Le Canada et le Japon participent pour la première fois à des manœuvres de grande envergure dans la région indo-pacifique

L’un des plus grands exercices militaires d’Asie a commencé lundi aux Philippines, réunissant un contingent de 17 000 personnes de sept pays pour des manœuvres terrestres, maritimes, aériennes, spatiales et cybernétiques destinées à projeter force et solidarité alors que les tensions régionales s’exacerbent.

L’exercice Balikatan de cette année, l’édition la plus importante et la plus « complexe » à ce jour, se déroule du 20 avril au 8 mai et, pour la première fois, le Canada et le Japon y participent à part entière.

Les Philippines et les États-Unis codirigent l’exercice Balikatan (terme qui signifie « épaule contre épaule » en tagalog). L’Australie, la France et la Nouvelle-Zélande y participeront également, et 17 pays sont observateurs.

Ces engagements, auxquels participent 10 000 soldats américains, rappellent aux partenaires et aux alliés des États-Unis que, même si Washington semble maintenant préoccupé par le Moyen-Orient, le Venezuela, Cuba, et le Groenland, la région indo-pacifique demeure une priorité. « Indépendamment des défis qui se posent ailleurs dans le monde, a déclaré le lieutenant-général américain Christian Wortman lundi, l’attention portée par les États-Unis à la région indo-pacifique et notre engagement indéfectible à l’égard des Philippines restent inébranlables. »

L’exercice Balikatan est aussi l’occasion pour les puissances moyennes, comme le Canada et le Japon, de faire preuve de détermination politique et d’améliorer l’interopérabilité militaire. Comme on pouvait s’y attendre, la Chine n’a pas apprécié ces manœuvres; son ministre des Affaires étrangères a déclaré que « la dernière chose dont [l’Asie-Pacifique] a besoin, c’est d’une division et d’une confrontation liées à l’introduction de forces extérieures ». Le site China Military Online de Beijing s’est montré encore plus alarmiste, qualifiant la coopération militaire entre le Japon et les Philippines d’« engagement dangereux » et de « tournant qui fait froid dans le dos ».

La défense au cœur des préoccupations de la « Dame de fer » japonaise

Le Japon envoie à Balikatan le contingent le plus important de son histoire, soit 1 400 membres des forces d’autodéfense, contre 150 seulement en 2025. Le Japon utilisera également pour la première fois ses missiles type 88, en prenant pour cible un navire désarmé datant de la Seconde Guerre mondiale.

Tokyo a été très occupée ailleurs, assouplissant mardi des restrictions de longue date en matière d’exportation de matériel de défense et signant samedi un accord de 7 milliards $ US pour la livraison de 11 navires de guerre à l’Australie. La veille, le Japon et l’Union européenne avaient organisé à Bruxelles leur tout premier dialogue sur le secteur de la défense, auquel ont participé 50 sociétés européennes et japonaises. La semaine dernière, le ministre japonais de la Défense, Koizumi Shinjiro, a révélé que le budget de la défense du pays pour l’exercice en cours atteindra 1,9 % du PIB, soit un peu moins que l’objectif de 2 % fixé pour 2027.

Ces accords, dialogues et dépenses soulignent à quel point la position du Japon en matière de défense a changé sous la direction de la première ministre Takaichi Sanae, qui souhaite préparer le Japon à un monde plus dangereux et plus divisé à la lumière des menaces posées par la Chine et, dans une moindre mesure, par la Corée du Nord et la Russie.

Bons vents et mers favorables

Le NCSM Charlottetown, parmi d’autres ressources militaires canadiennes, participera à la « défense aérienne et antimissile, à la défense côtière, à la logistique et au soutien, à l’assistance médicale, aux opérations de frappe maritime et à la coordination multinationale » lors de l’exercice Balikatan.

La participation à l’exercice annuel est le résultat d’une décision importante et concrète prise par Ottawa pour améliorer son engagement dans la région indo-pacifique, en complément d’un accord sur le statut des forces armées de pays étrangers conclu avec les Philippines en novembre 2025. Le ministère de la Défense nationale a noté que Balikatan fait partie de l’opération HORIZON, l’« approche militaire exhaustive du Canada visant à promouvoir la paix et la stabilité [...] dans la région indo-pacifique ».

Ces événements interviennent alors que l’intérêt et les investissements dans la défense canadienne augmentent. Le mois dernier, les dépenses canadiennes en défense ont officiellement atteint le seuil des deux pour cent du PIB fixé par l’OTAN et, lundi, le ministre canadien de la Défense, David McGuinty, a annoncé que les forces armées canadiennes avaient enrôlé 7 310 nouveaux membres au cours de l’exercice 2025-26, soit le contingent le plus élevé depuis plus de trente ans.