La Chine a accueilli cette semaine la cheffe du principal parti d’opposition taïwanais pour la première fois en dix ans, écartant ainsi le gouvernement démocratiquement élu de Taïwan et ravivant les débats à Taipei quant à la « bonne » approche à adopter à l’égard de la Chine : dialogue, dissuasion ou une combinaison des deux.
Cheng Li-wun, présidente du parti Kuomintang (KMT), s’est rendue mardi en Chine pour un voyage de six jours au cours duquel elle rencontrera notamment Xi Jinping, président de la Chine et secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC).
Depuis 2016, Beijing refuse tout dialogue avec le Parti démocrate progressiste (PDP), au pouvoir à Taïwan, d’abord sous la direction de Tsai Ing-wen, puis aujourd’hui sous celle du président William Lai. En février, Beijing a qualifié M. Lai de « perturbateur de la paix, créateur de crises et instigateur de guerre ». M. Lai a déclaré qu’il était ouvert à des discussions avec Beijing « dans le respect des principes d’égalité et de dignité ».
Un vice-président du KMT a déclaré que la visite de Mme Cheng visait à « gagner du temps et de la souplesse pour Taïwan en convainquant Beijing qu’il existe encore à Taïwan des personnes favorables à un resserrement des liens avec la Chine ».
Mme Cheng, qui a pris ses fonctions en octobre, a qualifié son voyage de « périple historique pour la paix ».
En 2015, M. Xi a rencontré à Singapour le président taïwanais Ma Ying-jeou, membre du KMT, à l’occasion de la première rencontre entre des dirigeants taïwanais et chinois depuis 1945. Il convient de noter que M. Xi et M. Ma ont décidé de se partager l’addition du souper, qui se composait de crevettes, d’asperges sautées et de nouilles.
M. Xi a également accueilli la présidente du KMT, Hung Hsiu-chu, en Chine en 2016.
Les États-Unis s’immiscent dans le débat
Le PDP a déclaré que le KMT « se prêtait au jeu des communistes chinois visant à affaiblir les capacités de défense de Taïwan ».
M. Lai et le PDP ont tenté de faire adopter un budget de la défense spécial d’un montant de 40 milliards $ US sur huit ans. Le KMT et le Parti populaire de Taïwan ont toutefois bloqué ce budget, M. Cheng faisant valoir que « la paix ne peut en aucun cas être obtenue par les seules capacités de défense ».
La semaine dernière, une délégation bipartisane composée de quatre sénateurs américains s’est rendue à Taïwan. Ils ont exhorté les législateurs à approuver le plan de dépenses de M. Lai, indiquant que tout retard risquait d’affaiblir la force de dissuasion alors que Beijing reprend ses activités militaires autour de l’île.
Cette impasse législative survient alors que les dirigeants de Taïwan ne s’entendent pas sur la manière d’aborder la Chine sur le plan politique et sur le rythme (et l’ampleur) des mesures à prendre en matière de défense. Pour compliquer encore davantage la situation, M. Xi accueillera le président américain Donald Trump en mai et tentera sans doute de le dissuader de s’immiscer dans les affaires taïwanaises, en utilisant la visite de Mme Cheng comme preuve que Beijing est capable de « gérer » les relations entre les deux rives du détroit.
Échanges francs Canada-Taïwan
Ottawa devrait signer cette année un accord-cadre de coopération commerciale entre le Canada et Taïwan, dont la finalisation est prévue pour 2025. Au cours des dix premiers mois de 2025, les échanges bilatéraux se sont élevés à 5,6 milliards $ CA, soit une hausse de 6,5 % sur douze mois.
En 2021, Taïwan et la Chine ont chacune soumis leur candidature pour adhérer au PTPGP, un traité commercial réunissant 12 pays, dont le Canada. En théorie, il est peu probable que la Chine atteigne cet objectif. Les économies candidates doivent en effet respecter plusieurs critères, dont celui de démontrer une « tendance claire à respecter leurs engagements commerciaux ». En effet, l’année dernière, le directeur général du Bureau commercial du Canada à Taipei a déclaré que « le Canada estime que Taïwan constituerait un excellent ajout au PTPGP ».
Les échanges commerciaux constituent un autre élément important des relations entre le Canada et Taïwan. En février, un responsable canadien de la défense a déclaré que les navires canadiens continueraient « probablement » à traverser le détroit de Taïwan. Le dernier navire canadien à avoir franchi le détroit l’a fait en septembre 2025. Le NCSM Charlottetown, qui vient de terminer des manœuvres en Australie, se trouve actuellement au large de l’Indonésie et se dirige vers la péninsule coréenne dans le cadre de l’opération NEON.