New Delhi a accueilli cette semaine un gigantesque sommet sur l’intelligence artificielle, le premier du genre dans les « pays du Sud », qui a rassemblé des dirigeants, des universitaires, des experts politiques et des chefs de direction de haut niveau du monde entier pour des discussions sur l’utilisation responsable de l’IA, la construction d’un avenir durable en matière d’IA et le remaniement de la main-d’œuvre indienne afin de répondre aux besoins du marché.
Mardi, le premier ministre indien Narendra Modi a déclaré que « l’intelligence artificielle se situe à un point d’inflexion civilisationnel : elle peut développer les capacités humaines de manière inédite, mais elle peut aussi mettre à l’épreuve les fondements sociaux existants si elle n’est pas guidée ». Le message de Modi était simple : L’Inde peut être un puissant « pôle » alternatif de l’intelligence artificielle; elle souhaite que ses priorités, et celles des pays en développement, soient reflétées dans les normes émergentes relatives à l’IA.
Les titres des conférences précédentes sur l’IA donnent des indications sur l’évolution des priorités mondiales. En 2023, le Royaume-Uni a accueilli le Sommet sur la sécurité de l’IA; et en 2025, la France a organisé le Sommet pour l’action sur l’IA. Modi a noté que l’Inde « a délibérément cadré le sommet de cette année autour des “répercussions” pour garantir des résultats significatifs et équitables », et pas seulement une innovation effrénée.
Dans le classement mondial de l’intelligence artificielle de l’Université de Stanford, l’Inde occupe la troisième place, derrière les États-Unis et la Chine, qui disposent ensemble de 70 % des meilleurs chercheurs en apprentissage automatique au monde et allèguent détenir 90 % de la puissance de calcul mondiale, selon Foreign Affairs. Le classement de l’Inde est attribuable en grande partie à son énorme réservoir de talents et à son modeste secteur de R et D, plutôt qu’à sa capacité de fabrication de puces ou à sa puissance de calcul.
Ce même bassin de talents, le moteur silencieux d’une partie du développement en Occident, pourrait également être la plus grande vulnérabilité de l’Inde en matière d’IA. Comme l’a fait remarquer un leader indien de la technologie, « l’Inde est définitivement en danger parce que nous sommes la capitale mondiale de l’arrière-boutique, et si nous ne réinventons pas notre rôle, nous aurons beaucoup de compétences obsolètes ». En janvier, l’Inde a lancé un programme national visant à doter un million de jeunes des connaissances et compétences nécessaires en matière d’IA.
En 2024, le gouvernement de M. Modi a donné le feu vert à un plan de 1,71 milliard $ CA visant à financer les jeunes entreprises d’IA, l’infrastructure informatique et le développement de l’IA dans le secteur public. Les investissements privés pourraient, à terme, éclipser ce montant : le ministre indien des Technologies a déclaré aux journalistes mardi que l’Inde cherchait à attirer jusqu’à 200 milliards $ US en investissements dans l’IA au cours des deux prochaines années.
La parfaite harmonie entre Macron et Modi
Aujourd’hui, le président français Emmanuel Macron a terminé un séjour de trois jours à Mumbai et à New Delhi, au cours duquel il a assisté au Sommet sur l’intelligence artificielle. Macron et Modi ont qualifié la relation entre la France et l’Inde de « partenariat stratégique mondial spécial ». Dans l’esprit du sommet, Macron a partagé une image, générée par l’IA, de lui et de Modi formant un symbole de cœur. Il s’agit de la quatrième visite officielle de M. Macron en Inde; la dernière visite de M. Modi en France remonte à 2025.
Le voyage de M. Macron souligne le rapprochement de l’Inde et de l’Union européenne : New Delhi serait dans les dernières phases d’approbation d’un contrat d’achat de 114 avions de chasse et autres appareils français s’élevant à 54,5 milliards $ CA. Cet accord de défense potentiel intervient deux semaines seulement après la signature par l’Inde et l’UE d’un vaste pacte sur le commerce, la sécurité et la mobilité.
La coopération entre le Canada et l’Inde porte sur l’intelligence artificielle, la technologie, le commerce, et plus
Ottawa renforce son engagement auprès de New Delhi à l’approche du voyage en Inde du premier ministre canadien Mark Carney, prévu au mois de mars. Le ministre canadien de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, participe au Sommet sur l’IA à New Delhi, renforçant ainsi l’intérêt du Canada pour la gouvernance mondiale de l’IA.
En marge de la Conférence de Munich sur la sécurité qui s’est tenue la semaine dernière, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, a rencontré son homologue indien, S. Jaishankar, pour la cinquième fois en six mois. Les deux ministres ont affirmé « les avantages technologiques partagés... pour les entreprises, les secteurs et les travailleurs des deux pays » en signant un Accord de partenariat économique global (APEG). Les négociations entre le Canada et l’Inde en vue de la conclusion d’un APEG, qui devraient commencer sous peu, engloberont probablement l’IA et la technologie.