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Les implications des avancées de l’IA sur la stratégie commerciale du Canada

L’économie canadienne est de taille relativement modeste et dépend du commerce pour croître et maintenir son niveau de vie. La majeure partie de ses échanges commerciaux se fait avec les États-Unis. Selon les modèles économiques traditionnels, le commerce obéit à une logique de « gravité » : il est donc naturel que les entreprises canadiennes réalisent l’essentiel de leurs échanges avec le plus grand marché du monde, situé juste à côté. Pendant des décennies, le libre-échange avec les États-Unis a permis au Canada d’atteindre un niveau de vie nettement supérieur à ce qu’il aurait été autrement.

Or, les chocs commerciaux incessants provoqués par le président américain Donald Trump depuis 2025 remettent en question l’idée, longtemps tenue pour acquise au Canada, d’un accès prévisible au marché américain. Il est désormais urgent pour le pays d’accroître ses échanges tant sur ses marchés traditionnels que sur de nouveaux marchés, tout en diversifiant la nature de ses échanges.

Au Canada, les discussions sur le commerce et sa diversification demeurent largement centrées, à juste titre, sur les produits qui traversent les frontières. Cette dimension est importante, mais elle ne donne qu’une vision partielle du commerce. Les récentes avancées de l’intelligence artificielle (IA) s’appuient sur la numérisation de l’économie pour créer des catégories entièrement nouvelles de biens et de services échangeables. Elles modifient les conditions économiques de la vente sur des marchés éloignés, permettent même aux plus petites entreprises d’exporter et redéfinissent les sources de création de valeur. Les composantes les plus précieuses du commerce sont désormais les flux continus de données, l’intelligence fournie par voie numérique, les modèles d’IA ainsi que les produits et services qui intègrent des capacités d’IA.

Au Canada, nous menons pourtant deux discussions distinctes : l’une sur le commerce et sa diversification, l’autre sur l’IA. La stratégie nationale en matière d’IA de 2026 ne mentionne le commerce qu’une seule fois. Quant à la stratégie de diversification commerciale présentée dans le budget fédéral de 2025, elle ne fait aucune mention du commerce lié à l’IA et n’évoque que brièvement les exportations de services numériques.

Cette analyse examine les profondes transformations que les capacités avancées de l’IA entraînent dans le commerce canadien. Elle en présente certaines implications et soutient que le Canada doit adapter sa stratégie commerciale en conséquence.

Principales conclusions :

  • Au Canada, l’actualité commerciale porte surtout, et à juste titre, sur les échanges de marchandises. Toutefois, l’écart se creuse entre cette vision restreinte du commerce et la réalité des échanges mondiaux.
     
  • Les progrès spectaculaires réalisés récemment dans les systèmes d’IA bouleversent le commerce. C’est particulièrement le cas de l’IA à usage général, capable d’accomplir diverses tâches dans de nombreux domaines. Les composantes les plus précieuses du commerce sont désormais les flux continus de données, l’intelligence fournie par voie numérique, les modèles d’IA ainsi que les produits et services qui intègrent des capacités d’IA.
     
  • Ces avancées réduisent les coûts d’accès aux marchés mondiaux et les coûts d’exploitation sur ces marchés, ce qui permet même aux très petites entreprises d’exporter. Elles enrichissent les biens et services déjà échangés de fonctionnalités intelligentes et rendent possible le commerce de nouvelles catégories de produits et de services.
     
  • Puisque la distance compte moins dans les échanges de biens et de services numériques ou intégrant des capacités d’IA, le Canada est mieux placé que jamais dans son histoire pour accroître ses exportations vers des marchés autres que les États-Unis. En développant ses exportations à plus forte valeur ajoutée qui intègrent l’IA, il peut diversifier à la fois ses marchés et la nature de ses échanges, et ainsi réduire les risques auxquels l’ensemble de son commerce est exposé.
     
  • Malgré la dépendance du Canada à l’égard du commerce, les entreprises et les décideurs du pays doivent composer avec d’importants angles morts dans un contexte de chocs commerciaux et géopolitiques fréquents. Pour renforcer la résilience de l’économie, le gouvernement fédéral devrait tirer parti des avancées de l’IA afin de créer un système de renseignement commercial en temps réel. Ce système permettrait de réaffecter les ressources ou de réacheminer les flux commerciaux à mesure que les conditions évoluent.
     
  • Les décideurs doivent réorienter la stratégie commerciale du Canada vers des biens et services à plus forte valeur ajoutée qui intègrent davantage de capacités d’IA. Ils devront aussi l’adapter continuellement à mesure que l’IA à usage général gagnera en puissance.
     

Danielle Goldfarb

Danielle Goldfarb est une experte en commerce, en données en temps réel, en économie et en politiques publiques. Elle est boursière de recherche McArthur et membre émérite de la Fondation Asie-Pacifique du Canada, chercheuse principale au Centre pour l'innovation en gouvernance internationale et à la Munk School of Global Affairs and Public Policy, ainsi que membre du CSA Public Policy Centre. Elle a mis au point des programmes de recherche de pointe et rédigé près de 100 documents d'orientation pour des groupes de réflexion canadiens et américains.

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