Le deuxième Sommet sur la connaissance du domaine maritime du Commonwealth s'est tenu les 3 et 4 juin 2026 au Stanley Park à Vancouver, en Colombie-Britannique, en partenariat avec la Fondation Asie Pacifique du Canada et l'Association des industries de défense et marines de la Colombie-Britannique. Le sommet a mis en avant l'importance croissante de la connaissance du domaine maritime en tant qu'instrument stratégique pour la sécurité maritime, la résilience économique et la souveraineté nationale.
Au fil des quatre sessions, les participants issus des États membres du Commonwealth, de l'industrie et des organisations internationales ont examiné comment la sécurité maritime évolue dans un contexte de compétition géopolitique accrue et de changements technologiques accélérés. La sécurité maritime ne peut plus reposer sur des systèmes de contrôle cloisonnés ni sur des réponses fragmentées de la part des institutions. Les pays devraient plutôt intégrer davantage les partenariats entre les secteurs privé et public afin de passer de la sensibilisation à l'action concrète.
La table ronde d'ouverture a mis l'accent sur les liens entre la sécurité maritime et la prospérité mondiale, soulignant que les corridors maritimes ouverts et sécurisés demeurent essentiels au commerce international, à la stabilité économique et à la sécurité nationale. Les chefs de la défense du Canada, de l'Inde, du Royaume-Uni, de Trinidad-et-Tobago et du Ghana ont tracé les priorités régionales distinctes et les enjeux communs, notamment la pêche illégale, la piraterie, la criminalité maritime et les menaces aux infrastructures sous-marines critiques. Le vice-amiral Angus Topshee de la Marine royale canadienne a mis l'accent sur l'urgence des initiatives de souveraineté maritime canadienne pour répondre à l'étendue des vastes responsabilités du Canada, dont le littoral est le plus long au monde avec 243 042 km.
Le rôle du secteur privé a été particulièrement mis en exergue tout au long de la conférence. Durant la deuxième session, intitulée « Transport, commerce et connaissance du domaine maritime » et animée par Vina Nadjibulla, vice-présidente, Recherche et stratégie à la Fondation Asie Pacifique du Canada, les panélistes ont souligné que les pouvoirs juridiques, les mécanismes de partage du renseignement ainsi que les liens avec l'industrie validés par le gouvernement sont de plus en plus nécessaires pour faire face aux menaces maritimes allant du trafic illicite et du contournement des sanctions jusqu'aux cyberattaques et aux perturbations dans les ports. Les entreprises fournissant des images satellitaires et assurant le suivi des navires jouent un rôle essentiel dans l'écosystème de la sécurité maritime. Plutôt que de remplacer les capacités gouvernementales, ces entreprises devraient renforcer les capacités des acteurs étatiques afin d'améliorer la connaissance situationnelle et leur aptitude à réagir.
Durant la session sur « les technologies géospatiales et la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) », la pêche illégale a été présentée non seulement comme une question environnementale, mais aussi comme un défi lié à la souveraineté, à la sécurité économique et à la criminalité transnationale. Brett Classen de Pêches et Océans Canada a mis en lumière le Programme de détection des navires sombres de son ministère, qui recourt à la technologie satellitaire pour soutenir des partenaires comme les Philippines et Taïwan, confrontés aux incursions de flottes de pêche étrangères. Au-delà de la réglementation de la pêche, ces mêmes capacités appuient également des efforts de surveillance plus larges, notamment la détection de comportements maritimes suspects dans des régions contestées comme la mer de Chine méridionale. Dans la même veine que les enjeux liés à la lutte contre la pêche INN, la session sur « les sanctions, les flottes fantômes et les activités maritimes illicites » a mis en lumière la sophistication croissante des techniques de contournement des sanctions maritimes et des pratiques maritimes illicites. Les participants ont discuté de la façon dont les navires contournent de plus en plus la détection en désactivant leurs systèmes d'identification automatique, en usurpant frauduleusement l'identité d'autres navires ou en transbordant des cargaisons en cachette. Les participants ont convenu que, si les technologies peuvent améliorer la détection, la coopération entre agences demeure tout aussi indispensable à une application efficace de la loi.
L'une des discussions les plus prospectives de l'événement a porté sur le carrefour numérique maritime, décrit comme la convergence des opérations maritimes, des systèmes numériques, de l'IA et de la cybersécurité. À mesure que la numérisation crée de nouvelles vulnérabilités aux cyberattaques, aux tentatives d'usurpation d'identité et aux ingérences visant les infrastructures critiques, les participants ont souligné que la vigilance humaine demeure essentielle pour tirer pleinement parti des puissants nouveaux outils d'analyse.
Le sommet s'est clôturé par un débat sur l'importance croissante de l'autonomie maritime et des systèmes sous-marins. Les véhicules sous-marins autonomes, les systèmes de surface autonomes et les technologies de surveillance intégrant l'IA sont de plus en plus perçus comme des outils incontournables pour la surveillance maritime et la protection des infrastructures. Comme les gouvernements font face à des contraintes de ressources et ne peuvent pas réalistement surveiller de vastes zones maritimes en s'appuyant uniquement sur des navires et des effectifs humains, les systèmes autonomes deviennent dès lors une nécessité stratégique. Ces technologies de pointe ne sont toutefois pas suffisantes à elles seules : la protection des infrastructures sous-marines telles que les câbles et les pipelines sous-marins nécessitera une collaboration internationale sur les questions d'attribution et de responsabilité juridique.
Pour le Canada, la connaissance du domaine maritime revêt une importance croissante en tant que nation atlantique, pacifique et arctique. Le Canada dépend largement du commerce maritime pour sa prospérité économique et fait face à des pressions stratégiques grandissantes dans l'Arctique, où les changements climatiques ouvrent de nouvelles routes de transport et attisent une compétition géopolitique accrue. Dans l'Indopacifique, ses principaux partenaires économiques et sécuritaires dépendent des voies maritimes qui sous-tendent le commerce mondial et la sécurité énergétique. Les enjeux émergents, notamment la pêche illicite, le contournement des sanctions, les activités maritimes coercitives et l'ingérence par voie cybernétique, requièrent un système régional de partage du renseignement et des capacités de suivi coordonnées entre le Canada et ses partenaires partageant les mêmes valeurs.
Une meilleure connaissance maritime numérique — notamment par la surveillance satellitaire, les outils d'analyse fondés sur l'IA et le partage sécurisé du renseignement maritime — renforcerait les capacités du Canada à surveiller ses infrastructures critiques, à soutenir la coopération avec ses alliés, à consolider les chaînes d'approvisionnement et à répondre aux menaces émergentes dans les eaux nationales et internationales.
Les partenariats renforcés en matière de connaissance maritime avec les alliés indopacifiques deviendront de plus en plus importants à mesure que le Canada approfondit son engagement régional.
Tanya Dawar et Justin Wong, chercheurs boursiers à la Fondation Asie Pacifique du Canada, ont également contribué à ce rapport.
• Révision : Ted Fraser, rédacteur en chef, Fondation Asie Pacifique du Canada.