Mongolia's President Khurelsukh Ukhnaa
Le président mongol Khurelsukh Ukhnaa lors de la 81e Assemblée générale des Nations Unies, au siège des Nations Unies à New York, le 22 septembre 2026. | Photo : Leonardo MUNOZ/AFP gracieuseté de Getty Images

La participation du président Khurelsukh Ukhnaa et de la ministre des Affaires étrangères Battsetseg Batmunkh à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York a constitué bien plus qu’une occasion d’améliorer le profil international de la Mongolie. Elle devrait également inciter le Canada à adopter une approche plus stratégique dans ses relations bilatérales avec la Mongolie, dont l’importance dépasse largement le volume actuel des échanges commerciaux.

La rencontre entre la ministre des Affaires étrangères Battsetseg et la ministre des Affaires étrangères du Canada, Anita Anand, a revêtu une grande importance sur le plan diplomatique. Les rencontres de haut niveau de cette nature permettent de maintenir la dynamique politique et témoignent de l’importance que les deux pays accordent à un partenariat qui s’est considérablement développé depuis l’établissement de relations diplomatiques en 1973.

Pour le Canada, cependant, une question plus large se pose : quelle place la Mongolie devrait-elle occuper dans la Stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique?

Cette question mérite qu’on s’y attarde davantage.

La Mongolie et la Stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique

La Stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique s’articule autour de cinq objectifs : promouvoir la paix, la résilience et la sécurité; accroître les échanges commerciaux et les investissements et renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement; investir dans les gens; bâtir un avenir durable et vert; devenir un partenaire actif et engagé dans l’Indo-Pacifique.

La Mongolie répond à pratiquement chacun de ces objectifs.

En effet, dans ses propres rapports de mise en œuvre, le Canada a souligné que l’élévation des relations entre le Canada et la Mongolie au rang de partenariat global en 2023 constituait une réalisation dans le cadre de sa stratégie pour l’Indo-Pacifique, qui a été publiée en 2022. Des membres des Forces armées canadiennes ont également pris part à des exercices en Mongolie, notamment KHAAN QUEST et PACIFIC AIRLIFT RALLY.

Il convient donc de considérer la Mongolie non pas comme un élément périphérique de l’engagement du Canada dans l’Indo-Pacifique, mais comme un pays où convergent plusieurs volets de la politique canadienne.

Situation géographique stratégique

La Mongolie occupe une position géopolitique des plus singulières : c’est une démocratie enclavée, située entre la Russie et la Chine, sans aucune autre frontière terrestre.

Sa situation géographique influence inévitablement ses choix en matière d’économie et de politique étrangère. La Chine occupe une place centrale dans le commerce de la Mongolie, tandis que la Russie reste un partenaire important pour ses réseaux énergétiques et de transport.

La Mongolie a adopté une approche pragmatique. Dans le cadre de sa politique du troisième voisin, elle a noué des relations avec des pays au-delà de ses deux voisins géographiques, notamment le Canada, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et des partenaires européens.

Le Canada a des leçons à tirer de cette approche.

La Mongolie montre comment un petit pays peut entretenir les relations nécessaires avec des voisins puissants tout en nouant des liens diplomatiques, économiques et de sécurité qui lui ouvrent davantage de possibilités sur la scène internationale.

Le Canada a tout intérêt à soutenir cette diversification.

Il ne s’agit pas pour autant de demander à la Mongolie de choisir entre la Russie, la Chine et ses partenaires démocratiques. Une telle approche traduirait une mauvaise compréhension de la situation géographique et de la politique étrangère de la Mongolie.

Le Canada peut plutôt aider la Mongolie à élargir ses options sur les plans économique, diplomatique et institutionnel.

C’est là que la politique des trois voisins de la Mongolie et la Stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique du Canada se rejoignent.

Des investissements canadiens aux minéraux critiques

Les relations économiques entre les deux pays ont également une longue histoire.

À une époque, le Canada jouissait d’une position exceptionnelle sur le plan des investissements étrangers en Mongolie, notamment grâce aux investissements de Turquoise Hill Resources, société cotée à la Bourse de Toronto, dans le projet cuprifère et aurifère Oyu Tolgoi.

Le projet Oyu Tolgoi illustre l’ampleur du potentiel minéral de la Mongolie et le rôle historique du Canada dans son exploitation.

Selon le Service des délégués commerciaux du Canada, l’exploitation minière représente environ 26 % du PIB de la Mongolie, 75 % des investissements directs étrangers et 90 % des exportations. Exportation et développement Canada a accordé un financement de 1 milliard de dollars canadiens pour l’agrandissement souterrain du projet Oyu Tolgoi. Dans le cadre de ce projet, plus de 460 millions de dollars américains ont été dépensés, directement ou indirectement, pour l’achat de produits et de services auprès de fournisseurs canadiens depuis 2016.

La position du Canada en matière d’investissement a évolué à la suite de l’acquisition par Rio Tinto des actions restantes de Turquoise Hill Resources en 2022.

Plutôt que de se tourner vers le passé, le Canada devrait y voir une occasion de créer une nouvelle génération de relations économiques.

Les minéraux critiques sont de plus en plus liés à la sécurité économique, aux technologies propres, à la fabrication de pointe et à la sécurité nationale. La Stratégie canadienne sur les minéraux critiques met l’accent sur la diversification et sur l’établissement de partenariats internationaux.

Les ressources minérales de la Mongolie, combinées à l’expertise canadienne en matière de financement minier, d’exploration, d’ingénierie, de technologies environnementales et d’exploitation responsable des ressources, constituent un domaine de coopération tout désigné.

Les relations économiques entre les deux pays ne devraient toutefois pas se limiter au secteur minier. L’agriculture et la sécurité alimentaire, l’énergie propre, l’éducation, l’intelligence artificielle et les technologies numériques, les infrastructures ainsi que les services professionnels offrent tous des possibilités de diversification.

Du partenariat à la politique

Le Canada et la Mongolie ont établi un partenariat global en 2023. Le défi consiste désormais à lui donner une dimension plus concrète.

Le Canada devrait envisager de désigner plus explicitement la Mongolie comme un « troisième voisin » important dans le cadre de la prochaine phase de son engagement dans l’Indo-Pacifique.

Un plan d’action Canada-Mongolie pourrait fixer des objectifs mesurables dans les domaines des minéraux critiques, du commerce et de l’investissement, de l’énergie propre, de l’agriculture, de l’éducation, de la coopération en matière de défense, du maintien de la paix et des relations entre les peuples.

Le Canada devrait également envisager de mettre sur pied un dialogue entre le Canada et la Mongolie sur les minéraux critiques et l’investissement, réunissant les gouvernements, les institutions financières, les sociétés minières, les fournisseurs de technologies et les investisseurs.

Il y a également un aspect lié à la sécurité. La Mongolie s’est forgé une réputation internationale dans le domaine des missions de maintien de la paix de l’ONU, tandis que le Canada a renforcé son engagement militaire dans l’Indo-Pacifique. La poursuite de la coopération par l’entremise d’exercices tels que KHAAN QUEST, de formations en matière de maintien de la paix et d’initiatives relatives aux femmes, à la paix et à la sécurité peut conférer une plus grande profondeur stratégique aux relations bilatérales.

La rencontre entre les ministres des Affaires étrangères du Canada et de la Mongolie à New York revêtait donc une importance particulière, non pas parce qu’une seule rencontre diplomatique suffit à transformer une relation, mais parce qu’un engagement soutenu à haut niveau peut créer une dynamique propice à la mise en œuvre de mesures concrètes.

La Mongolie ne devrait pas être reléguée à un rôle secondaire dans la Stratégie du Canada pour l’Indo-Pacifique. Sa situation géographique stratégique, ses institutions démocratiques, ses ressources minérales, son engagement en faveur du multilatéralisme et son expérience dans la gestion de ses relations avec la Russie et la Chine lui confèrent une importance bien plus grande que ne le laissent supposer les chiffres relatifs à sa population et à son commerce bilatéral.

Pour le Canada, un engagement plus profond auprès de la Mongolie permettrait de mettre en pratique sa stratégie pour l’Indo-Pacifique : diversifier les relations économiques, renforcer les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, soutenir des partenariats résilients et renforcer sa présence dans une région d’importance stratégique.

Le Canada n’a pas besoin que la Mongolie choisisse son camp. Il devrait plutôt contribuer à faire en sorte que la Mongolie ait le choix. Cela servirait la politique des trois voisins de la Mongolie, ainsi que l’intérêt national du Canada.

The views expressed here are those of the author, and do not necessarily represent the views of the Asia Pacific Foundation of Canada.

The Hon. Bryon Wilfert, P.C.

The Hon. Bryon Wilfert, P.C., M.A., ICD.D., is a former Canadian Member of Parliament and former Shadow Minister of Foreign Affairs. He is the Founder and Chair of the Canada-Vietnam Parliamentary Association and Special Advisor to the Canada-Vietnam Trade Council. He is also the Honorary Consul of Mongolia (Ontario) and Special Advisor to the Business Council of Mongolia. 

Mr. Wilfert has been engaged in strengthening Canada-Asia relations for more than two decades.

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