Le premier ministre Mark Carney a réuni à Toronto, en septembre, le premier Sommet canadien de l’investissement. L’événement a rassemblé des investisseurs de près de 30 pays, qui gèrent ensemble plus de 100 000 milliards de dollars d’actifs, et donné lieu à l’annonce de près de 500 milliards de dollars en nouveaux engagements d’investissement provenant d’investisseurs canadiens.
Dans ses interventions, le premier ministre a insisté sur la capacité du Canada à concrétiser ses projets et à « bâtir en grand », tout en invitant les investisseurs étrangers à « bâtir avec nous ». Le gouvernement a également annoncé la Mégadéduction à la productivité, une importante déduction fiscale visant à stimuler les nouveaux investissements des entreprises et à ramener le taux effectif marginal d’imposition à son niveau le plus bas parmi les grandes économies. Il a aussi évoqué des concessions à long terme au secteur privé pour l’exploitation des quatre plus grands aéroports du Canada et s’est engagé à consacrer 700 millions de dollars, par l’entremise de la Banque de développement du Canada, aux secteurs de la défense et des technologies à double usage.
Si ces engagements et ces nouvelles mesures incitatives sont bienvenus, il reste à voir s’ils se traduiront par des investissements internationaux dans les 167 projets présentés dans le prospectus du Sommet. De grands investisseurs de l’Indo-Pacifique étaient présents, notamment Temasek, de Singapour, Macquarie Group et IFM Investors, d’Australie, ainsi que China International Capital Corporation. Mais, à notre connaissance, personne n’a encore sorti son chéquier — pour l’instant.
Les décisions d’investissement de cette envergure prennent du temps, et le nouveau cadre mis en place par Ottawa n’en est qu’à ses débuts. Le resserrement des liens du Canada avec les marchés asiatiques, conjugué à une meilleure connaissance de ce que le pays a à offrir et à un intérêt croissant pour ses possibilités d’investissement, pourrait naturellement attirer davantage d’investissements directs étrangers (IDE) de la région. Toutefois, alors que le Canada met en place de nouvelles mesures incitatives au pays et se rapproche de l’Union européenne en accueillant favorablement une proposition visant à en faire le « premier associé » du bloc, l’Indo-Pacifique doit demeurer au cœur de ses efforts de diversification.
Le Sommet s’est tenu à un moment crucial, alors que les politiques commerciales perturbatrices de l’administration Trump continuent de nuire au commerce et aux IDE du Canada. Si les flux d’IDE entrants au Canada ont augmenté de 30%, passant de 91,6 milliards de dollars en 2024 à 119 milliards en 2025, la tendance est tout autre du côté de l’Indo-Pacifique. Le rapport Investment Monitor, récemment publié par la Fondation Asie Pacifique du Canada et consacré au suivi des flux d’investissement entre le Canada et l’Asie, révèle que les IDE de l’Indo-Pacifique au Canada ont chuté de 52%, passant de 19,3 milliards de dollars en 2024 à 9,2 milliards en 2025.
Il reste à voir si la participation de grands acteurs de l’Indo-Pacifique au Sommet débouchera sur les investissements concrets nécessaires pour accroître les capitaux investis au pays et stimuler notre économie. Les données préliminaires de l’Investment Monitor de la FAP Canada pour le premier trimestre de 2026 indiquent que les IDE provenant de l’Indo-Pacifique ont poursuivi leur recul, s’établissant à un niveau inférieur d’environ 73% à celui du premier trimestre de 2025. Il reste donc du travail à faire.
Les visites de M. Carney en Australie, en Chine, en Inde, au Japon, en Malaisie, à Singapour et en Corée du Sud au cours des 12 derniers mois devraient porter leurs fruits. Bon nombre des nouveaux accords et mécanismes de coopération qui en découlent devraient en effet favoriser les IDE bilatéraux dans les années à venir. Les prochaines visites de représentants fédéraux et provinciaux dans la région, notamment la mission commerciale d’Équipe Canada en Inde en octobre, contribueront elles aussi à renforcer les liens d’investissement. Nous attendons également avec grand intérêt la confirmation officielle que le Sommet canadien de l’investissement deviendra un rendez-vous annuel inscrit au calendrier mondial des affaires. Une autre étape importante consisterait à organiser, tout au long de l’année, des événements connexes dans de grands pôles régionaux d’investissement, comme Singapour.
Le temps presse toutefois. Alors que les relations commerciales et d’investissement entre le Canada et les États-Unis se détériorent, la diversification des investissements est essentielle à la sécurité économique future de notre pays. Pour renforcer nos relations d’investissement avec l’Indo-Pacifique, nous devons poursuivre le patient travail de mise en valeur des possibilités qu’offre le Canada, au moyen de missions d’investissement dans la région et d’initiatives ciblées visant à attirer au pays des investisseurs susceptibles d’y réaliser des investissements majeurs.
Le facteur le plus déterminant pour attirer de nouveaux investissements substantiels de l’Indo-Pacifique sera aussi le travail le plus difficile : améliorer les conditions d’investissement au Canada. Des initiatives comme l’approche « un projet, une évaluation, un an » du Bureau des grands projets et l’Accélérateur canadien des minéraux critiques renforcent l’attrait du Canada auprès des investisseurs en démontrant la volonté du gouvernement de faire avancer les projets dans les secteurs stratégiques. Les accords de libre-échange, comme l’Accord de partenariat économique global (APEG) entre le Canada et l’Indonésie, ainsi que les accords et cadres stratégiques conçus pour attirer les investissements dans des secteurs précis — par exemple, le protocole d’entente Canada–Japon sur les chaînes d’approvisionnement en batteries — envoient également des signaux positifs aux entreprises canadiennes et étrangères. Toutefois, la capacité des entreprises à tirer parti de ces accords et à les concrétiser en investissements dépendra de l’attention soutenue que les gouvernements canadiens, à tous les ordres, accorderont aux changements nécessaires en matière de politiques et de réglementation, ainsi que de la rigueur avec laquelle ils les mettront en œuvre.
Cet article a été publié pour la première fois dans The Hill Times le 28 septembre 2026.