Ottawa renforce la sécurité économique grâce à une nouvelle stratégie

La stratégie de sécurité nationale du Canada, publiée le 29 octobre dernier, accorde une importance particulière à la protection de la souveraineté et de la sécurité économique, mais pourrait indiquer qu’Ottawa s’éloigne d’une stratégie pour l’Indo-Pacifique (SIP) autonome, le gouvernement laissant entrevoir l’élaboration d’« une approche unique, globale et axée sur les intérêts en matière de politique étrangère ».

Le Plan pour un Canada plus fort, qui compte 13 pages, engage Ottawa à renforcer ses capacités dans huit « secteurs clés », notamment les technologies émergentes, les minéraux critiques, la défense et l’énergie. Le projet du gouvernement visant à renforcer ces capacités commence « délibérément » par la sécurité économique, puis s’ensuivent la politique étrangère, la politique de défense, la sécurité publique et le renseignement.

Dans un préambule, le premier ministre canadien Mark Carney affirme que la « vision » de cette stratégie est celle d’un Canada « qui est maître de son propre destin », faisant écho au titre français du budget du gouvernement (« Maîtres chez nous »), dont la publication est prévue aujourd’hui. Le moment choisi pour ces deux annonces est révélateur en ce qu’il souligne les liens entre la sécurité nationale, la croissance économique et la souveraineté.

Ce plan, qui vise à armer le Canada contre « les rivalités entre les grandes puissances, les agressions de la part de régimes autoritaires, les technologies d’IA de pointe, les changements climatiques et les pandémies », s’inscrit également dans la vision globale de Carney en matière de relations internationales : les forces sont devenues des vulnérabilités, la diversification est cruciale et l’autonomie est primordiale.

Le sort de la SIP

La stratégie stipule que « la paix, la résilience et la sécurité dans l’Indo-Pacifique sont vitales pour le Canada ». C’est pourquoi le Canada s’engage à « travailler » avec des partenaires qui « cherchent comme [lui] à résoudre les différends par la diplomatie, la coopération économique équitable ainsi que le respect de la souveraineté et du droit international ». Le plan va encore plus loin lorsqu’il aborde la question des alliés européens, s’engageant à « approfondir considérablement [s]es liens » avec ce continent.

La stratégie présente également un plan visant à « harmoniser les stratégies régionales du Canada », en faisant référence à la SIP, à la Stratégie du Canada pour l’Afrique et à la Politique étrangère du Canada pour l’Arctique, dans le cadre d’« une approche unique, globale et axée sur les intérêts en matière de politique étrangère ».

La SIP, d’une valeur de 2,3 milliards de dollars canadiens, a été dévoilée en novembre 2022 et prévoit un financement sur 5 ans. Un rapport publié le mois dernier par le Comité permanent des affaires étrangères et du développement international a recommandé que « le gouvernement du Canada publie une version mise à jour de la SIP en 2027 ».

Le président et chef de la direction de la FAP Canada, Jeff Nankivell, a déclaré à Observatoire Asie que « la politique de sécurité était habituellement considérée comme un volet de la politique étrangère, mais les choses ont changé. La stratégie de sécurité nationale constitue un cadre stratégique au sein duquel chacune des cinq dimensions de la politique disposera de sa propre stratégie. Il reste à voir dans quelle mesure les cinq documents d’orientation définiront collectivement une stratégie (ou un ensemble de stratégies) propre à l’Asie dans le cadre de la SIP, qui dispose de ressources importantes. »

« Dans une région où le plus grand risque pour notre réputation réside dans le sentiment, chez nos partenaires, que nous ne faisons pas preuve d’un intérêt et d’un engagement constants, les efforts accrus du Canada en matière d’engagement dans le cadre de la SIP ne sont pas passés inaperçus et ont même porté leurs fruits jusqu’à présent », a déclaré M. Nankivell. « Il sera essentiel pour le Canada de maintenir et de renforcer cet élan dans la région indo-pacifique afin de concrétiser la vision de la stratégie de sécurité nationale. »

La dernière stratégie de sécurité nationale du Canada, intitulée « Protéger une société ouverte », a été publiée en 2004; elle portait principalement sur le terrorisme et les pandémies, dans le sillage des attentats du 11 septembre et de l’épidémie de SRAS.

Réduits à néant

Le plan ne mentionne ni la Chine, ni l’Inde, ni l’Iran, ni le Pakistan, ni la Russie, pays tous désignés par le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) comme « les principaux auteurs d’ingérence étrangère et d’espionnage contre le Canada » dans son dernier rapport annuel.

En avril 2025, Carney lui-même a désigné la « Chine » comme la plus grande menace pour la sécurité du Canada. L’absence de toute mention explicite de la Chine ou de l’Inde laisse toutefois entendre une préférence pour aborder ces questions à huis clos. Le Canada et l’Inde, par exemple, ont abordé des questions de sécurité bilatérales le mois dernier à New Delhi.

Le document prévoit également de « recueillir des renseignements exploitables » et de renforcer « les capacités souveraines en matière de renseignement, de collecte et d’analyse », ce qui a conduit certains à spéculer sur la création d’un organisme canadien de renseignement étranger, comme MI6, au Royaume-Uni.

En effet, le Canada est le seul pays du G7 à ne pas disposer d’un organisme de renseignement étranger dédié, bien que le SCRS dispose de stations à l’étranger dans des « endroits clés ».