Près de 600 diplomates, politiciens, experts politiques et universitaires de 40 pays sont arrivés à Singapour la semaine dernière pour le Dialogue Shangri-La, une réunion annuelle axée sur la géopolitique indo-pacifique, la défense et la sécurité, et les relations entre les États-Unis et la Chine.
Dans un discours, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a qualifié à plusieurs reprises l’approche de Washington pour l’Indo-Pacifique de « forte, calme et claire ». Paraphrasant le président américain Theodore Roosevelt, M. Hegseth a soutenu que Washington se contentait de « parler et marcher doucement en portant un gros bâton ».
Dans son discours, M. Hegseth a reconnu avoir été « alarmé à juste titre par le renforcement militaire historique de la Chine », une remarque tendue destinée à apaiser les alliés, sans agacer Beijing. Le ministre chinois de la Défense est demeuré absent du sommet pour la deuxième année consécutive, frustrant certains participants qui considèrent l’événement comme une rare occasion de se rencontrer pour les chefs de la Défense de l’Indo-Pacifique. M. Hegseth a soutenu que les relations entre les États-Unis et la Chine sont « meilleures qu’elles ne l’ont été depuis de nombreuses années », à la suite de la récente rencontre entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping.
Il a également applaudi la Corée du Sud en tant qu’« alliée modèle », soulignant la « plus grande responsabilité de Séoul dans sa défense conventionnelle ». Il a également félicité presque tous les alliés américains dans la région indo-pacifique, à l’exception du Canada, y compris l’Australie, l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, le Japon, les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam.
Le discours de Pete Hegseth était moins conflictuel que la rhétorique américaine envers l’Europe, par exemple, mais des tensions familières persistaient à Singapour : le renforcement militaire de la Chine, Taïwan, la mer de Chine méridionale et le partage du fardeau y figuraient en bonne place. Le ministre japonais de la Défense, Koizumi Shinjiro, s'est exprimé haut et fort cette année, rejetant les accusations chinoises de « militarisme » japonais, soutenant plutôt que le renforcement militaire rapide de la Chine suscite des inquiétudes régionales. Le président du Vietnam, To Lam, était l’invité d’honneur et a prononcé le discours principal. M. Lam s’est ensuite rendu aux Philippines pour une visite d’État, signe supplémentaire de l’élargissement de la diplomatie dans la région.
Sous la mer
Lors du sommet, l’accent a été mis sur les fonds marins et les câbles sous-marins, qui sont de plus en plus considérés comme des infrastructures essentielles (et des objectifs de grande valeur). À Singapour, l’Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni ont annoncé une nouvelle initiative du « deuxième pilier » de l’AUKUS visant à développer des véhicules sous-marins sans équipage pour aider à protéger les câbles sous-marins, le premier projet phare de ce pilier.
Le ministre australien de la Défense, Richard Marles, a reconnu cette menace, prévenant que « les fonds marins sont devenus un champ de contestation majeur au cours des 18 derniers mois » et indiquant que Taïwan a signalé cinq cas de dommages aux câbles seulement en 2025. On estime que 99 % du trafic Internet australien transite par 15 câbles sous-marins à peine.
Comme Jeehye Kim, Hyun Kim et Mei Terasawa de la FAP Canada l’ont fait remarquer en 2025, « malgré une prise de conscience croissante, la capacité actuelle du Canada à protéger ses infrastructures sous-marines contre les attaques et à y répondre reste limitée ». Bien que les partenariats avec les alliés de l’OTAN demeurent une priorité, les auteurs suggèrent que « le Canada devrait également envisager une collaboration plus étroite avec des partenaires aux vues similaires dans la région indo-pacifique, comme le Japon et la Corée du Sud ».
En plus de l'annonce de l'AUKUS, 17 pays ont lancé les Principes directeurs pour les échanges sur la défense des infrastructures sous-marines (GUIDE). Le cadre est une entente volontaire et non contraignante financièrement, axée sur l'amélioration de la sécurité des infrastructures sous-marines critiques. Bien que le Canada n'ait pas été invité à son élaboration ou à son lancement, il est prévu que GUIDE sera ouvert à une participation plus large.
Jennie Carignan représente le Canada
Le ministre canadien de la Défense, David McGuinty, n’a pas participé au Dialogue Shangri-La. Il s’agit de la deuxième année consécutive où Ottawa n’a pas envoyé de ministre. Cette année, la générale Jennie Carignan, cheffe d’état-major de la Défense du Canada, était la déléguée canadienne de plus haut rang. Sous l’ancien premier ministre Justin Trudeau, les ministres canadiens de la Défense ont participé à tous les dialogues Shangri-La, de 2016 à 2024.
Ottawa a fait des vagues la semaine dernière en envoyant le NCSM Charlottetown dans le détroit de Taïwan. Cette décision, qui intervient quelques jours avant le voyage du ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi à Ottawa, a mis fin aux spéculations à savoir si le premier ministre canadien Mark Carney maintiendrait cette pratique de longue date, à la lumière d’un nouveau « partenariat stratégique » avec la Chine. Il est à noter qu’aucune des deux parties n’a mentionné le passage du navire dans les comptes rendus qui ont suivi la visite de M. Wang, suggérant que les deux veulent « trouver un terrain d’entente tout en mettant de côté leurs divergences », selon la formulation employée dans le compte rendu chinois.
Lundi à Ottawa, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Anita Anand, s’est adressée à tous les chefs de mission du Canada. Elle a discuté de l’importance des coalitions de puissance moyenne « spécialement conçues », en nommant explicitement l’Australie, le Japon et la Corée du Sud. Elle a également indiqué que la « sécurité économique et la diversification des échanges commerciaux » étaient les principales priorités du gouvernement.