Observatoire artistique keystone

Festival du film taïwanais de Vancouver 2023 : A Holy Family (« Une Sainte Famille ») (Critique)

Synopsis

A Holy Family (神人之家) relate l’histoire de la famille Lu. A-Liang « Elvis » Lu, fils éloigné et réalisateur de documentaires, revient dans la maison familiale dans le sud-ouest rural de Taïwan après 24 ans d’absence. Équipé d’une caméra vidéo, A-Liang Lu filme la vie quotidienne de sa mère âgée mais travailleuse, de son père accro au jeu et de son frère en difficulté, tout en découvrant les superstitions religieuses qui ont guidé les décisions de la famille.


Poser la question délicate : « Les dieux existent-ils ? »

Après avoir reçu un appel téléphonique de sa mère pour discuter de l’organisation des funérailles du couple vieillissant, A-Liang Lu retourne chez lui pour la première fois depuis plus de vingt ans. A-Liang, qui est derrière la caméra pendant la quasi-totalité du film, capte la dynamique brute de sa famille dysfonctionnelle, notamment sa mère âgée, qui nettoie avec diligence un grand sanctuaire taoïste tôt le matin ; son père, qui est principalement occupe à « voir » des signes des dieux pour obtenir des numéros de loterie gagnants ; et son pseudo-frère médium, qui communique avec les dieux pour s’auto-aider et aider ses clients à prendre des décisions d’affaires.

Movie still from A Holy Family
Photo fournie par TWFF

Contrairement à sa famille profondément religieuse, A-Liang semble être en retrait et quelque peu opposé aux croyances familiales, qui ont à maintes reprises échoué à les protéger, allant même jusqu’à demander si les dieux ont déjà aidé la famille dans les moments difficiles. Le jeune fils du frère est également filmé en train de remettre en question l’existence des dieux lorsque l’exploitation familiale de tomates est inondée alors que les plants ont été semés un jour où les dieux l’ont « signalé ». Mais le fait d’être filmé en permanence et les questions difficiles et dérangeantes qu’A-Liang pose derrière la caméra semblent lui donner l’espace nécessaire pour mieux comprendre sa famille.

Petit à petit, A-Liang commence à apparaître devant l’objectif, redevenant ainsi un membre de la famille Lu. Grâce à de petites interactions et à de courts extraits audio d’appels téléphoniques, leurs relations commencent à s’améliorer, non seulement entre A-Liang et les membres de sa famille, mais aussi entre son frère et son père qui, au début, ne se parlent jamais bien qu’ils vivent sous le même toit.

Les langages de l’amour asiatique 101

Pour de nombreux spectateurs canadiens d’origine asiatique, les petites nuances de la tradition, de la religion et de la culture peuvent évoquer des souvenirs d’enfance. C’est particulièrement vrai lorsqu’il s’agit de comprendre les expressions de l’amour familial, qui n’est souvent pas communiqué directement, que ce soit physiquement ou verbalement, en Asie. Par exemple, lors d’une séance de photos, la mère d’A-Liang refuse de tenir la main de son mari et d’A-Liang, mais le public peut aussi la voir s’occuper de son mari en cas de maladie. En Amérique du Nord, ces subtilités peuvent être observées dans les mèmes de la deuxième génération sur les médias sociaux, où l’on voit des parents couper des fruits pour leurs enfants en signe d’amour.

Mais les relations familiales gênantes et les différences de croyances religieuses et/ou intergénérationnelles sont des sujets auxquels de nombreuses familles canadiennes peuvent s’identifier. Ce documentaire brut et magnifique sur la famille et la réconciliation est à voir absolument pour tous ceux qui s’intéressent aux représentations quotidiennes de la culture et de la famille taïwanaises.


About the Vancouver Taiwanese Film Festival

Le Festival du film taïwanais de Vancouver (TWFF) est une initiative artistique et culturelle annuelle à but non lucratif lancée en 2007. Au fil des ans, il a été bien accueilli par le public de la région métropolitaine de Vancouver et est devenu le plus grand festival de films axés sur le cinéma taïwanais en Amérique du Nord.

Au cours des 16 dernières années, le TWFF a présenté plus de 100 films taïwanais et invité de nombreux cinéastes et réalisateurs à Vancouver, soutenant ainsi le multiculturalisme au Canada et jetant un pont entre l’art du cinéma taïwanais et le public canadien.

La FAP Canada a reçu des billets promotionnels gratuits pour le TWFF afin de soutenir la mission de la Fondation qui est de promouvoir la sensibilisation mutuelle et la compréhension des cultures asiatiques.

Momo Sakudo

Momo Sakudo est chercheuse-boursière (CB) au sein de l’équipe Asie du Nord-Est de la Fondation Asie Pacifique du Canada, avec une spécialisation sur le Japon. Elle est titulaire d'une maîtrise en politiques publiques de l'École d’Affaires publiques de Sciences Po Paris et d'un double baccalauréat ès arts de l'Université de la Colombie-Britannique et de Sciences Po Paris. En tant que ressortissante japonaise habitant au Canada, Momo est intéressée par la question du rôle croissant de l'Asie dans la communauté internationale, notamment par rapport à l'Amérique du Nord et à l'Europe.

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