Les chocs commerciaux et géopolitiques imposés par Trump clarifient que le Canada doit réduire les risques et sa dépendance à l’égard du marché américain. Les dirigeants canadiens ont tenté de diversifier le commerce, sans succès, au cours de notre histoire. Mais le commerce est différent aujourd’hui. La capacité de vendre, à faible coût et facilement, plusieurs types de services numériquement, partout dans le monde, pourrait enfin offrir une voie prometteuse pour la diversification.
Les modèles économiques traditionnels démontrent que le commerce suit la « gravité ». Peu importe le nombre d'ententes commerciales qu'Ottawa signe, il est plus facile pour les Canadiens de faire des affaires avec le plus grand marché du monde, qui se trouve à côté. Il y a aussi la question de la proximité pour le secteur manufacturier intégré, ou pour la vente de produits et de biens qui doivent être expédiés. Par le passé, le commerce était limité aux biens ; il fallait acheter et vendre la plupart des services localement.
Les choses ont changé. Plusieurs services, de l’assurance à l’ingénierie, en passant par l’architecture et les services financiers, sont maintenant vendus à l’échelle mondiale. De surcroît, la capacité de numériser les informations et de les envoyer n'importe où minimise l’importance de la proximité pour le commerce. Avec la traduction instantanée et la collaboration infonuagique, les entreprises de toutes tailles peuvent désormais échanger de nouveaux types de services partout dans le monde. Les progrès récents et rapides de l’IA créent de nouveaux services à forte valeur ajoutée qui peuvent être vendus mondialement.
Nos discussions sur le commerce portent presque entièrement sur les biens. C’est tout à fait normal, compte tenu du fait que les biens constituent toujours la plus grande part du commerce canadien et des tarifs douaniers imposés par Trump, ainsi que des menaces aux infrastructures frontalières. Mais cette approche est à courte vue : les possibilités commerciales d’aujourd’hui vont bien au-delà des biens physiques. En tenant compte des services et du commerce numérique, le portefeuille commercial du Canada est déjà plus diversifié sur le plan géographique. Plus de 75% des exportations canadiennes sont vers les États-Unis, ce qui est souvent mis en évidence dans le débat public.
L’une des exportations numériques canadiennes ayant connu un succès mondial, mais qui figure peu dans nos discussions sur le commerce, est la série télévisée à succès Heated Rivalry. La série a été acclamée par un public croissant, non seulement aux États-Unis, mais aussi aux Philippines, à Taïwan, en Australie et dans bien d’autres marchés.
C’est un exemple du vaste éventail de services numériques que les entreprises canadiennes vendent déjà à l’international. Les exportations canadiennes de services numériques, comme les logiciels et le conseil en TI, ont augmenté environ quatre fois plus vite que les autres secteurs d’exportation du Canada au cours des deux dernières décennies. Elles représentent désormais plus du dixième du total des exportations canadiennes de biens et de services.
Le commerce de l’avenir sera très différent, puisque les services livrés numériquement constituent l’élément à la croissance la plus rapide du commerce international dans toutes les régions du monde. Parmi les importateurs de services numériques à croissance rapide figurent l’Indonésie, le Vietnam, le Chili, le Pérou, les Philippines et l’Inde, où la demande de solutions numériques croît rapidement dans des secteurs comme les TI, la fintech et le commerce électronique. Plusieurs marchés à croissance rapide importent maintenant plus de services numériques que de biens traditionnels.
Les services numériques font aussi face à divers obstacles par rapport au commerce des biens. Cela signifie qu’ils offrent une mesure de protection contre les tarifs douaniers, les frontières, ainsi que les chocs et les barrières des chaînes d’approvisionnement. Les exportations numériques croissantes réduisent le risque pour le portefeuille commercial plus large du Canada.
Même si les exportations canadiennes de services numériques ont fortement augmenté, leur rythme de croissance n’est pas aussi rapide que celui d’autres pays dont l’expertise en recherche sur l’IA ou le PIB sont comparables à ceux du Canada. La part du Canada dans les exportations mondiales de services numériques demeure inférieure à 3%, et elle a à peine changé au cours des vingt dernières années.
Toutefois, le Canada possède de grands atouts sur lesquels il peut s’appuyer pour élargir son commerce numérique, notamment des experts en IA de renommée mondiale, une économie fondée sur des services hautement qualifiés et des réseaux de diaspora liés aux marchés numériques émergents. Les décideurs canadiens ont toujours été à l’avant-plan de l’intégration de dispositions numériques dans les ententes commerciales.
Il y aura toujours des limites à la diversification géographique du commerce canadien. Toutefois, la numérisation et l’IA élargissent les possibilités commerciales et montrent que le commerce aura un tout autre visage à l’avenir. Si les entreprises canadiennes tirent parti de cet ensemble d’occasions à forte croissance, le pays pourrait éventuellement enregistrer des progrès considérables vers une plus grande diversification du commerce canadien dans le monde.
• Danielle Goldfarb est coauteure, avec Kati Suominen, de Canada’s Under-the-Radar Trade Opportunity, chercheuse émérite à la Fondation Asie Pacifique du Canada et chercheuse principale à la Munk School of Global Affairs and Public Policy.
Cet article a été publié pour la première fois dans The Hill Times le 26 février 2026. Pour une version téléchargeable, cliquez ici.