À retenir
La décision d’Ottawa de retenir la société allemande TKMS plutôt que l’entreprise sud-coréenne Hanwha Ocean comme fournisseur privilégié pour le Programme de sous-marins canadiens de patrouille (PSCP) ne se comprend pas seulement comme une décision concernant l’approvisionnement, mais comme un élément d’un plan stratégique à plus long terme. En choisissant TKMS, le Canada a préféré une intégration plus étroite dans l’écosystème de sous-marins européen et centré sur l’OTAN à l’offre de la Corée du Sud, qui s’appuyait davantage sur la diversification indo-pacifique, la rapidité de livraison et un vaste ensemble industriel.
Parce que l’annonce du 6 juillet a été faite la veille du sommet de l’OTAN à Ankara, en Türkiye, et qu’elle était explicitement articulée autour de la souveraineté, de l’interopérabilité et de la sécurité alliée, le signal est clair : Ottawa a jugé que l’alignement sur l’alliance et la réduction des risques liés au cycle de vie l’emportaient sur l’argument industriel plus large de Hanwha et sur une occasion d’engagement stratégique à long terme dans le théâtre de l’Asie-Pacifique.
En bref
- Les efforts du Canada pour remplacer sa flotte vieillissante de sous-marins de classe Victoria ont commencé en 2021. Le gouvernement fédéral a ensuite restreint la compétition à l’entreprise allemande TKMS et à la sud-coréenne Hanwha Ocean.
- Le 6 juillet, le premier ministre du Canada, Mark Carney, a annoncé que TKMS serait le fournisseur privilégié de 12 nouveaux sous-marins, ce qui marque une étape majeure dans ce qui sera le plus grand achat d’ordre militaire jamais effectué par le Canada. Les négociations contractuelles devraient se poursuivre jusqu’en 2027, ce qui signifie que la décision concerne une voie privilégiée, mais ne finalise pas encore l’acquisition.
- Les médias coréens interprètent la perte de Hanwha Ocean en partie sous l’angle de la « préférence pour l’OTAN » et ont noté que la déclaration de M. Carney mentionnait que Hanwha pourrait toujours être approchée en cas d’échec des négociations avec TKMS, laissant ouverte une option de repli plutôt que de fermer complètement la porte.
Tableau 1 : Comparaison des offres de TKMS et de Hanwha
| Attributs clés | Offre de TKMS | Offre de Hanwha |
|---|---|---|
| Calendrier de livraison | TKMS affirme que le premier sous-marin pourrait être livré d’ici 2033; Reuters et AP indiquent que les quatre premiers pourraient l’être d’ici 2034 en réaffectant les créneaux de production. | Hanwha a déclaré qu’elle pourrait livrer quatre sous-marins KSS-III avant 2035 si un contrat était conclu en 2026, et les 12 d’ici 2043. |
| Engagements industriels | TKMS a présenté un cadre trilatéral Canada-Allemagne-Norvège, une entreprise canadienne souveraine de maintien et des projections de retombées économiques importantes. | Hanwha a signé des protocoles d’entente dans les domaines de l’acier, des communications par satellite, de l’IA, de l’espace et de l’électro-optique-infrarouge, et présente son offre comme un partenariat industriel plus large. |
| Propriété intellectuelle et maintien | TKMS a mis l’accent sur un cadre souverain canadien pour la formation, l’entretien, le maintien et la participation à long terme à l’écosystème 212CD. | Hanwha a insisté sur l’utilisation de l’acier canadien, l’infrastructure d’entretien, de réparation et de révision, la collaboration technologique et les engagements de transfert de technologie. |
| Signal géopolitique | Renforcement de l’intégration transatlantique et de l’OTAN; l’Allemagne a explicitement décrit l’accord comme rapprochant le Canada de l’Europe. | Renforcement de la diversification indo-pacifique et du partenariat entre le Canada et la Corée du Sud en matière de défense et d’industrie. |
Les conséquences
Sur le plan stratégique, la décision du Canada donne à penser que l’intégration à l’alliance a plus de poids que la diversification des fournisseurs. L’annonce de la liste de présélection du Canada en août 2025 a décrit le projet de sous-marins comme « l’occasion de diversifier les partenariats du Canada en matière de défense », et TKMS et Hanwha proposaient toutes deux des moyens crédibles d’atteindre cet objectif. Le choix de TKMS par Ottawa indique que le gouvernement accordait une valeur particulière à l’interopérabilité de l’OTAN et à la participation à un programme de sous-marins commun avec la Norvège. La décision ne reflète pas un engagement diminué à l’égard de la stratégie indo-pacifique du Canada de 2022, mais plutôt que, du moins dans ce dossier, l’intégration transatlantique était un argument stratégique plus convaincant.
Sur le plan industriel, la décision reflète un compromis entre deux modèles différents de valeur à long terme. La priorité du Canada n’est pas seulement d’acquérir des sous-marins, mais aussi d’établir une capacité souveraine de maintien enracinée dans sa propre base industrielle nationale. TKMS offrait l’accès à un écosystème 212CD commun avec l’Allemagne et la Norvège, y compris la logistique, la formation, l’entretien et le maintien partagés. Hanwha offrait une ligne de production coréenne active, un engagement proposé de livraison de quatre sous-marins avant 2035, et un vaste réseau industriel couvrant l’acier canadien, les communications par satellite, l’IA, l’espace et les capteurs. Ottawa semble avoir jugé que le modèle germano-norvégien correspondait mieux à son cycle de vie et à ses priorités en matière d’interopérabilité, même si l’offre de Hanwha représentait un partenariat industriel bilatéral plus large. Ottawa semble également avoir accordé la priorité aux capacités arctiques de la flotte de TKMS, une caractéristique spécialisée contre laquelle Hanwha était en concurrence.
Sur le plan diplomatique, la décision est une grande déception, mais n’indique pas de rupture majeure dans les relations bilatérales. Hanwha avait lié son offre à l’accord de libre-échange entre le Canada et la Corée, au partenariat stratégique global, au partenariat de coopération en matière de sécurité et de défense et à la stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique, qui demeurent tous des nœuds vitaux dans la relation. En général, les médias sud-coréens ont décrit le résultat comme la preuve que l’interopérabilité de l’OTAN et le cadre germano-norvégien 212CD avaient plus de poids dans l’évaluation finale d’Ottawa. La coopération entre le Canada et la Corée du Sud peut encore progresser dans d’autres domaines d’importance cruciale, comme la construction navale, l’énergie, les minéraux critiques et les technologies de pointe.
Prochaines étapes
- Le contrat final reste ouvert
Le Canada a retenu un fournisseur privilégié, mais n’a pas signé de contrat définitif. Ottawa doit encore faire de sa décision concernant TKMS un accord contraignant comportant des jalons exécutoires sur les coûts, le calendrier de livraison, la participation de l’industrie nationale et le maintien de la flotte. Le principal critère consiste à déterminer si le cadre germano-norvégien 212CD peut répondre aux exigences du Canada en matière de livraison ininterrompue pour 2035 tout en assurant une planification crédible de la transition à partir des sous-marins de la classe Victoria.
- La poursuite des relations entre le Canada et la Corée du Sud s’impose
Le gouvernement fédéral devra démontrer qu’il demeure déterminé à faire progresser les relations entre le Canada et la Corée du Sud au-delà du dossier des sous-marins. D’autres domaines de coopération bilatérale peuvent offrir des programmes durables, par exemple la construction navale, l’énergie, les minéraux critiques, l’IA, l’espace et la fabrication de pointe, des secteurs pour lesquels le gouvernement des deux pays et les entreprises sud-coréennes ont déjà manifesté leur intérêt. En particulier, la Corée du Sud ayant été désignée (avec le Japon) comme un partenaire clé dans la région du Pacifique Nord pour les questions arctiques, la coopération en matière de sécurité arctique reste une priorité pour les deux pays.
- La souveraineté technique doit encore être définie
Le Canada devra clarifier ce que signifie « soutien souverain » sur le plan opérationnel. Les questions cruciales sont de savoir quand et si le Canada aura un accès suffisant aux données techniques, aux logiciels, aux mises à niveau, aux pièces de rechange, à la formation et au transfert de main-d’œuvre. Sans ces détails, le maintien de la viabilité nationale pourrait encore laisser le Canada dépendant de systèmes sous contrôle étranger tout au long du cycle de vie de la flotte.
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Révision : Jeehye Kim, gestionnaire principale de programme pour l’Asie du Nord-Est, et Ted Fraser, rédacteur principal