À retenir
Le 8 février 2026, le Parti libéral démocrate (PLD) au pouvoir au Japon a remporté une victoire historique écrasante aux élections à la Chambre des représentants, remportant 316 des 465 sièges. Ce vote marque la première fois depuis la fondation du parlement japonais d’après-guerre en 1947 qu’un seul parti remporte la majorité des deux tiers à la chambre basse. Cette majorité qualifiée renforcera considérablement la légitimité politique et la continuité des politiques de la première ministre Sanae Takaichi, particulièrement en matière de politique budgétaire, de posture sécuritaire, de stratégie de sécurité économique et de capacité du Japon à jouer un rôle de premier plan avec ses partenaires dans la région indo-pacifique.
En bref
- Le PLD a remporté 316 des 465 sièges à la Chambre des représentants, dépassant ainsi le seuil des 310 sièges nécessaires pour obtenir la majorité qualifiée des deux tiers. Le Parti japonais pour l’innovation (PJI), partenaire de coalition du PLD, a remporté 36 sièges, portant le total de la coalition à 352 sièges.
- Lors d’une conférence de presse après la victoire, Sanae Takaichi a déclaré que « le PLD et le PJI devraient procéder à un changement politique majeur », qualifiant le résultat de « feu vert » pour mener à bien son programme.
- Sanae Takaichi a dit vouloir continuer à gouverner en coalition avec le PJI, mais ce dernier n’a pas encore officiellement clarifié sa position. Sanae Takaichi a également indiqué qu’elle ne procéderait pas à un remaniement ministériel, prévoyant plutôt de renommer la plupart des ministres de son premier cabinet.
Les conséquences
Cette victoire écrasante change fondamentalement la scène politique nationale du Japon. L’élection éclair — convoquée le premier jour de la session parlementaire ordinaire, une procédure rare — a servi de test de résistance à l’assertivité et à la fiabilité du cabinet Takaichi dans un contexte d’instabilité de la coalition. Le résultat fut une victoire personnelle catégorique pour Sanae Takaichi. Elle est restée plus populaire que n’importe lequel de ses prédécesseurs récents dans plusieurs segments de la population, avec des taux d’approbation atteignant 72 %, particulièrement parmi les jeunes électeurs (âgés de 18 à 29 ans). Elle a ainsi choisi de redessiner la scène politique, bien qu’elle dirigeait un gouvernement minoritaire avant les élections.
En tant que conservatrice de droite représentant une faction minoritaire au sein du PLD, Sanae Takaichi a pris un risque politique important en convoquant une élection éclair. Le résultat lui confère alors un mandat clair pour faire avancer ses ambitions politiques. Cette majorité qualifiée lui permet de s’affranchir de facto des contraintes de la coalition — même si elle se dit intéressée par le maintien de la coopération avec le PJI — après l’effondrement du partenariat de 26 ans entre le PLD et le Komeito, l’allié centriste de longue date du PLD au sein de la coalition. Avec plus de deux ans avant les prochaines élections à la chambre haute et plus de quatre ans avant les prochaines élections générales, Sanae Takaichi dispose désormais d’un temps et d’un espace politiques considérables pour gouverner.
Le résultat des élections envoie également un fort signal à l’échelle internationale, dans un contexte de tensions géopolitiques accrues où la sécurité économique prend une place de plus en plus importante. Dans son discours de victoire, Sanae Takaichi a déclaré que le PLD « poursuivra ses efforts en vue d’une révision constitutionnelle ». Bien que le PLD ne dispose toujours pas de la majorité requise à la chambre haute pour engager officiellement une révision constitutionnelle, cette déclaration est importante : la révision de la constitution d’après-guerre du Japon, en particulier ses restrictions en matière d’activité militaire, marquerait un changement majeur dans la posture sécuritaire japonaise et suscite déjà l’inquiétude des pays voisins. Beijing, en particulier, a continué à faire pression sur Sanae Takaichi pour qu’elle revienne sur ses précédentes déclarations concernant Taïwan. Plus généralement, Sanae Takaichi a déclaré dans son discours que « la diplomatie doit être forte », soulignant ainsi une posture extérieure ferme qui privilégie la dissuasion et la clarté stratégique plutôt que le réconfort.
Prochaines étapes
1. La prochaine session parlementaire du 18 février
La session devrait être organisée le 18 février, date à laquelle Sanae Takaichi sera réélue au poste de première ministre. Son deuxième cabinet sera constitué peu après. Le défi politique le plus immédiat est le budget de l’exercice financier 2026; le gouvernement devrait poursuivre une politique budgétaire expansionniste, notamment en augmentant les dépenses publiques dans les domaines de la politique industrielle, de la défense et de la politique sociale, comme la réduction de la taxe à la consommation.
2. Sécurité, commerce et coordination canado-japonaise
Sanae Takaichi rendra visite à la Maison-Blanche pour rencontrer le président américain Donald Trump, le 19 mars, dans le but de réaffirmer l’alliance solide entre le Japon et les États-Unis à une période de priorités stratégiques américaines changeantes.
Cette rencontre fait suite à la publication par Washington, le 9 février, du décret Stratégie américaine de transfert d’armes « America First » qui place les exportations d’armes au cœur de la stratégie nationale américaine. Pour le Japon, l’implication est immédiate : la crédibilité de l’alliance est de plus en plus liée non seulement aux niveaux de dépenses relatives à la défense, mais aussi aux décisions concrètes en matière d’approvisionnement. Le sommet de mars exercera probablement une pression directe pour accroître les achats de systèmes fabriqués aux États-Unis et assumer une plus grande part du fardeau de la sécurité régionale. Au même moment, la nouvelle majorité qualifiée à parti unique obtenue par Sanae Takaichi permet à son gouvernement d’accélérer le grand programme de sécurité économique du Japon. Cela inclut le renforcement de la résilience de la chaîne d’approvisionnement, le développement des minéraux critiques, la gouvernance de l’intelligence artificielle, les véhicules électriques et les chaînes d’approvisionnement en batteries, ainsi qu’un rôle de leadership plus assertif dans le cadre de l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste.
Pour le Canada, cette convergence crée d’évidentes possibilités de renforcer la coordination avec le Japon dans des domaines où les intérêts stratégiques et industriels convergent, notamment les minéraux critiques, la fabrication de pointe et le commerce fondé sur des règles. Le Japon restera un partenaire stratégique, stable et partageant les mêmes valeurs dans la région indo-pacifique, mais la stratégie diplomatique du Canada deviendra plus complexe si la posture stratégique de Tokyo envers la Chine continue de se durcir.
• Édition par Vina Nadjibulla, vice-présidente, Recherche et stratégie, et Ted Fraser, rédacteur principal, FAP Canada.