Penny Wong, ministre australienne des Affaires étrangères, s’est rendue cette semaine en Chine, au Japon et en Corée du Sud dans le cadre d’un voyage motivé par le conflit au Moyen-Orient et les vulnérabilités énergétiques de l’Australie.
Le collègue de Mme Wong, le ministre de la Défense Pat Conroy, a mis en garde les Australiens contre les « temps difficiles à venir », imputant la « crise énergétique » du pays au blocage du détroit d’Ormuz.
La Corée du Sud fournit à l’Australie d’importantes quantités de diesel, tandis qu’un tiers des achats internationaux de carburéacteur de l’Australie proviennent de la Chine.
Dimanche, le ministre australien de l’Énergie et du Climat a révélé que les réserves énergétiques nationales s’élevaient à 44 jours pour le gaz, 33 jours pour le diesel et 30 jours pour le kérosène, bien en deçà de la norme de 90 jours fixée par l’Agence internationale de l’énergie. L’Australie n’abrite que deux installations de raffinage du pétrole, contre huit en 2000.
Le prix du Brent brut, référence mondiale du pétrole, a bondi de 58 % depuis l’attaque américano-israélienne contre l’Iran.
Déséquilibre énergétique
L’Australie est le troisième exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) et un fournisseur clé du Japon (38,2 % des importations de GNL) et de la Corée du Sud (24,6 %). Mais l’Australie demeure fortement dépendante des importations de pétrole et de carburants raffinés; seuls 4 % des carburants utilisés en Australie sont du brut australien raffiné dans le pays.
Ce déséquilibre (superpuissance sur le plan des exportations de GNL, vulnérabilité à l’égard des importations de pétrole) influence de plus en plus les stratégies de Canberra en matière de politique étrangère (par exemple, Mme Wong a inclus la Chine dans son voyage) et, plus généralement, la politique intérieure australienne. Lundi, le chef de l’opposition Angus Taylor a proposé de doubler les réserves minimales de carburant de l’Australie, à raison d’un cent par litre à la pompe.
Le pied sur l’accélérateur
Le Canada est le quatrième producteur mondial de pétrole brut et expédie de plus en plus cette ressource vers des marchés non américains, la Chine représentant 10 % des exportations totales de pétrole canadien en novembre 2025.
Dans le cas du GNL, la situation est totalement différente; le mois dernier, le Canada se classait au 19e rang des 24 pays exportateurs de GNL en termes de production. Mais la dynamique est en train de changer; Ottawa a donné son feu vert à l’extension du gazoduc Sunrise d’Enbridge, en Colombie-Britannique, pour un montant de 4 milliards $ CA. Selon un responsable d’Enbridge, une partie de la capacité liée à l’expansion « ira sans aucun doute en mer ».
De plus, lundi, Shell a acquis la société canadienne ARC Resources pour un montant de 16,4 milliards $ US. Cette décision pourrait présager une expansion de l’installation d’exportation de GNL de Kitimat, en Colombie-Britannique, détenue par Shell et quatre sociétés asiatiques. Cette installation a suscité un regain d’intérêt de la part des acheteurs asiatiques.
La diplomatie indo-pacifique revitalisée du Canada est largement liée à l’énergie; une réunion en janvier entre le premier ministre du Canada Mark Carney et le président chinois Xi Jinping a porté sur la collaboration dans les domaines de l’énergie, de l’agroalimentaire et du commerce. En mars, M. Carney a également signé avec le premier ministre de l’Inde Narendra Modi un partenariat stratégique en matière d’énergie, axé sur le GNL, le gaz de pétrole liquéfié, l’uranium, l’énergie solaire et l’hydrogène.