Takaichi remporte une victoire historique aux élections japonaises

La première ministre japonaise, Mme Sanae Takaichi, est entrée dans l’histoire dimanche en remportant une victoire exceptionnelle à la majorité qualifiée lors des élections à la Chambre basse du pays. Son Parti libéral démocrate (PLD) a remporté 316 des 465 sièges à pourvoir, ce qui constitue une première dans l’histoire du Japon d’après-guerre puisqu’aucun parti n’avait jamais obtenu plus des deux tiers des sièges.

La victoire retentissante du parti et son retour à la domination électorale après des années de stagnation et de scandales, peuvent être attribués à la popularité de Mme Takaichi, à son éthique de travail acharné (sa devise est « Je travaillerai, travaillerai, travaillerai, travaillerai et travaillerai »), à sa politique budgétaire « proactive » et à son approche ferme en matière de relations et de désaccords avec la Chine et les États-Unis, ainsi qu’à une opposition désorganisée.

Mme Takaichi a été élue présidente du PLD en octobre dernier; elle est la première femme à occuper le poste de premier ministre du Japon.

Avant les élections surprises, le PLD détenait 198 sièges, conservant une majorité fragile avec l’aide du parti de droite, le Parti de l’innovation du Japon. Libérée après quatre mois passés à diriger un gouvernement de coalition, Mme Takaichi peut désormais mettre en œuvre son programme. Elle prévoit de se concentrer sur l’allègement du coût de la vie et sur un plan de relance plus vaste. Lors d’une conférence de presse lundi, elle s’est engagée à suspendre pendant deux ans la taxe à la consommation de 8 % sur les produits alimentaires et à investir davantage dans les entreprises du pays.

Le statut dominant du PLD se traduit par un pouvoir politique considérable : même si la Chambre haute du Japon rejette un projet de loi, les membres du PLD présents dans la Chambre basse peuvent passer outre cette décision, « facilitant considérablement l’adoption de projets de loi controversés », selon Nikkei. Le PLD disposera également d’une majorité au sein de tous les comités parlementaires. Cependant, un grand pouvoir s’accompagne de certains risques : dans un éditorial, le Mainichi, un journal local centriste, a encouragéMme Takaichi à « s’efforcer de parvenir à un consensus prudent » et l’a mise en garde contre une gouvernance unilatérale.

L’indice de référence japonais Nikkei a connu une forte hausse lundi, les investisseurs saluant la stabilité politique et les politiques favorables à la croissance de Mme Takaichi. Le taux de participation aux élections de dimanche était de 56,26 %, soit légèrement supérieur à celui des élections générales japonaises de 2024.
 

Ce n’est pas vous, c’est Xi

Un différend de plusieurs mois avec la Chine au sujet de Taïwan a contribué à renforcer la popularité de Mme Takaichi. Cependant, à la suite de sa victoire, Mme Takaichi, considérée comme ayant une position stricte à l’égard de la Chine, a modéré son discours : « C’est précisément parce que des préoccupations et des défis séparent le Japon et la Chine que la communication est primordiale », a-t-elle déclaré.

Beijing n’était toutefois pas d’humeur conciliante cette semaine. En effet, elle s’est abstenue de féliciter Mme Takaichi et a souligné que sa politique ne changerait pas « à cause d’une seule élection ». En revanche, lorsque le prédécesseur de Mme Takaichi, M. Ishiba Shigeru, avait été élu en octobre 2024, le président chinois Xi Jinping l’avait félicité, écrivant que les deux parties devaient suivre « la voie de la coexistence pacifique [et] de l’amitié éternelle ».

Le premier ministre canadien Mark Carney, qui devrait se rendre prochainement au Japon, a été l’un des premiers dirigeants à féliciter Mme Takaichi pour sa victoire. Le Japon est l’un des alliés les plus importants du Canada dans la région indo-pacifique. En 2024, les échanges commerciaux entre les deux nations ont atteint 37,7 milliards $ CA.

M. Carney pourrait trouver en Mme Takaichi une âme sœur. Selon le Globe and Mail, M. Carney envisagerait la possibilité de déclencher des élections anticipées afin de tirer parti de ses résultats favorables dans les sondages. Le cabinet du premier ministre dément toutefois ces affirmations. Le Parti libéral de M. Carney est à deux sièges de la majorité; l’agrégateur de sondages 338Canada estime le soutien au Parti libéral à 43 %. 

Les électeurs thaïlandais récompensent également le président sortant

Une élection similaire s’est déroulée dimanche en Asie du Sud-Est, où le premier ministre thaïlandais sortant, dont la popularité a été renforcée par un conflit frontalier avec le Cambodge, a remporté une victoire décisive.

Le parti conservateur Bhumjaithai d’Anutin Charnvirakul a remporté 193 des 500 sièges à la Chambre des représentants thaïlandaise. Ce n’est peut-être pas une majorité, mais il s’agit d’une victoire inattendue pour M. Charnvirakul, qui s’apprête maintenant à entamer des négociations avec des partenaires potentiels en vue de former une coalition.

Le Parti populaire, la dernière incarnation d’un parti réformateur dirigé par des jeunes et banni à deux reprises, a obtenu 118 sièges. Pheu Thai, un parti centré autour du puissant clan Shinawatra qui fut longtemps dominant, n’a remporté que 74 sièges, son pire résultat à ce jour.