En marge du sommet des dirigeants du G20 tenu en novembre 2025 à Johannesburg, en Afrique du Sud, les premiers ministres du Canada, de l’Australie et de l’Inde ont annoncé le lancement du Partenariat Australie-Canada-Inde pour la technologie et l’innovation (PACITI). La déclaration commune a souligné un engagement conjoint à approfondir la coopération trilatérale sur les technologies critiques et émergentes, en mettant tout particulièrement l’accent sur l’innovation en matière d’énergie verte, les chaînes d’approvisionnement résilientes, et le développement et l’adoption massive de l’IA.
Dans ce contexte, le PACITI peut être compris comme faisant partie d’un réalignement plus large de la région indo-pacifique, alors que les pays cherchent à jouer un rôle plus actif dans la formation des écosystèmes technologiques et la réduction des vulnérabilités stratégiques liées aux chaînes d’approvisionnement concentrées, en particulier dans les domaines des minéraux critiques et des technologies d’énergie propre. L’accord réunit trois partenaires démocratiques aux capacités complémentaires : les forces du Canada en matière de recherche sur l’IA et de technologies propres, l’envergure et l’infrastructure numérique de l’Inde, ainsi que la base de ressources et la capacité de commercialisation de l’Australie. Cette complémentarité témoigne d’une reconnaissance commune du fait qu’une collaboration plus étroite sera essentielle à l’établissement de systèmes technologiques et de chaînes d’approvisionnement résilients et fiables.
Points à retenir
1. Dépasser l’annonce initiale du PACITI : ce partenariat devrait évoluer au-delà de l’alignement stratégique de haut niveau vers une plateforme davantage axée sur la mise en œuvre et sur la résilience économique, les technologies émergentes, les systèmes d’énergie propre et les chaînes d’approvisionnement sécurisées.
2. Miser sur les socles bilatéraux existants : le Canada, l’Australie et l’Inde ont déjà développé leur coopération bilatérale dans le domaine de la résilience de la chaîne d’approvisionnement, y compris pour les minéraux critiques, l’énergie propre, la gouvernance de l’IA, l’infrastructure numérique et les technologies de pointe. Le PACITI est l’occasion d’harmoniser et d’étendre ces initiatives dans un cadre trilatéral, et de compléter les forces et le potentiel de chacun.
3. Régler les véritables goulets d’étranglement : dans les secteurs émergents des technologies et des énergies propres, les principales contraintes concernent de plus en plus la capacité de raffinage et de transformation, l’intégration des infrastructures, les voies de commercialisation et la coordination réglementaire plutôt que la seule disponibilité des ressources.
4. Accorder la priorité aux secteurs à forte incidence : certaines des plus grandes possibilités de coopération trilatérale résident dans la gouvernance de l’IA et les infrastructures numériques fiables, les semi-conducteurs et les chaînes d’approvisionnement (en particulier en ce qui concerne les minéraux critiques), le stockage dans des batteries et l’intégration des réseaux, l’hydrogène vert, les technologies de captage du carbone et la décarbonisation industrielle.
5. Viser une mise en œuvre coordonnée : le succès à long terme du PACITI dépendra d’un engagement politique et industriel durable, de dialogues semestriels axés sur la mise en œuvre et de groupes de travail coordonnés capables de traduire des initiatives bilatérales fragmentées en résultats trilatéraux évolutifs.
De l’engagement bilatéral à la coopération trilatérale
Le PACITI s’appuie sur des relations bilatérales qui convergent déjà autour de priorités communes, en particulier dans les technologies de pointe, l’énergie propre, les minéraux critiques et la résilience économique. Combinées, ces relations jettent les bases d’une coopération trilatérale élargie à l’ensemble des secteurs stratégiques.
Relations entre le Canada et l’Inde
Dans le cadre du PACITI, la dynamique renouvelée des relations entre le Canada et l’Inde renforce les bases de la coopération dans le domaine des technologies de pointe, y compris l’énergie propre et les minéraux critiques. Depuis le milieu de 2025, l’engagement bilatéral s’est renforcé grâce à des réunions de haut niveau au G7 et au G20, à la visite du premier ministre du Canada, Mark Carney, en Inde en mars 2026 et aux progrès vers un accord de partenariat économique global (APEG). La coopération évolue également vers la transition énergétique et la résilience de la chaîne d’approvisionnement, notamment au moyen du Partenariat stratégique en matière d’énergie, d’accords sur l’approvisionnement en uranium, de la coopération concernant les minéraux critiques et de liens de plus en plus nombreux visant les universités, la recherche et l’innovation.
Relations entre le Canada et l’Australie
Les relations entre le Canada et l’Australie se sont également développées ces dernières années, s’orientant vers une plus grande coordination de la stratégie industrielle et du développement de la chaîne d’approvisionnement. La visite de M. Carney en Australie en mars 2026 a marqué un tournant, qui a débouché sur des accords couvrant les minéraux critiques, l’énergie propre et les technologies émergentes, ainsi que sur une collaboration accrue en matière d’investissement et d’innovation. Dans le cadre du PACITI, cette relation souligne l’importance d’harmoniser le développement des ressources, la capacité de transformation et la coopération technologique entre partenaires de confiance.
Relations entre l’Australie et l’Inde
La relation entre l’Australie et l’Inde démontre comment une coopération institutionnalisée soutient la coordination à long terme entre les secteurs stratégiques pertinents pour le PACITI. L’accord de coopération économique et de commerce (ECTA) entre l’Inde et l’Australie, en vigueur depuis décembre 2022, a renforcé les liens économiques en améliorant l’accès aux marchés et en élargissant le commerce et les flux de services. S’y ajoutent l’alignement dans le cadre du Partenariat stratégique global et l’engagement continu au moyen de plateformes comme le G20 et le Quad, renforçant la coopération en matière de résilience économique et de stabilité régionale.
Occasions trilatérales
Ces relations bilatérales constituent une base solide pour la coopération trilatérale. Les relations entre l’Australie et l’Inde constituent un modèle d’engagement institutionnalisé et axé sur les secteurs, tandis que les relations entre le Canada et l’Inde témoignent d’une harmonisation renouvelée entre les secteurs stratégiques. Les relations entre le Canada et l’Australie, quant à elles, mettent en évidence une coordination croissante en matière de stratégie industrielle, de diversification de la chaîne d’approvisionnement et de gouvernance technologique. S’appuyant sur ces complémentarités, le PACITI est l’occasion de dépasser les initiatives bilatérales parallèles pour mieux intégrer la collaboration.
Alignement stratégique des technologies émergentes
Gouvernance de l’IA et gouvernance numérique
Dans le cadre du PACITI, la gouvernance de l’IA est un défi stratégique et un domaine important pour la coopération trilatérale. Le Canada, l’Australie et l’Inde cherchent à élargir l’adoption de l’IA tout en veillant à la capacité des cadres de gouvernance de gérer les risques croissants liés à la sécurité, aux responsabilités et à la confiance du public. À l’heure actuelle, aucun des trois pays ne dispose de lois exhaustives et contraignantes en matière d’IA. Ils se fient plutôt sur un mélange de cadres volontaires, d’approches politiques évolutives et de mécanismes de gouvernance fondés sur des principes.
Bien que ces pays aient chacun adopté des approches nationales distinctes en matière de gouvernance de l’IA, ils convergent de plus en plus vers des principes et des normes communs. Le Canada a mis l’accent sur l’IA responsable dans le cadre d’initiatives comme sa norme Systèmes d’intelligence artificielle accessibles et équitables, l’Australie a fait progresser la gouvernance grâce à sa norme de sécurité volontaire en matière d’IA et à son cadre d’éthique en matière d’IA, et l’Inde continue d’élaborer ses propres directives de gouvernance en matière d’IA.
Ce recours à des mécanismes de droit mou témoigne d’une volonté délibérée d’éviter une réglementation excessive dans un environnement technologique en évolution rapide. Cependant, ces mécanismes fragmentent la façon dont les systèmes d’IA sont évalués, déployés et surveillés entre les pays, ce qui vient compliquer le déploiement transfrontalier et ralentir l’interopérabilité. La déclaration non contraignante adoptée lors du sommet indien sur l’impact de l’IA en février 2026 a néanmoins signalé une harmonisation croissante autour d’un développement de l’IA sûr, digne de confiance, inclusif et responsable, parallèlement à une coopération internationale accrue.
L’annonce faite par M. Carney, le 4 juin 2026, du lancement de L’IA pour tous (la stratégie nationale du Canada visant à atteindre 60 % d’adoption de l’IA dans toutes les organisations canadiennes d’ici 2034, contre un peu plus de 12 % actuellement) témoigne de l’ambition qui sous-tend ce programme. Le plan national pour l’IA de l’Australie établit un programme parallèle à trois piliers couvrant les possibilités, l’adoption et la sécurité, y compris un engagement explicite de partenariat en matière de normes mondiales. Cette convergence se traduit déjà par des engagements bilatéraux concrets : le Canada et l’Australie ont signé un protocole d’entente entre leurs instituts de sécurité de l’IA pour approfondir l’échange de renseignements, faire progresser l’évaluation des modèles et faciliter les échanges de talents. Les deux pays ont convenu de collaborer avec l’Inde à l’élaboration d’outils de diagnostic assistés par l’IA pour les soins de santé à distance, l’apprentissage transfrontalier intégré au travail dans les instituts canadiens d’IA et les algorithmes d’IA pour la gestion du réseau énergétique.
La création d’instituts de sécurité de l’IA dans les trois pays (au Canada en 2024, puis en Inde et en Australie en 2025) crée une base institutionnelle commune pour une coopération plus approfondie. Grâce au PACITI, qui contient un engagement explicite à examiner l’adoption massive de l’IA pour améliorer la vie des citoyens, ces efforts bilatéraux peuvent devenir trilatéraux et uniformes. Une approche trilatérale ajouterait de la valeur là où les accords bilatéraux risquent de ne pas être à la hauteur : en permettant la tenue conjointe d’essais de sécurité et d’analyses comparatives entre les instituts de sécurité de l’IA des trois pays, en coordonnant une approche commune quant aux normes dans des forums internationaux, tels que l’OCDE, le Partenariat mondial sur l’intelligence artificielle ou les futurs sommets sur l’IA, et en créant un point de référence commun pour la gouvernance des projets bilatéraux dans des domaines comme les soins de santé, le perfectionnement des compétences et les systèmes énergétiques.
D’importants défis subsistent dans la gouvernance de l’IA, dont certains pourraient être résolus grâce au rôle de coordination du PACITI. Des lacunes réglementaires persistent dans certains domaines, dont la surveillance avancée des modèles, les flux de données transfrontaliers et les cadres de responsabilité. Pour trouver un équilibre entre innovation et mesures de protection liées à la confidentialité, à la gouvernance des données et à la sécurité nationale, il faudra procéder à un étalonnage minutieux, surtout si l’on tient compte des priorités nationales et des capacités institutionnelles différentes. Bien qu’une harmonisation réglementaire complète ne soit ni réalisable ni souhaitable, un alignement ciblé par l’intermédiaire du PACITI sur les normes, les pratiques de sécurité et les principes de gouvernance offre une voie pragmatique pour renforcer la confiance, améliorer l’interopérabilité et soutenir l’adoption responsable de l’IA dans les trois pays.
Infrastructure numérique, gouvernance des données et connectivité
Le développement d’écosystèmes numériques sûrs et fiables apparaît comme un pilier central de la coopération en matière d’IA entre le Canada, l’Australie et l’Inde. On reconnaît de plus en plus que les écosystèmes numériques de confiance doivent reposer sur des architectures de données sécurisées, une connectivité fiable et des cadres de gouvernance qui renforcent la transparence, la responsabilité et la résilience face aux risques cybernétiques et systémiques. (La Stratégie nationale de cybersécurité du Canada, la stratégie de cybersécurité 2023-2030 de l’Australie et l’initiative numérique de l’Inde sont quelques références.)
Dans ce contexte, la collaboration en matière de gouvernance des données et d’infrastructures publiques numériques présente une occasion particulièrement importante. L’expérience de l’Inde concernant les systèmes numériques à l’échelle de la population, comme Aadhaar, l’interface de paiements unifiés et le réseau ouvert pour le commerce numérique, montre comment les plateformes numériques interopérables peuvent soutenir tout aussi bien les capacités de l’État que les innovations du secteur privé. Le Canada et l’Australie apportent des forces complémentaires en matière de gouvernance de la protection de la vie privée, d’intendance des données de confiance et d’infrastructure numérique sécurisée, ce qui pourrait soutenir l’harmonisation quant au partage des données, aux flux transfrontaliers et à la protection de la vie privée.
L’amélioration de l’inclusion numérique et de l’accès au numérique demeure une priorité transversale essentielle. Malgré les capacités avancées, des écarts persistent dans les trois pays en matière d’accès à la connectivité haute vitesse, de culture numérique et de participation équitable dans les économies fondées sur l’IA. Pour l’Inde, ce défi concerne l’échelle et la disparité régionale; pour le Canada et l’Australie, il est souvent défini par des problèmes de connectivité pour les régions rurales, éloignées et autochtones. Il sera essentiel de remédier à ces disparités pour que l’adoption de l’IA soit à la fois inclusive et répandue dans le domaine économique. Des efforts coordonnés, allant d’investissements dans les infrastructures aux partenariats public-privé en passant par le développement des compétences et les initiatives de littératie numérique, peuvent contribuer à élargir l’accès tout en renforçant la légitimité et l’acceptation sociale des systèmes d’IA.
Dans le cadre du PACITI, la promotion d’écosystèmes numériques fiables et inclusifs pourrait devenir un catalyseur important d’objectifs plus généraux liés à la gouvernance de l’IA, à l’innovation et à l’interopérabilité transfrontalière.
Technologies d’énergie verte et chaînes d’approvisionnement résilientes dans le cadre du PACITI
L’accent mis dans le PACITI sur l’innovation en matière d’énergie verte et la résilience de la chaîne d’approvisionnement reflète un impératif économique et stratégique plus conséquent. Les technologies qui devraient façonner la prochaine décennie de concurrence mondiale – notamment les centres de données d’IA, la fabrication de semi-conducteurs, les véhicules électriques et les systèmes d’énergie propre – sont très énergivores et nécessitent des sources d’énergie à grande échelle, fiables et de plus en plus faibles en carbone. Pour le Canada, l’Australie et l’Inde (chacun investissant dans les capacités d’IA, les minéraux critiques et la transition vers l’énergie propre), la sécurité énergétique et la compétitivité industrielle sont de plus en plus interreliées. Ces pressions motivent encore plus la coopération entre les systèmes énergétiques, les technologies critiques et les chaînes d’approvisionnement résilientes.
Stockage dans des batteries et intégration des réseaux
La modernisation des réseaux et l’intégration des énergies renouvelables sont deux aspects clés de la collaboration trilatérale. Les trois pays ont un défi structurel commun, soit la nature intermittente des sources d’énergie renouvelables, comme le solaire et l’éolien, qui ne peuvent pas fournir une énergie continue et fiable de manière autonome. Pour relever ce défi, il faut combiner le stockage à l’échelle des réseaux, la gestion de réseaux intelligents, l’expansion des infrastructures de transport et la souplesse de la demande pour mieux harmoniser l’approvisionnement en énergie et la consommation.
L’Australie contribue par son leadership en matière de stockage dans des batteries à l’échelle du réseau et de systèmes de centrales électriques virtuelles. La réserve d’énergie Hornsdale, en Australie-Méridionale, l’une des premières batteries de polarisation de grille au lithium-ion à grande échelle, montre comment le stockage peut stabiliser les systèmes électriques et réagir aux perturbations du réseau en quelques millisecondes, réduisant la dépendance à la production de secours conventionnelle. Depuis, l’Australie a considérablement développé son déploiement, soutenu par l’intégration réglementaire de l’Australian Energy Market Operator. Cette expérience opérationnelle offre de précieuses leçons à l’Inde et au Canada, qui affrontent des défis d’intégration semblables.
En Inde, où le charbon représente encore près de 70 % de la production d’électricité malgré une expansion rapide des énergies renouvelables, le principal défi réside dans la conversion de la capacité des systèmes établis d’énergie renouvelable, notamment dans l’énergie éolienne et solaire, en une énergie fiable et acheminable. Alors que le déploiement du stockage s’accélère – avec plus de 90 GWh de projets en cours –, des contraintes subsistent dans des domaines, tels que le financement, l’intégration des réseaux et la structure des marchés.
Le Canada connaîtra des défis d’intégration semblables à mesure que ses capacités solaires et éoliennes grandissent. En même temps, le pays apporte des forces complémentaires grâce à son système hydroélectrique, qui fournit une énergie propre adaptable et sur demande pour équilibrer les énergies renouvelables variables. Comme l’hydroélectricité contribue déjà à hauteur d’environ 9 % au bouquet énergétique de l’Inde et qu’il reste encore un important potentiel inexploité, l’expérience du Canada offre une voie pratique pour renforcer les systèmes électriques adaptables à faible émission de carbone.
S’appuyant sur les efforts bilatéraux existants, le PACITI offre l’occasion d’officialiser la collaboration trilatérale dans ce domaine.
Hydrogène vert et chaînes de valeur
En plus de la modernisation et du stockage des réseaux, l’hydrogène vert est une belle occasion de collaboration trilatérale, en particulier dans la décarbonisation des secteurs où cela est difficile, comme l’acier, les engrais et le raffinage. L’hydrogène vert est aussi un moyen d’harmoniser la production, le développement technologique et la demande à long terme dans les trois pays.
L’Inde développe rapidement son secteur de l’hydrogène vert, visant 5 millions de tonnes par an d’ici 2030, en s’appuyant sur des mesures politiques conçues pour stimuler l’offre et la demande. Toutefois, l’expansion future dépendra de la réduction des coûts de production, de la mise à l’échelle de la fabrication des électrolyseurs et de la construction de l’infrastructure de soutien et des voies d’exportation. Les ressources renouvelables abondantes et peu coûteuses de l’Australie la positionnent comme un producteur potentiel d’hydrogène vert à grande échelle, tandis que le Canada apporte des forces complémentaires dans les technologies d’électrolyse et les systèmes d’énergie propre. L’harmonisation de ces capacités peut soutenir des chaînes de valeur commercialement viables dans le domaine de l’hydrogène, en s’appuyant sur les initiatives bilatérales existantes, comme le groupe de travail entre l’Inde et l’Australie sur l’hydrogène vert et les partenariats de recherche entre le Canada et l’Inde.
L’un des principaux défis à relever pour faire évoluer les chaînes de valeur de l’hydrogène commercialement viables consiste à créer une demande stable et à long terme d’hydrogène vert. Ce défi est particulièrement évident dans des secteurs, tels que les engrais, où l’hydrogène est un intrant essentiel de la production d’ammoniac et est actuellement largement dérivé du gaz naturel, ce qui lie directement la production d’engrais à l’instabilité des marchés mondiaux du gaz. Par conséquent, la production d’engrais et, par là même, les systèmes alimentaires, restent très exposés aux chocs de prix. Dans ce contexte, l’hydrogène vert produit à partir de sources d’énergie renouvelables constitue non seulement un moyen de décarboner le secteur, mais aussi de renforcer la sécurité de l’énergie et des intrants. La création d’une demande stable d’hydrogène vert dans des secteurs comme les engrais et le raffinage serait donc cruciale pour le rendre commercialement viable et stratégiquement utile pour les partenaires du PACITI.
Captage, utilisation et stockage du carbone
Parallèlement à l’hydrogène vert, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone constituent un autre aspect important pour la coopération trilatérale, en particulier dans les secteurs où les combustibles fossiles continueront probablement de faire partie de la transition énergétique.
Les trois pays ont à cet égard des capacités complémentaires. Le Canada apporte son expérience opérationnelle, son expertise technique et les cadres réglementaires établis pour le déploiement du captage, de l’utilisation et du stockage du carbone. L’Australie offre un important potentiel de stockage géologique et fait progresser les projets de captage, d’utilisation et de stockage du carbone commerciaux ainsi que l’infrastructure de stockage. L’Inde, quant à elle, multiplie les mesures de soutien politique, les projets pilotes et un programme proposé d’incitation au captage, à l’utilisation et au stockage du carbone, d’une valeur de près de 2,8 milliards $ CA, pour accroître la décarbonisation dans les secteurs industriels de la production d’électricité à base de charbon, où cela est difficile. Ces forces combinées créent des possibilités de coopération en matière de déploiement de technologies, d’infrastructure de stockage et de coordination réglementaire tout en soutenant la réduction des émissions et la sécurité énergétique.
Les initiatives bilatérales existantes jettent déjà les bases d’une collaboration plus approfondie. Le protocole d’entente conclu entre le Petroleum Technology Research Centre de la Saskatchewan et le National Centre of Excellence de l’Indian Institute of Technology de Bombay pour le captage, l’utilisation et le stockage du carbone, en est un exemple. Le PACITI pourrait contribuer à mettre à l’échelle ces initiatives grâce à des mécanismes élargis de coordination trilatérale et de partage des connaissances.
Des systèmes d’énergie propre fiables constituent le fondement de ces transitions, mais leur ampleur dépendra également d’un accès sécurisé aux minéraux critiques nécessaires aux semi-conducteurs, aux batteries et aux technologies propres.
Minéraux stratégiques et chaînes d’approvisionnement technologiques résilientes
Les semi-conducteurs, les technologies d’énergie propre et les systèmes de fabrication avancés dépendent de plus de 40 minéraux critiques. Ces matériaux sont nécessaires aux systèmes d’IA, aux technologies de défense, aux batteries, aux véhicules électriques et à l’infrastructure numérique, ce qui rend les chaînes d’approvisionnement sécurisées de plus en plus importantes pour la compétitivité économique et la résilience technologique. La Chine domine actuellement l’approvisionnement en de nombreux minéraux critiques ainsi que leur transformation, notamment le gallium, le germanium, les éléments des terres rares, l’indium et le lithium.
Pour le PACITI, cette domination souligne l’importance de donner la priorité à un ensemble limité de minéraux stratégiques et de concentrer la coopération sur les capacités de raffinage, la collaboration technologique, les investissements coordonnés et les engagements à long terme de la demande dans toute la chaîne de valeur. Les exemples suivants illustrent les domaines dans lesquels la coopération trilatérale pourrait renforcer la résilience, les capacités de transformation et la coordination industrielle.
- Gallium : la Chine en produit environ 750 tonnes par an, soit presque tout l’approvisionnement mondial, tandis que l’Australie en produit environ 100 tonnes, que le Canada en est encore au stade pilote avec une production potentielle estimée à 40 tonnes, et que l’Inde vise près de 10 tonnes, bien qu’elle n’ait aucune production active. Le gallium est généralement extrait comme sous-produit de la production d’aluminium, ce qui donne à l’Australie un net avantage, puisqu’elle est une grande productrice de bauxite. Dans ce contexte, l’Australie peut soutenir l’approvisionnement en matières premières, le Canada peut accroître sa capacité de raffinage et de transformation, et l’Inde peut renforcer la fabrication en aval, en particulier dans les technologies de semi-conducteurs et d’affichage à base de nitrure de gallium (GaN). La priorité accordée aux capacités de transformation conjointes et aux accords d’enlèvement à long terme pourrait aider à ancrer les investissements et à élargir l’offre au-delà de la Chine.
- Germanium : la Chine domine l’approvisionnement mondial en germanium, en particulier dans la transformation et l’exportation, tandis que le Canada est un raffineur bien établi qui a un potentiel d’activités en amont et que l’Australie en est à ses débuts avec une production intérieure limitée. L’Inde dépend largement des importations, malgré une demande croissante dans les secteurs des fibres optiques, des semi-conducteurs et de la défense. Comme le germanium est généralement récupéré en tant que sous-produit du traitement du zinc et du charbon, l’approvisionnement à grande échelle dépend des technologies d’accès et de récupération en amont. À cet égard, l’harmonisation du potentiel de ressources de l’Australie, de l’expertise canadienne en matière de raffinage et de la demande industrielle croissante de l’Inde peut soutenir des investissements ciblés dans les capacités de récupération et de transformation.
- Indium : il s’agit d’un intrant important pour les semi-conducteurs et les technologies d’écrans. La Chine est en tête de la production mondiale d’indium, avec environ 70 % de l’approvisionnement, tandis que le Canada est un producteur notable, contribuant à environ 6 % de la production mondiale grâce à la récupération après la fonte du zinc. L’Australie en est encore à ses début, avec un potentiel d’exploration croissant, et l’Inde est principalement un acteur en aval avec une capacité croissante de fabrication et de recyclage. Comme pour les autres minéraux issus de sous-produits, le renforcement de la récupération et du raffinage est essentiel. La coordination des efforts d’extraction, de raffinage et de recyclage pourrait contribuer à diversifier l’approvisionnement et à rehausser la résilience de la chaîne d’approvisionnement des semi-conducteurs.
- Lithium : le lithium montre comment le raffinage et la transformation, plutôt que la seule disponibilité des ressources, sont devenus les principaux goulots d’étranglement dans l’établissement de chaînes résilientes d’approvisionnement en batteries. L’Australie détient la deuxième place des réserves mondiales, après le Chili, et est le premier producteur mondial, tandis que le Canada se classe au sixième rang pour les réserves et au septième pour la production, et développe ses activités en amont et sa capacité de raffinage. L’Inde, quant à elle, développe ses ressources nationales et étend la demande manufacturière, notamment grâce à des découvertes récentes au Jammu-et-Cachemire et à des efforts visant à assurer l’approvisionnement à l’étranger. Toutefois, le raffinage reste très concentré, la Chine contrôlant une part dominante de la capacité mondiale. Pour remédier à ce déséquilibre, il faudra investir davantage dans le secteur intermédiaire. Des efforts coordonnés pour accroître les capacités de raffinage, parallèlement à des accords d’enlèvement à long terme liant l’offre australienne et canadienne à la demande manufacturière indienne, pourraient aider à rendre la chaîne de valeur du lithium plus résiliente.
- Éléments des terres rares : la domination de la Chine dans le domaine des éléments des terres rares est particulièrement prononcée dans la transformation et la production d’aimants, même si les bases de ressources sont géographiquement diversifiées. Bien que l’Australie soit un producteur de premier plan avec des réserves substantielles, le Canada et l’Inde détiennent également d’importantes bases de ressources, mais continuent de connaître des contraintes pour accroître la production commerciale et les capacités de raffinage. Le défi premier n’est donc pas la disponibilité des ressources, mais le développement des capacités de transformation en aval et des écosystèmes industriels. Des initiatives récentes, notamment l’installation émergente de traitement des terres rares de la Saskatchewan, la collaboration canado-indienne sur les technologies de traitement et la coopération canado-australienne sur la cartographie des minéraux et le développement de la main-d’œuvre, laissent présager des progrès, mais en sont encore aux premiers stades.
Si on les combine, ces exemples montrent que, de plus en plus, la contrainte fondamentale pour les minéraux critiques n’est pas l’extraction, mais la transformation, le raffinage et la mise à l’échelle de l’industrie. L’harmonisation de la base de ressources de l’Australie, de l’expertise du Canada en matière de transformation et de technologie et de la demande industrielle et manufacturière croissante de l’Inde pourrait contribuer à faire passer les chaînes d’approvisionnement de modèles concentrés à des systèmes plus diversifiés et résilients.
Voies commerciales et possibilités sectorielles
Innovation et collaboration en recherche et développement
Les accords bilatéraux conclus lors des visites de M. Carney en Inde et en Australie en mars 2026 jettent les bases d’une coopération trilatérale accrue concernant la recherche, l’industrie et le développement des talents. Les partenariats canado-indiens existants dans le domaine de l’IA et des minéraux critiques, ainsi que la collaboration canado-australienne par l’intermédiaire d’instituts de sécurité de l’IA et de centres de recherche en IA, montrent comment les initiatives bilatérales peuvent évoluer vers un cadre d’innovation trilatéral plus large. Ces efforts reflètent des forces complémentaires, notamment les capacités de recherche et de traitement du Canada, l’expertise de l’Australie en matière de minéraux et de systèmes énergétiques et l’envergure de l’Inde en matière d’ingénierie, de fabrication et de déploiement de technologies. La prochaine étape consiste à renforcer ces liens au moyen de plateformes de recherche communes, de projets pilotes conjoints et de programmes ciblés de mobilité des talents.
Financement et commercialisation
La durabilité de la coopération dans le cadre du PACITI nécessitera un financement coordonné pour soutenir la recherche conjointe, les projets pilotes, les échanges de talents et les mécanismes institutionnels de collaboration sur les minéraux critiques, les semi-conducteurs et les systèmes d’énergie propre. En créant une plateforme pour la coordination des politiques, l’harmonisation des normes et l’engagement du secteur, le PACITI peut également contribuer à créer des conditions qui encouragent une plus grande participation des entreprises privées, des investisseurs institutionnels et d’autres parties prenantes dans les projets industriels et d’infrastructure à grande échelle.
Le PACITI pourrait faire en sorte que la recherche et l’innovation ne restent pas limitées à l’étape universitaire ou pilote, mais qu’elles évoluent vers des technologies, des industries et des partenariats industriels transfrontaliers commercialement viables. Un groupe de travail trilatéral du PACITI sur l’innovation pourrait soutenir les entreprises de l’écosystème, des jeunes entreprises et des PME aux acteurs industriels plus importants, en améliorant l’accès au financement, aux partenariats industriels et aux marchés transfrontaliers.
Collaboration avec des marchés tiers
La valeur stratégique du PACITI pourrait dépasser la coordination interne et viser l’engagement conjoint sur les marchés tiers, en particulier en Asie de l’Est. Des partenaires comme Taïwan, la Corée du Sud et le Japon disposent d’écosystèmes avancés de fabrication de semi-conducteurs et représentent d’importants marchés en aval pour les intrants de minéraux critiques. Bien que le Canada, l’Australie et l’Inde s’engagent actuellement sur ces marchés principalement par des canaux bilatéraux distincts, une coordination accrue grâce à des renseignements partagés sur les marchés, des spécifications d’approvisionnement harmonisées et des dialogues conjoints avec le secteur pourrait améliorer l’échelle, la crédibilité et le pouvoir de négociation.
Voies de coopération trilatérale
Secteurs d’action prioritaires
Cartographier de manière conjointe les initiatives bilatérales existantes afin de déterminer les chevauchements, les lacunes et les possibilités de mise à l’échelle trilatérale serait un point de départ pratique pour le PACITI. La phase suivante devrait viser à concrétiser l’harmonisation par la mise en œuvre d’un certain nombre de domaines à forte incidence.
- Sécurité de l’IA, normes et accès à une capacité de calcul : élaborer une base de référence commune pour la sécurité et la gouvernance de l’IA en harmonisant les cadres nationaux existants et en réduisant les obstacles à la conformité pour les entreprises ayant des activités dans les trois marchés. La coopération en matière d’accès à une capacité de calcul, de cadres d’essai et de normes de sécurité de l’IA pourrait renforcer davantage l’interopérabilité.
- Semi-conducteurs et chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques : accorder la priorité à un ensemble limité de minéraux stratégiques, comme le gallium, le germanium, le lithium et les éléments des terres rares, tout en harmonisant les activités en amont, les capacités de raffinage et la demande manufacturière en aval.
- Innovations en matière d’énergie propre et décarbonisation industrielle : mettre au point une coopération trilatérale axée sur le stockage dans des batteries, l’intégration des réseaux, l’hydrogène vert, le captage, l’utilisation et le stockage du carbone ainsi que le traitement des minéraux critiques, soutenue par des projets pilotes conjoints, des cadres de certification communs et des efforts coordonnés de décarbonisation industrielle.
- Infrastructure numérique et flux de données transfrontaliers : lancer des dialogues sectoriels sur la gouvernance transfrontalière des données dans des domaines prioritaires, dont la recherche sur l’IA, la santé et les finances. Une approche de reconnaissance mutuelle pourrait permettre de progresser rapidement tout en établissant des liens de confiance pour élargir l’harmonisation.
Mécanismes de collaboration
Pour soutenir la mise en œuvre, le PACITI pourrait accorder la priorité à un ensemble limité de mécanismes de collaboration axés sur les résultats.
- Dialogues semestriels : des réunions régulières axées sur la mise en œuvre et liées à des livrables précis, notamment les filières de projets, les propositions de normes, les mécanismes de financement et la coordination réglementaire, pourraient contribuer à maintenir l’élan et à soutenir la continuité dans les domaines prioritaires.
- Initiatives en recherche et développement et chaires de recherche conjointes : en s’appuyant sur les partenariats universitaires existants, le PACITI pourrait cofinancer des postes de recherche et des projets pilotes ciblés dans des domaines où la complémentarité est évidente, notamment les matériaux de batteries, les intrants de semi-conducteurs, les systèmes d’énergie propre et les outils de sécurité de l’IA.
- Groupe de travail sur l’innovation et la commercialisation : un groupe de travail trilatéral du PACITI sur l’innovation pourrait soutenir les entreprises de l’écosystème, des jeunes entreprises et des PME, mais aussi les acteurs industriels plus importants, en soutenant l’accès au financement, aux partenariats industriels et aux marchés transfrontaliers.
- Coordination en matière de normes et de réglementation : les dialogues réglementaires sectoriels pourraient initialement se concentrer sur des domaines commercialement importants, comme la certification de l’hydrogène vert pour les marchés d’exportation, la traçabilité des minéraux critiques, la gouvernance de l’IA, et l’interopérabilité transfrontalière des données. Des approches progressives, y compris des mécanismes de reconnaissance mutuelle, pourraient favoriser une harmonisation progressive.
Conclusion
Le PACITI émerge à un moment où la technologie, l’énergie et les chaînes d’approvisionnement mondiales sont remodelées par la concurrence géopolitique, la transition énergétique et l’expansion rapide de l’IA. Dans ce contexte, une coordination plus étroite entre le Canada, l’Australie et l’Inde serait un moyen pragmatique de réduire les vulnérabilités stratégiques et de renforcer la résilience des systèmes. Le partenariat peut s’appuyer sur des forces complémentaires pour soutenir des chaînes de valeur plus intégrées dans les domaines des minéraux critiques, de l’énergie propre et des technologies émergentes.
Cette occasion est renforcée par un réseau croissant d’accords bilatéraux entre les trois pays, couvrant le commerce, les minéraux critiques, l’énergie propre et la coopération technologique. Bien que ces initiatives constituent une base solide, elles demeurent fragmentées. La prochaine phase nécessitera de passer de la détermination des domaines de coopération à l’harmonisation des efforts existants et à leur concrétisation en résultats trilatéraux coordonnés. Il faudra accorder la priorité à un ensemble limité de projets, renforcer les liens entre les politiques et l’industrie et harmoniser le financement, les normes et les cadres réglementaires selon les exigences pratiques de la mise en œuvre.
Au bout du compte, le succès du PACITI dépendra de la capacité des trois pays à passer de l’intention à l’exécution, à mobiliser des capitaux à grande échelle, à obtenir des engagements commerciaux à long terme et à maintenir le soutien politique.
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Révision : Vina Nadjibulla, vice-présidente, Recherche et stratégie, et Ted Fraser, rédacteur principal, FAP Canada