La stratégie économique chinoise de 2026 : continuité avant changement

Le président chinoix Xi Jinping
Le président chinoix Xi Jinping, photographié le 1er septembre 2025, à Tianjin, Chine Photo : Suo Takekuma, Pool/Getty Images

Dans son discours du Nouvel An, le président chinois Xi Jinping a salué les « nouveaux exploits » de l’économie chinoise, soulignant que le PIB pour l’année 2025 a atteint 140 billions de yuans (27,86 billions de dollars canadiens). Xi a ajouté que les « atouts nationaux en matière d’économie, de science, de technologie, de défense et dans bien d’autres domaines ont atteint de nouveaux sommets ». 

La confiance et l’optimisme de Xi étaient saisissants. Si les discours du Nouvel An sont généralement empreints d’enthousiasme, celui de cette année sonnait nettement plus assuré que celui de l’an dernier, où les défis internes et externes occupaient une place beaucoup plus importante.

Accompagnés des signaux émanant des récentes réunions clés de planification économique du Parti communiste chinois (PCC), ces messages laissent entendre que la direction chinoise se dit globalement satisfaite de la trajectoire actuelle de l’économie et ne voit guère la nécessité de changer de cap en 2026, voire au-delà. 

La stratégie économique de la Chine devrait donc rester largement cohérente, avec un accent maintenu sur la technologie, une croissance tirée par l’innovation, le renforcement de la fabrication de pointe et une expansion modérée de la consommation.

Parallèlement, les décideurs devraient chercher à alléger la réglementation et à mieux coordonner, à l’échelle régionale, les politiques industrielles, tout en misant sur l’expansion du commerce et des investissements entrants comme leviers pour gérer la volatilité accrue de l’économie mondiale.

Le quinzième « plan quinquennal » : continuité avant le changement

En 2026, la Chine dévoilera son prochain « plan quinquennal », traçant les grandes lignes pour le développement social et économique tout au long des cinq prochaines années. L’économie chinoise continue d’affronter des défis structurels considérables, notamment la surcapacité industrielle, la faible rentabilité des entreprises, un marché immobilier incertain et la dette croissante des gouvernements locaux. 

Toutefois, la Chine a démontré une résilience remarquable, maintenant la croissance et défiant les attentes. Quelques analystes proposent désormais que les niveaux du marché immobilier comme des dettes des gouvernements locaux pourraient se stabiliser ou même s’améliorer graduellement en 2026.

Tandis que l’image complète du plan ne sera dévoilée qu’à la tenue de l’Assemblée nationale populaire en mars, des signaux clés ont déjà émergé du quatrième plénum du Parti communiste chinois (PCC) en octobre 2025 et de la conférence centrale sur le travail économique en décembre 2025.

Dans les comptes rendus officiels, la Chine a largement amorti le choc d’un système commercial en rapide évolution et a performé mieux qu’anticipé en dépit des tensions commerciales intenses avec les États-Unis, et, à un degré moindre, avec les autres économies développées et émergentes. La Chine demeure sur la bonne voie pour atteindre sa cible de croissance de 5% pour l’année 2025, bien que l’élan ait ralenti : chute du troisième trimestre à 4,8%, les indications de l’indice des acheteurs ont modestement amélioré, mais les ventes de détail et l’activité immobilière demeurent faibles.

Rééquilibrer la consommation et la surproduction 

« Stimulant la consommation domestique » apparaît fréquemment dans les communiqués officiels publiés après les réunions. Les décideurs politiques ont promis de soutenir des dépenses plus accrues sur les biens de consommation, et plus encore sur les services, notamment le soutien à domicile, les soins aux personnes âgées et la garde des jeunes enfants. Toutefois, au-delà d’un programme étendu de reprise pour consommateurs, qui a apparemment attiré plus de 350 millions de participants l’année dernière, les mesures fiscales concrètes demeurent limitées.

Particulièrement absents sont les engagements à grande échelle envers la réforme des pensions, en particulier en zones rurales, ainsi que la dépense élargie du gouvernement sur les services de santé, les soins aux personnes âgées et l’éducation – des réformes qui pourraient offrir un coup de fouet immédiat à la consommation des ménages.

Tandis que la consommation a approximativement crû conformément à celle du PIB durant ces dernières années, la consommation des ménages représente toujours environ 40% du PIB en Chine, bien en deçà de la moyenne mondiale de 60%. Avec des taux d’épargne des ménages avoisinant les 32% du revenu disponible, le gouvernement dispose d’une marge de manœuvre politique suffisante pour déverrouiller la demande des consommateurs, mais demeure peu enclin à le faire.

Cette réticence reflète une conviction profondément ancrée chez les décideurs politiques selon laquelle la prospérité s’obtient par la production et la production accrue, et non par la consommation. Une productivité accrue, une production industrielle plus forte et les rentrées fiscales qui en résultent sont considérées comme les solutions principales à plusieurs problèmes économiques et sociaux auxquels la Chine fait face. 

Beijing continue de mettre l’accent sur le côté offre de l’économie, déployant « de nouvelles forces productives » stimulées par la technologie pour produire des biens de haute qualité de manière plus efficace. L’objectif est de stimuler les profits des entreprises, d’hausser les salaires, d’alléger la dette des gouvernements locaux et d’accroître la capacité fiscale, et par conséquent de permettre des dépenses sociales plus importantes. Dans ce cadre, accroître la part de l’offre passe avant la redistribution budgétaire à court terme.

S’attaquer à « l’involution » 

Les planificateurs économiques chinois ont admis le problème de « l’involution », une concurrence excessive qui réduit les profits, particulièrement dans des secteurs comme les véhicules électriques, les panneaux solaires et les batteries. Les efforts pour freiner les guerres de prix au moyen de la réduction des subventions et de directives administratives ont toutefois connu un succès limité.

Pour la suite, Beijing prévoit d’intensifier les efforts afin de maîtriser la surcapacité par la consolidation, ce qui signifie moins de producteurs, davantage de création de valeur ajoutée et des champions nationaux plus solides. Le gouvernement central a aussi promis de mieux coordonner les politiques industrielles à l’échelle nationale, de décourager la concurrence régionale destructrice et de favoriser un développement « adapté aux conditions locales ».

En revanche, sans réforme des structures de revenus des gouvernements locaux, qui continuent de stimuler la production et les exportations, un règlement rapide du problème de surcapacité demeure peu probable. Par conséquent, les frictions commerciales avec les économies avancées et émergentes pourraient s’intensifier.

Réorientation des moteurs de croissance : de l’immobilier vers l’innovation 

De janvier à novembre 2025, les ventes de nouveaux biens immobiliers ont chuté d’environ 11% d’une année à l’autre, tandis que les investissements immobiliers ont reculé d’environ 16%, selon les données officielles. L’abrupte déclin du marché immobilier chinois depuis 2022 et la forte baisse de la valeur immobilière sont souvent cités comme des signaux d’alerte pour l’économie chinoise.

 Beijing a toutefois délibérément choisi cette réorientation stratégique pour réduire la place démesurée du secteur immobilier – auparavant estimé à 25 à 30% du PIB – et réorienter le capital vers la fabrication de pointe et les industries de haute technologie. Ce virage a alimenté une forte reprise des secteurs technologiques et des actions liées à l’intelligence artificielle (IA) en 2025.

Pour 2026, la Chine devrait prioriser davantage l’IA, la technologie quantique, la biofabrication, l’énergie hydrogène et d’autres technologies de pointe. Bien que la croissance axée sur l’innovation reste modeste – estimée à 15% du PIB en 2024 selon Bloomberg, les dirigeants la considèrent comme le moteur principal de la « croissance de haute qualité ». Reste incertain si cela peut rapidement compenser le frein exercé par la contraction du secteur immobilier. 

Gestion d’un « environnement externe complexe » 

Malgré les tensions continues avec les États-Unis, l’excédent commercial global de la Chine a dépassé 1 billion de dollars US durant les 11 premiers mois de 2025, fortement porté par les exportations hors États-Unis. La trêve d’un an sur les tarifs douaniers américains a offert une stabilité temporaire que Pékin utilise pour renforcer sa résilience en vue des prochaines négociations commerciales.

La guerre tarifaire a poussé la Chine – comme d’autres pays – à se tourner vers l’intérieur tout en diversifiant ses liens commerciaux internationaux, en assouplissant la réglementation intérieure et en accélérant la diversification de ses marchés loin des États-Unis. Le prochain plan quinquennal devrait souligner la nécessité de « maintenir les efforts », visant à réduire les barrières réglementaires à travers les juridictions et à améliorer les flux de capitaux, de ressources et de main-d’œuvre.

Parallèlement, Pékin double ses efforts pour son autonomie, non seulement dans les technologies avancées nationales, mais aussi en exploitant le potentiel de son marché interne massif. Cette approche réaffirme la stratégie de « double circulation », introduite dans le 14e plan quinquennal en 2020, qui cherche à stimuler la demande intérieure tout en maintenant le commerce international. 

La préservation complète des chaînes d’approvisionnement et une base industrielle complète dans tous les secteurs demeurent des piliers essentiels de la stratégie économique chinoise, laissant peu d’appétit pour relocaliser sa capacité industrielle ou réduire la production manufacturière.

Cela dit, les responsables ont réitéré leurs engagements pour le commerce et l’investissement entrants, identifiant le « commerce équilibré » comme un objectif politique à long terme. Des mesures ciblées dans le quinzième plan quinquennal devraient élargir les importations de biens et services de haute qualité et ouvrir davantage d’autres secteurs, notamment les télécommunications et les biotechnologies, aux investisseurs étrangers. Cependant, face aux pressions persistantes pour la croissance et en l’absence d’un calendrier de mise en œuvre clair, des doutes subsistent quant à la volonté de Pékin de réduire significativement son excédent commercial.

Implications pour les relations économiques Canada–Chine

Dans un contexte d’incertitude croissante et d’actions unilatérales de l’administration Trump pour réaffirmer la primauté américaine, Beijing se positionne comme une puissance mondiale plus fiable, défendant le système commercial international et respectant l’ordre international plus large. 

La Chine intensifie sa diplomatie, le président Xi ayant récemment accueilli les dirigeants de la France, de l’Irlande et de la Corée du Sud, avec des rencontres prévues avec le premier ministre canadien Mark Carney et le chancelier allemand Friedrich Merz. 

Malgré la méfiance persistante envers les intentions chinoises et son influence stratégique croissante, de nombreux pays adoptent une posture d’équilibre entre Washington et Pékin, une dynamique que Pékin espère exploiter à son avantage.

La destitution de Nicolás Maduro, suivie de la déclaration de Trump selon laquelle les États-Unis « dirigeront » le Venezuela, renforce le contrôle américain indéfini sur ses immenses réserves pétrolières. 

Cela aura des répercussions majeures sur le marché mondial de l’énergie et les exportations pétrolières canadiennes. Si le pétrole brut vénézuélien est redirigé vers les raffineries du golfe du Mexique après l’allègement des sanctions, il pourrait supplanter les importations de brut lourd canadien, traditionnellement privilégié par ces installations. Ce scénario accroît l’urgence pour le Canada de diversifier ses marchés d’exportation énergétique, notamment en développant l’accès aux marchés asiatiques via sa côte Ouest. La Chine, historiquement grand acheteur de brut vénézuélien, reste une destination clé pour le pétrole brut lourd canadien.

La visite de Mark Carney en Chine devrait se concentrer largement sur le commerce bilatéral. Parmi les avancées potentielles : l’assouplissement des frictions agricoles, permettant à de nombreuses industries canadiennes de profiter de l’engagement de Pékin à stimuler la consommation intérieure et à élargir les importations de biens et services dans le cadre du prochain plan quinquennal. 

La coopération énergétique sera également centrale, la Chine cherchant un approvisionnement fiable en énergie conventionnelle tandis que le Canada vise à élargir et diversifier ses exportations. Les récents développements au Venezuela ajoutent une couche d’urgence à ces discussions.

 

• Édité par Vina Nadjibulla, vice-présidente de la recherche et de la stratégie, et Ted Fraser, rédacteur en chef à la FAP Canada.

Jia Wang

Jia Wang est chercheuse principale et conseillère principale. Elle a été directrice par intérim (janvier 2021 – août 2023) du China Institute de l’Université de l’Alberta, où elle dirige la recherche, les programmes ainsi que les relations gouvernementales et avec les médias depuis 2011.

Elle est également attachée supérieure de recherche (non-résidente) à la FAP Canada.

Jia cumule plus de 17 années d’expérience en gestion stratégique axée sur les dimensions économiques et politiques de la Chine contemporaine et des relations Canada–Chine, à divers postes de responsabilité.

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