L’Australie et l’Union européenne ont signé cette semaine un accord historique qui libéralise leurs échanges commerciaux bilatéraux, affaiblit l’influence des États-Unis et de la Chine sur ces deux pays et consolide un partenariat crucial entre deux puissances intermédiaires.
Les négociations commerciales entre Bruxelles et Canberra ont débuté en 2018, mais ont échoué en 2023; l’Australie souhaitait exporter davantage de bœuf et d’agneau vers l’Europe, tandis que l’UE souhaitait une baisse des droits de douane sur les produits manufacturés et un meilleur accès aux minéraux critiques australiens. Cette fois-ci, les deux parties étaient prêtes à faire des concessions.
Dans le cadre de cet accord, certains exportateurs australiens (notamment ceux de bœuf, d’agneau, de beurre et de sucre) seront soumis à des quotas. Mais Bruxelles a accepté de supprimer les droits de douane sur la plupart des produits agricoles australiens. L’Australie, quant à elle, a accepté de supprimer les droits de douane sur près de 100 % des produits de l’UE, notamment les voitures, le vin, le chocolat et de nombreux produits agricoles transformés.
Cet accord prévoit également une réduction des droits de douane sur la quasi-totalité des minéraux critiques australiens et ouvre des perspectives d’investissement dans ce secteur, ce qui réduit, bien que modestement, la dépendance de l’UE envers la Chine. Par ailleurs, un partenariat parallèle entre l’Australie et l’UE en matière de sécurité et de défense pourrait mener vers une coopération plus étroite dans les domaines des opérations navales conjointes, de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle.
En 2025, les échanges de marchandises entre l’Australie et l’UE ont atteint 75,2 milliards $ CA.
Du déjà vu pour l’UE
L’UE a intensifié ses efforts de diversification commerciale depuis le retour du président américain Donald Trump en janvier 2025. Les négociations commerciales entre l’UE et l’Inde ont traîné en longueur pendant des années jusqu’à ce que les deux parties concluent un accord au début de cette année; l’accord commercial de l’UE avec le bloc commercial sud-américain du Mercosur, fruit de vingt-cinq ans de négociations, entrera en vigueur en mai; et l’année dernière, l’UE et l’Indonésie ont conclu un accord sur le commerce et les investissements.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a signé mardi à Canberra le tout dernier accord de l’UE aux côtés du premier ministre australien Anthony Albanese. Le voyage de madame von der Leyen en Australie (sa première visite officielle dans ce pays) s’inscrit dans une stratégie plus large visant à diversifier les échanges commerciaux et les chaînes d’approvisionnement, alors que les relations entre l’UE et les États-Unis se détériorent et que la méfiance s’accroît. En janvier, par exemple, à la suite des menaces de Donald Trump d’annexer le Groenland, le Parlement européen a reporté la ratification d’un accord commercial entre l’UE et les États-Unis.
Cette semaine, Ursula von der Leyen a qualifié sans détour l’Australie de partenaire de confiance partageant les mêmes valeurs.
Des échos de Davos
L’accord entre l’Australie et l’UE fait écho à un élément du discours prononcé par le premier ministre canadien Mark Carney à Davos : « Dans un monde marqué par la rivalité entre les grandes puissances, les pays intermédiaires ont le choix : soit se faire concurrence pour obtenir des faveurs, soit s’unir pour créer une troisième voie qui aura du poids. »
Dans la pratique, cette « troisième voie » consiste, comme l’a dit madame von der Leyen, à s’associer à des partenaires de confiance et partageant les mêmes valeurs, afin de protéger le commerce, les investissements et la sécurité contre l’imprévisibilité, en acceptant des compromis pour garantir la stabilité.
Dans son discours à Davos, M. Carney a également souligné que le Canada s’efforce de construire des ponts entre l’UE et le PTPGP, un accord commercial regroupant douze pays, principalement des économies asiatiques, dont le Canada fait partie. L’Australie, autre membre du PTPGP, pourrait aider le Canada à construire ce pont, ce qui constituerait un véritable coup de maître pour les puissances moyennes à l’échelle mondiale.
Le mois dernier, M. Carney a déclaré que nous ne sommes pas les seuls à partager cette idée... « C’est l’une des premières discussions que j’ai eues avec les premiers ministres d’Australie et de Nouvelle-Zélande; des pays qui partagent notre vision et qui reconnaissent l’intérêt de développer ce partenariat. »