Le président de la Corée du Sud, Lee Jae-myung, s’est rendu à Beijing et à Shanghaï cette semaine pour rencontrer le président chinois, Xi Jinping, afin d’entamer le « rétablissement complet » de la relation bilatérale après des années de tensions.
Son voyage en Chine est la première visite officielle d’un président sud-coréen depuis 2017 (Moon Jae-in s’était rendu en Chine pour un voyage d’affaires et un sommet trilatéral en 2019). Il a lieu en fond de malaise intense dans toute l’Asie du Nord-est, en raison des exercices militaires chinois de très grande ampleur autour de Taïwan et du lancement toujours impressionnant de missiles balistiques de la Corée du Nord, cherchant à faire une démonstration de force. Le différend de plusieurs mois entre la Chine et le Japon s’est également aggravé cette semaine : Beijing a en effet interdit l’exportation de biens à double usage vers le Japon, une décision qualifiée d’« absolument inacceptable » par Tokyo.
Le président Lee, pour sa part, a déclaré que sa visite serait « une occasion importante de faire de 2026 la première année du rétablissement complet des relations entre la Corée et la Chine ». En effectuant un voyage et des entretiens, Lee Jae-myung a concrétisé les promesses faites pendant la campagne électorale de l’année dernière. Dans son discours d’investiture, le président Lee a expliqué son approche, s’engageant à interagir avec « les pays voisins dans une perspective d’intérêt national et de pragmatisme ».
À la suite d’un entretien de 90 minutes, les présidents Lee et Xi ont convenu de renforcer le travail conjoint sur les minéraux critiques, les progrès des négociations sur les services et les investissements dans le cadre de l’Accord de libre-échange entre la Chine et la Corée du Sud (en vigueur depuis 2015) et ont signé des protocoles d’entente en matière de chaînes d’approvisionnement et de changements climatiques entre autres.
Lee Jae-myung était accompagné de 200 chefs d’entreprise sud-coréens, facilitant ainsi la signature « prévue » de 30 contrats.
Le chef du Parti du pouvoir au peuple, parti d’opposition sud-coréen, au Parlement a qualifié le sommet de « réunion axée sur les événements qui n’a quasiment débouché sur aucun avantage diplomatique ou sécuritaire pratique ». Les critiques ont également souligné l’absence d’une déclaration commune des dirigeants et ont dénoncé l’absence de tout engagement concret concernant la Corée du Nord.
La Chine a le vent en poupe
Le président Lee n’est pas le seul dirigeant à s’intéresser à la Chine : Micheál Martin, le premier ministre irlandais, termine un voyage de cinq jours en Chine, soit la première visite d’un dirigeant irlandais dans le pays depuis 14 ans, tandis que le président français Emmanuel Macron et le roi espagnol Felipe VI s’y sont rendus le mois dernier. Le président Xi s’est également entretenu avec le président russe Vladimir Poutine le 31 décembre.
Le premier ministre canadien Mark Carney, quant à lui, se rendra en Chine la semaine prochaine. Il s’agira de la première visite d’un dirigeant canadien en Chine depuis 2017.
Dans une entrevue accordée à la CBC en décembre, M. Carney a déclaré qu’Ottawa ne chercherait pas à établir une « relation profonde » avec Beijing dans des domaines tels que « l’intelligence artificielle, les minéraux critiques et la défense ».
Mais Mark Carney cherche tout de même à réinitialiser la relation avec la Chine à grande échelle, en se concentrant principalement sur les possibilités économiques – en particulier dans le domaine de l’énergie, et en résolvant les problèmes de tarifs douaniers sur les produits agricoles – et en remettant largement au second plan les questions litigieuses, comme les droits de la personne et le travail.
Le 2 janvier, le gouvernement du Canada a mis à jour sa page Web sur les relations entre le Canada et la Chine, en supprimant les mentions de « violations des droits de la personne de la Chine, comme le travail forcé », et en recommandant aux entreprises canadiennes de faire preuve d’une « diligence raisonnable poussée dans la chaîne d’approvisionnement pour importer des marchandises [chinoises] ».
L’ancienne page mentionnait également les « services de conception et d’infrastructure et les services de santé » comme des possibilités pour les entreprises canadiennes; ces mentions ont également été supprimées.