action.
L’économie vietnamienne, en plein essor, a besoin de nombreux domaines dans lesquels le Canada excelle particulièrement. L’agriculture et l’agroalimentaire, l’énergie et le gaz naturel liquéfié, les minéraux critiques, l’aérospatiale, les technologies propres, les infrastructures, les services financiers et l’éducation offrent tous des possibilités considérables. Les secteurs émergents, tels que l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, la fabrication de pointe et la technologie nucléaire, devraient également faire partie d’un programme économique bilatéral tourné vers l’avenir.
Les deux pays disposent déjà d’un mécanisme important pour renforcer leurs relations grâce à leur participation à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP) et au Comité économique mixte Canada-Vietnam. Une fois conclu, l’Accord de libre-échange entre le Canada et l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) renforcera davantage les relations commerciales entre le Canada et le Vietnam.
Toutefois, les accords commerciaux ne suffisent pas à générer des échanges commerciaux.
Le Canada devrait saisir cette occasion pour aider les entreprises canadiennes à tirer davantage parti de l’accès à ce marché. Le Vietnam peut également constituer une porte d’entrée importante vers l’ANASE et les marchés mondiaux, compte tenu de son vaste réseau d’accords de libre-échange.
La dimension stratégique est tout aussi importante.
En raison de sa situation géographique, de sa participation à l’ANASE, de son influence économique croissante et de son importance au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales, le Vietnam est un partenaire de plus en plus important dans l’Indo-Pacifique.
La coopération en matière de défense et de sécurité devrait faire partie intégrante de ces relations. Le Canada et le Vietnam coopèrent déjà dans des domaines tels que la formation militaire, le maintien de la paix, la sécurité maritime et l’aide humanitaire. Ces relations peuvent être renforcées à mesure que le Canada intensifie son engagement dans l’Indo-Pacifique.
Le Canada dispose d’un autre atout extraordinaire : les liens entre les peuples.
Le Canada abrite une communauté importante et dynamique d’origine vietnamienne, comptant environ 275 000 membres, qui a apporté une contribution considérable aux secteurs des affaires, de l’éducation, des professions, de la fonction publique et aux collectivités partout au pays.
Cette communauté devrait être considérée comme un pont stratégique entre les deux pays. Les entrepreneurs, les universitaires et les professionnels canadiens d’origine vietnamienne peuvent contribuer à établir des relations commerciales, à créer des partenariats en matière d’éducation et à favoriser une meilleure compréhension mutuelle.
L’éducation et la recherche offrent une autre possibilité. Le renforcement des partenariats universitaires, des échanges d’étudiants et de la collaboration dans les domaines de l’intelligence artificielle, des technologies de pointe, des énergies propres et de l’innovation peut permettre de nouer des liens qui perdureront pendant des générations.
Il faudrait également s’efforcer d’améliorer les liaisons aériennes directes entre le Canada et le Vietnam. Une meilleure connectivité stimulerait les affaires, les investissements, le tourisme, l’éducation et les liens familiaux.
Avant tout, le Canada doit réaliser à quel point le Vietnam a changé.
Depuis trop longtemps, les activités commerciales canadiennes en Asie se concentrent sur un nombre relativement restreint de marchés bien établis. Pour parvenir à une véritable diversification, le Canada doit examiner les marchés qui offrent des occasions de croissance économique et d’influence stratégique.
Le Vietnam figure au haut de cette liste.
Le moment est venu de passer à l’étape suivante. Un partenariat stratégique serait bien plus qu’un simple titre diplomatique. S’il est bien mis en œuvre, il pourrait servir de cadre pour accroître les échanges commerciaux et les investissements, approfondir la coopération en matière de politique et de sécurité, ainsi que renforcer la présence canadienne dans l’une des régions émergentes les plus importantes au monde.
Le Vietnam est prêt à jouer un plus grand rôle dans l’avenir du Canada dans l’Indo-Pacifique. Le Canada devrait saisir cette occasion.
Cette dépêche a été soumise à la FAP Canada par le programme Initiatives Canada-ANASE du Centre de recherche sur l’Asie de l’Université York, au nom de l’auteur.
Julie Nguyen : La visite du président vietnamien au Canada : une occasion de renforcer l’engagement bilatéral
La visite d’État du président vietnamien Tô Lâm au Canada, qui a eu lieu le 24 septembre 2026, offre à ce dernier l’occasion d’approfondir sa coopération économique, diplomatique et régionale avec le Vietnam, en misant sur leurs intérêts communs, ce qui lui permettrait de réduire sa dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, en plus de renforcer sa position dans l’Indo-Pacifique.
Le Canada et le Vietnam : être le voisin d’une superpuissance
Le Canada et le Vietnam sont deux puissances moyennes qui tentent d’affirmer leur autonomie stratégique face à deux grandes puissances, dont la rivalité a des répercussions sur le monde entier.
En tant que chercheuse canadienne d’origine vietnamienne, je constate un parallèle entre le Canada et le Vietnam. En effet, les deux pays évoluent dans un monde complexe et entretiennent des relations délicates avec un voisin puissant.
Après plus de mille ans de domination chinoise, suivis par la colonisation, la guerre et les réformes économiques, le Vietnam a tiré des leçons durables sur la vigilance nationale et le danger de la complaisance.
Depuis des décennies, les Canadiens discutent de la nécessité de ne pas trop compter sur les États-Unis, mais l’urgence de ce débat a pris une autre dimension en 2025, lorsque l’administration Trump a imposé des droits de douane qui ont mis en évidence les risques liés à la dépendance du Canada envers son premier partenaire commercial.
Les puissances moyennes évoluent dans un monde complexe
Dans le contexte actuel marqué par les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis, et compte tenu des efforts déployés par le Canada et le Vietnam pour renforcer leurs relations bilatérales, les deux pays ont l’occasion de mieux se comprendre.
En tant que puissances moyennes, le Canada et le Vietnam cherchent tous les deux à renforcer leur capacité stratégique et leur résilience économique dans un contexte international instable. Ils sont également en faveur d’un ordre international ouvert et fondé sur des règles, propice à la prospérité à long terme.
Les deux pays ont par ailleurs entretenu des relations très différentes avec les grandes puissances. Le Canada a connu des périodes difficiles dans ses relations avec la Chine. Le Vietnam, quant à lui, a mené une guerre contre les États-Unis avant que les deux pays ne normalisent leurs relations en 1995. Aujourd’hui, les États-Unis et le Vietnam entretiennent un partenariat stratégique global, qui constitue le partenariat bilatéral le plus important que le Vietnam ait établi avec un autre pays.
Comme les relations entre les puissances moyennes et les grandes puissances peuvent évoluer de façon spectaculaire au fil du temps, les pays doivent disposer de la souplesse nécessaire pour s’adapter tout en protégeant leurs intérêts nationaux à long terme.
Tirer des leçons des différentes expériences
Les points communs entre le Canada et le Vietnam ne doivent pas occulter les différences entre les deux pays, notamment en ce qui concerne leur niveau de développement économique et leur expérience au sein du système international.
Le Canada est une économie développée et avancée à revenu élevé, tandis que le Vietnam est un marché émergent en développement à revenu intermédiaire supérieur. En comparaison, le Vietnam a connu une croissance économique beaucoup plus rapide au cours des dernières décennies.
Cependant, le Vietnam possède une expérience particulière dans l’art de composer avec des puissances rivales et de se protéger contre leurs influences, tout en poursuivant son indépendance nationale et son développement économique après des décennies de guerre.
En 1986, le Vietnam a lancé sa politique de réforme économique « đổi mới ». Cette politique a permis à ce pays d’Asie du Sud-Est de passer du statut de l’une des nations les plus pauvres du monde à celui d’une économie dynamique et de plus en plus intégrée.
Depuis la mise en place d’un partenariat global en 2017, le Canada et le Vietnam ont renforcé leur coopération dans les domaines de la diplomatie, du commerce et de l’investissement, de la défense et de la sécurité, des sciences et de la technologie, de l’éducation et des liens entre les peuples. En tant que principal partenaire commercial du Canada au sein de l’ANASE et élément prioritaire de sa stratégie pour l’Indo-Pacifique, le Vietnam offre une plateforme bien établie pour un engagement bilatéral et régional plus approfondi.
La visite d’État du président Tô Lâm constitue une occasion de renforcer les relations entre les deux pays.
L’expérience du Vietnam en matière d’indépendance, de réforme économique et de développement constitue une importante étude de cas sur la manière dont une puissance moyenne peut évoluer dans un monde complexe.
Le Canada devrait en prendre bonne note.
La position unique du Canada pour nouer des relations
Le Canada occupe une position unique pour nouer des relations avec le Vietnam, ainsi qu’avec d’autres économies de la région.
Le Canada entretient depuis longtemps des liens entre les peuples avec le Vietnam, notamment par l’intermédiaire de la communauté vietnamienne du Canada. Il cherche également à diversifier ses échanges commerciaux et ses relations internationales dans l’Indo-Pacifique. Ces éléments constituent des bases solides sur lesquelles s’appuyer.
Le resserrement des relations avec le Vietnam devrait reposer sur le respect mutuel et une compréhension claire des intérêts de chaque pays. Le renforcement des relations peut constituer l’un des piliers stratégiques sur lesquels le Canada s’appuie pour faire face à l’incertitude mondiale.
Premièrement, le Canada peut tirer des leçons de l’expérience vietnamienne au sein du système international, en particulier pendant les périodes de profonds changements et d’incertitude.
Deuxièmement, grâce à ses relations avec le Vietnam, le Canada peut renforcer ses liens avec l’Asie du Sud-Est. Le Vietnam peut constituer un partenaire important pour le Canada dans le cadre de ses relations avec l’ANASE ainsi qu’avec les pays de l’Indo-Pacifique.
S’adapter au changement tout en conservant ses positions
Il n’existe pas de guide expliquant comment évoluer dans le monde incertain d’aujourd’hui.
Ce que les puissances moyennes peuvent faire, c’est établir des relations solides fondées sur la confiance stratégique afin de s’adapter au changement tout en conservant leurs positions.
Les puissances moyennes ne peuvent pas se permettre de négliger les relations avec les pays qui les entourent. Elles doivent comprendre leurs voisins et le reste du monde, diversifier leurs partenariats et tirer des leçons des pays qui ont l’habitude de composer avec les grandes puissances.
À cette fin, le Canada devrait considérer le Vietnam comme un partenaire prioritaire pour diversifier ses échanges commerciaux, renforcer son engagement auprès de l’ANASE et développer la résilience stratégique nécessaire pour composer avec les grandes puissances.
Cette dépêche a été soumise à la FAP Canada par le programme Initiatives Canada-ANASE du Centre de recherche sur l’Asie de l’Université York, au nom de l’auteur.