Par Ted Fraser, Rédacteur en chef
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, António Costa, étaient à New Delhi cette semaine pour finaliser le texte d’un accord commercial négocié de longue date entre l’Union européenne, le plus grand marché unique du monde, et l’Inde, la grande économie à la croissance la plus rapide du monde.
Mardi, à l’issue de négociations de dernière minute, Mme von der Leyen, M. Costa et le premier ministre indien Narendra Modi ont dévoilé l’accord, qui crée un marché de 2 milliards de personnes. Le Parlement européen n’a pas encore approuvé l’accord, processus qui pourrait prendre jusqu’à un an. Mais la signature de mardi, associée à un nouveau pacte de défense et à un accord de mobilité, cimente le partenariat stratégique entre l’Inde et l’UE, indiquant un alignement économique relatif alors que les droits de douane et la coercition rognent le système commercial mondial.
La négociation de ce pacte, intermittente depuis 18 ans, a été relancée avec une urgence renouvelée en 2022. Cet accord représente une victoire (et un soulagement) énorme pour les deux parties : il aidera l’Inde à compenser les tarifs douaniers punitifs imposés par les États-Unis et à récupérer sa compétitivité – anéantie après la suspension des préférences tarifaires de l’UE pour l’Inde en 2023 – et à ouvrir l’accès européen aux secteurs indiens en plein essor tels que l’automobile, l’aviation et plus encore.
Mme von der Leyen a décrit le pacte comme le « plus grand des accords ». António Costa et Ursula von der Leyen se sont rendus à New Delhi pour le 16e sommet UE-Inde et ont été désignés invités principaux lors des festivités du Jour de la République de l’Inde lundi, un honneur généralement décerné au partenaire le plus important de l’Inde. L’UE est le plus grand partenaire commercial de l’Inde; le commerce bilatéral de marchandises a atteint195 milliards $ CA en 2024.
Les petits caractères
En ce qui concerne la valeur commerciale, l’accord permettra à l’UE d’éliminer les droits de douane sur 91 % des biens, tandis que l’Inde éliminera les droits de douane sur 93 % des biens. L’Inde réduira à terme les droits de douane sur les voitures européennes à 10 % (au lieu de 110 %) et l’UE exemptera de droits de douane la moitié des exportations indiennes d’acier. L’UE importe principalement des machines, des appareils, des produits chimiques, des métaux communs et des textiles en provenance de l’Inde. Les exportations de l’UE vers l’Inde se composent principalement de machines, d’appareils et d’équipements de transport.
Les messages de l’UE et de l’Inde ont été extrêmement positifs, soulignant leur indépendance vis-à-vis de Washington et de Beijing. Mme von der Leyen a déclaré cette semaine qu’« en combinant [leurs] forces, [l’Inde et l’UE réduisent] les dépendances stratégiques, à l’heure où le commerce est de plus en plus utilisé à des fins politiques ».
Les deux parties ont également finalisé un pacte de sécurité et de défense, qui, selon Mme von der Leyen, va approfondir les travaux sur « [les menaces] cyber et hybrides, [...] la diversification des chaînes d’approvisionnement militaires et l’amélioration de l’accès à de nouvelles capacités ». L’UE espère que l’Inde, longtemps un acheteur majeur d’équipement militaire russe (et, de plus en plus, d’équipement américain), achètera davantage de technologies de défense européennes.
Cette année a été une année phare pour le commerce indien : New Delhi a signé un pacte commercial avec le Royaume-Uni en juillet 2025 et a conclu des négociations avec la Nouvelle-Zélande en décembre 2025; un autre accord avec l’Islande, le Liechtenstein, la Norvège et la Suisse est entré en vigueur en octobre 2025. En revanche, l’UE avait cruellement besoin d’une victoire commerciale. La semaine dernière, le Parlement européen a demandé un avis juridique sur un accord commercial en attente avec le Mercosur, repoussant sa mise en œuvre officielle de 24 mois.
Ce que cela signifie pour le Canada
L’urgence de la diversification commerciale mise en action par New Delhi va encourager Ottawa. Les négociations officielles en vue d’un accord de partenariat économique global entre le Canada et l’Inde commenceront en mars, selon Dinesh Patnaik, haut-commissaire de l’Inde au Canada. Les deux parties cherchent à conclure un accord « d’ici un an », a déclaré M. Patnaik, même si cette échéance pourrait être ambitieuse.
Le ministre canadien de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, est en Inde de mardi à vendredi. Il participe à la Semaine de l’énergie en Inde et au premier dialogue Canada-Inde sur l’énergie en huit ans. Le voyage de M. Hodgson et la visite en février du ministre canadien de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, jetteront les bases du voyage en Inde (et en Australie) du premier ministre canadien Mark Carney.