Le premier ministre canadien Mark Carney accueillera aujourd’hui et vendredi à Montréal les dirigeants de l’Union européenne (UE) afin de forger « une nouvelle alliance ambitieuse », qualifiant ce partenariat potentiel de « phare pour les autres démocraties ».
Depuis son élection, M. Carney a présenté Bruxelles comme un allié naturel; il a également déclaré que l’ordre international « sera reconstruit à partir de l’Europe ». Mais malgré ses nombreux atouts, l’UE est une prétendante parfois distraite, aux prises avec une croissance atone, des conflits internes entourant les budgets et l’Ukraine (ainsi que la manière de qualifier les relations du Canada avec le bloc), et des dirigeants d’extrême droite en ascension.
Le PIB réel de l’UE, par exemple, n’a augmenté que de 1,5 % en 2025, contre 1,1 % en 2024. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit une croissance de 1,4 % en 2026.
En revanche, il prévoit une croissance du PIB réel de 4,8 % dans l’Asie-Pacifique en 2026, ce qui représente un marché à croissance élevée pour les exportateurs et les investisseurs canadiens. La région indo-pacifique compte également plus de 4 milliards d’habitants, contre environ 450 millions pour l’UE.
Ottawa n’a pas négligé l’Asie. En effet, elle s’apprête à conclure cette année des ententes avec l’ANASE, l’Inde, les Philippines et la Thaïlande. Les ministres de M. Carney ont effectué de nombreux voyages en Asie, et le premier ministre a fait de la normalisation des relations avec l’Inde et la Chine les pierres angulaires de sa politique étrangère.

Il pourrait y avoir une occasion pour tous de se rassembler : dimanche, M. Carney a réitéré que la nouvelle « alliance » entre le Canada et l’UE serait « suffisamment ouverte pour que d’autres puissent s’y joindre », en faisant allusion à l’Australie, au Japon, à la Nouvelle-Zélande et à la Corée du Sud. Cette initiative viendrait compléter les efforts du Canada visant à « faire le pont » entre l’UE et le PTPGP.
« Montre-moi qui sont tes amis, et je te dirai qui tu es »
Une grande partie de la stratégie de M. Carney en matière de politique étrangère repose sur la familiarité et sur l’histoire : le Cabinet du premier ministre a souligné dans une déclaration publiée dimanche que les relations entre le Canada et l’UE « constituent les relations officielles les plus anciennes que l’UE entretient avec un pays industrialisé ». M. Carney a également fait remarquer que le « Canada a été bâti sur le socle de trois peuples : les Autochtones, les Français et les Britanniques ».
Le premier voyage de M. Carney en tant que premier ministre était en France, et il s’est entretenu avec son homologue britannique à 14 reprises depuis son entrée en fonction, ce qui place le Royaume-Uni au deuxième rang parmi tous les pays.
Ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, M. Carney peut également se vanter de disposer d’un vaste réseau de relations personnelles en Europe (et de passer ses vacances en Italie).
Le marché unique de l’UE et son infrastructure institutionnelle, sans parler de l’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, déjà en vigueur, facilitent la mise en place d’un partenariat plus étroit que, par exemple, un « partenariat » abstrait avec la région indo-pacifique.
La défense et la sécurité, au même titre que l’intelligence artificielle, l’énergie et les minéraux critiques, constituent des aspects clés des relations entre le Canada et l’UE, comme en témoignent le Partenariat de sécurité et de défense conclu en 2025 et l’adhésion récente du Canada à l’initiative « Agir pour la sécurité en Europe » de l’UE. La décision de M. Carney de choisir la société allemande TKMS plutôt que la société sud-coréenne Hanwha comme soumissionnaire privilégié pour un contrat historique portant sur la construction de sous-marins a également fait ressortir l’importance qu’Ottawa accorde à l’intégration avec l’Europe et l’OTAN.
Mais selon M. Carney, ce sont les « valeurs communes » qui sous-tendent cette relation. Dans un discours prononcé le mois dernier devant les législateurs de l’UE à Strasbourg, en France, M. Carney a fait valoir que « [Notre] engagement envers la primauté du droit et notre défense inébranlable de la dignité humaine, de la liberté individuelle et de la démocratie puisent dans les mêmes racines profondes ».
M. Carney a mentionné le mot « valeurs » à sept reprises dans son discours à Strasbourg.
Un compromis dans le cadre d’une guerre commerciale?
Ottawa a adopté une approche différente dans ses relations avec certains pays de la région indo-pacifique, en privilégiant les intérêts plutôt que les valeurs. (Le mot « valeurs » n’apparaissait pas dans la déclaration commune des dirigeants du Canada et de la Chine datée de janvier 2026.)
Les Canadiens semblent conscients de ce « compromis ». Un sondage mené en 2025 par la FAP Canada auprès des Canadiens a mis en évidence un changement radical d’attitude à l’égard des relations du Canada avec la Chine et de la contradiction entre les valeurs et les intérêts, d’autant plus que les relations avec les États-Unis se sont détériorées.
En octobre 2021, 77 % des répondants ont déclaré que, dans le cadre de ses relations avec la Chine, le Canada devrait accorder plus d’importance aux « droits de la personne et à la primauté de droit » qu’aux « possibilités commerciales et d’investissement ». En juillet 2025, ce chiffre a chuté à 52 %.
Le sommet, qui se tiendra cette semaine à Montréal, offrira à Ottawa l’occasion de se tourner vers l’Europe, avec laquelle elle entretient des liens étroits, tout en tendant la main à ses partenaires de la région indo-pacifique, en particulier les membres du PTPGP.