Le président français Emmanuel Macron a montré cette semaine que les périodes d’incertitude exigent des approches novatrices, en effectuant des visites exceptionnelles à Tokyo et à Séoul afin d’explorer de nouvelles possibilités de partenariat dans la région indo-pacifique.
Emmanuel Macron est le cinquième dirigeant du G7 à se rendre au Japon depuis octobre, ce qui témoigne de l’influence croissante de Tokyo sur la scène internationale; il s’est entretenu avec la première ministre japonaise Sanae Takaichi au sujet de l’Iran, des minéraux critiques, de l’intelligence artificielle, de l’énergie nucléaire et de la défense. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays se sont rencontrés lors d’un sommet du G7 la semaine dernière et ont convenu de porter leurs relations à de « nouveaux sommets dans un large éventail de domaines ». La dernière visite du président Macron au Japon remonte à 2023.
Il se rend aujourd’hui à Séoul pour un entretien en tête-à-tête avec le président sud-coréen Lee Jae-myung; les discussions devraient porter principalement sur le commerce et les technologies de pointe. Emmanuel Macron, premier président français à se rendre en Corée du Sud depuis onze ans, a également invité le président Lee à participer au prochain sommet des dirigeants du G7 à Évian-les-Bains, en France. L’Australie et l’Inde devraient également participer au sommet de juin.
Au-delà de la posture diplomatique ou du symbolisme, le voyage du président français – une longue expédition depuis l’Élysée – vise à ancrer davantage la France dans l’architecture économique et de sécurité de la région indo-pacifique, dans le prolongement de sa visite en Inde en février et de la signature, la semaine dernière, d’un accord sur le statut des forces armées de pays étrangers avec les Philippines. Quarante entreprises françaises ont accompagné Emmanuel Macron au Japon et en Corée du Sud. Comme l’a souligné Business France, une agence gouvernementale, à l’approche de ce voyage, le Japon et la Corée du Sud s’imposent comme des « marchés clés pour les entreprises françaises dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur et d’intensification de la concurrence technologique ».
Les échanges commerciaux de la France avec l’Asie du Nord-Est restent modestes. En 2024, les échanges commerciaux de marchandises entre le Japon et la France ont atteint 19,1 milliards de dollars américains. Les échanges commerciaux entre la Corée du Sud et la France ont atteint 13,7 milliards de dollars la même année.
Pris entre le marteau et l’enclume
À l’instar de la France, le Japon doit faire preuve de prudence face à une Chine de plus en plus belliciste et à des États-Unis imprévisibles. Lundi, Beijing a interdit à un député du Parti libéral démocrate de Mme Takaichi de se rendre en Chine continentale, à Hong Kong et à Macao, après que celui-ci a effectué plusieurs voyages à Taïwan. Cette mesure constitue la plus récente, mais probablement pas la dernière, salve dans un différend entre le Japon et la Chine qui remonte au mois de novembre. Ce conflit est devenu l’un des éléments marquants des six mois de mandat de la première ministre Takaichi.
Les relations entre le Japon et les États-Unis semblent s’améliorer. La récente rencontre de Sanae Takaichi avec le président américain Donald Trump à Washington a pris une tournure grotesque, le président Trump ayant plaisanté sur Pearl Harbor, mais Mme Takaichi s’en est sortie « pratiquement indemne », séduisant Donald Trump et évitant tout désaccord sur le conflit en Iran. Un récent sondage réalisé par le journal Mainichi Shimbun a révélé que 42 % des Japonais interrogés ont jugé le sommet « favorablement », tandis que 22 % l’ont jugé défavorablement.
Le Canada et le Japon ont tous deux fait part de leur volonté de soutenir les efforts des États-Unis visant à rouvrir le détroit d’Ormuz. Tokyo a déclaré le mois dernier que des navires japonais pourraient participer au déminage en cas de cessez-le-feu. Le ministre canadien de la Défense, David McGuinty, a déclaré à la CBC que, dans les mêmes conditions, Ottawa pourrait mettre à disposition des « navires, une expertise en déminage, des renseignements, [et] des capacités cybernétiques ».
Malgré une certaine réticence à s’engager au Moyen-Orient, Sanae Takaichi a donné la priorité à la défense et à la sécurité. Ce mois-ci, le Japon enverra pour la première fois depuis 80 ans des troupes aptes au combat aux Philippines dans le cadre des exercices Balikatan. Samedi, le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, a annoncé que le Japon allait inaugurer un bureau chargé de la défense de son flanc pacifique. La veille, Koizumi avait annoncé que la Force d’autodéfense maritime du pays avait modernisé un destroyer, lui permettant ainsi de stocker et de tirer des missiles Tomahawk à longue portée.
Sidhu à Séoul alors que le sous-marin prend la mer
Après une mission commerciale de quatre jours menée par Équipe Canada, le ministre canadien du Commerce international, Maninder Sidhu, quitte Séoul aujourd’hui, manquant de peu le président français. Plus d’une centaine d’entreprises et d’organisations canadiennes se sont jointes au ministre Sidhu. Selon Politico, jusqu’à dix protocoles d’accord pourraient être signés au cours de ce voyage.
La Corée du Sud a largement répondu à l’intérêt que lui porte le Canada en mobilisant toutes ses forces pour décrocher un contrat de 60 milliards de dollars canadiens avec Ottawa pour la construction de sous-marins.
Le 25 mars, la marine sud-coréenne a dépêché un sous-marin KSS-III – le modèle envisagé par Ottawa – pour un voyage de 14 000 kilomètres à destination de Victoria, en Colombie-Britannique, où il participera à des exercices conjoints avec la Marine royale canadienne.