Dimanche, l’Inde a rendu public son budget pour 2026, qui expose clairement la manière dont le premier ministre indien Narendra Modi compte naviguer dans un monde marqué par le protectionnisme américain et l’intensification de la concurrence entre les grandes puissances.
Dans un discours prononcé devant le Parlement indien, la ministre des Finances Nirmala Sitharaman a déclaré que le commerce et le multilatéralisme sont aujourd’hui « menacés » et que « l’accès aux ressources et aux chaînes d’approvisionnement » est perturbé. Son budget constitue un rempart contre ces perturbations, impliquant des dépenses record dans les infrastructures et la défense, un soutien aux exportateurs et une relance de la fabrication dans sept secteurs stratégiques, dont les produits biopharmaceutiques, les semi-conducteurs et les textiles. Le budget prévoit également des fonds pour étendre l’exploitation minière des terres rares, leur traitement et leur fabrication, ce qui témoigne de la volonté de l’Inde de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine.
Mme Sitharaman a estimé que le ratio dette/PIB de l’Inde pour l’exercice 2026-2027 serait de 55,6 %, soit une légère baisse par rapport à l’année dernière. Le PIB de l’Inde devrait croître de 7,4 % au cours de l’exercice se terminant en mars.
Rahul Gandhi, figure clé de l’opposition, a déclaré que le budget « ignorait les véritables crises auxquelles l’Inde est confrontée », à savoir le chômage des jeunes, la faiblesse de l’épargne des ménages et les « chocs mondiaux imminents ».
Une succession d’accords
Au lendemain de la présentation du budget, M. Trump a déclaré sur les réseaux sociaux qu’il s’était entretenu avec M. Modi, « l’un de [ses] meilleurs amis », et qu’ils avaient conclu un accord commercial provisoire prévoyant une réduction à 18 % des droits de douane américains sur les produits indiens.
En contrepartie, l’Inde achètera pour 500 milliards $ US d’énergie, de technologie et de produits agricoles américains, cessera d’acheter du pétrole russe et éliminera « tous les droits de douane et barrières non tarifaires » visant les États-Unis, selon M. Trump. Monsieur Modi s’est dit « ravi », mais n’a pas donné plus de détails sur cet accord.
Le commerce entre les États-Unis et l’Inde s’est élevé à environ 212,3 milliards $ US en 2024.
Cette entente est évidemment une bonne nouvelle pour l’Inde, mais elle ne suffira pas à arrêter les efforts de New Delhi pour diversifier le commerce et les investissements. M. Trump est un négociateur impatient : en juin, il a accusé la Chine de « violer totalement » l’accord commercial conclu avec les États-Unis, et il a récemment augmenté les droits de douane sur la Corée du Sud pour « ne pas avoir respecté » un accord annoncé l’année dernière. Le fait que M. Trump ait vidé de sa substance l’accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique – qu’il avait précédemment qualifié de « meilleur accord que nous n’ayons jamais conclu » – est une nouvelle preuve de la fragilité de ces accords.
Des ministres mobilisés
La publication du budget de l’Inde coïncide avec une série d’engagements internationaux, dont un entretien entre les ministres des Affaires étrangères du Canada et de l’Inde, le 26 janvier.
La semaine de l’énergie en Inde, qui s’est déroulée du 27 au 30 janvier, a mis en lumière les efforts déployés par le pays pour diversifier ses sources d’approvisionnement en énergie. Le Canada a joué un rôle clé à cet égard : le voyage du ministre de l’Énergie, Tim Hodgson, en Inde la semaine dernière a ouvert la voie à une augmentation des exportations de matières premières et de gaz naturel liquéfié (GNL) canadiens, à un renforcement de la coopération sur les minéraux critiques et à des progrès vers un accord majeur sur l’uranium. Cet accord, dont la valeur peut atteindre 3 milliards $ US, pourrait être finalisé lors du voyage du premier ministre canadien Mark Carney en Inde en mars.
Les préparatifs sont également en cours pour le sommet indien sur l’impact de l’IA, qui se tiendra du 16 au 20 février et qui devrait attirer des dizaines de milliers d’invités, y compris des dirigeants et des ministres du monde entier. Le ministre de l’intelligence artificielle du Canada, Evan Solomon, assiste à la conférence; le conseiller à la sécurité nationale de l’Inde, Ajit Doval, serait en visite au Canada dans les prochains jours. De plus, 21 présidents d’universités canadiennes sont en visite en Inde du 2 au 6 février.
Il est clair que la nouvelle année a donné un nouvel élan aux relations entre le Canada et l’Inde, qui couvrent l’intelligence artificielle, les minéraux critiques, l’éducation, l’énergie, la sécurité, etc. Ensemble, Ottawa et New Delhi semblent jeter les bases d’une remise à zéro plus approfondie en prévision de la première visite d’un dirigeant canadien en Inde depuis huit ans.