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Coopération en Matière de Défense et de Sécurité Entre le Canada et la République de Corée

Note d’information à l’appui de la table ronde stratégique organisée par la FAP Canada le 8 décembre 2025 à Vancouver (Canada) sur le thème Forger l’avenir : renforcer le partenariat stratégique global Canada–République de Corée par la coopération en matière de défense.

Ces dernières années, le Canada et la Corée du Sud ont transformé leur partenariat, à l’origine axé sur le commerce, en un partenariat stratégique multiforme, élargissant rapidement leur coopération en matière de défense et de sécurité, notamment grâce à l’accord de libre-échange entre le Canada et la Corée du Sud de 2015.

Le partenariat en matière de sécurité entre les deux pays est aujourd’hui l’une des relations les plus dynamiques du Canada dans la région indo-pacifique. Bien que les deux pays ne soient pas officiellement unis par un traité, Ottawa et Séoul se considèrent aujourd’hui comme des partenaires stratégiques partageant les mêmes idées, avec une relation fondée sur des valeurs démocratiques communes et un ordre international basé sur des règles, comme le précisent des documents tels que la Stratégie indo-pacifique du Canada (2022) et la Stratégie mondiale pivot de la Corée (2022).

Récentes étapes franchies dans la coopération bilatérale en matière de défense

Cette évolution témoigne de la convergence des intérêts concernant la gestion de la concurrence entre les grandes puissances et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement ainsi que des technologies émergentes qui sous-tendent la sécurité nationale. Le 60anniversaire des relations bilatérales, en 2022, a marqué un tournant décisif : les deux gouvernements ont alors délibérément renforcé leur coopération dans les domaines politique, militaire et industriel.

Le Partenariat stratégique global (PSG) de 2022 a permis d’établir des piliers en matière de sécurité et de défense, de résilience économique, de minéraux critiques, de sécurité climatique et énergétique, ainsi que de coopération sociétale au sens large. Cette portée exhaustive indique que la relation s’étend à l’ensemble du volet sécurité. En matière de défense, le PSG a donné lieu à des mesures immédiates, comme le renouvellement du Mémorandum d’entente sur la coopération en matière de matériel de défense (MED) (signé pour la première fois en 2009, puis renouvelé en décembre 2022), le lancement d’un dialogue de haut niveau sur la sécurité économique ainsi que des engagements visant à approfondir le partage de renseignements et la collaboration dans le domaine des minéraux critiques.

Le Plan d’action 2024 du Partenariat stratégique global (PSG) a permis de donner vie à ambitions en harmonisant le partenariat sur les stratégies indo-pacifiques des deux pays. Il a accordé la priorité à la coopération en matière de défense sur le partage de renseignements classifiés, la recherche et le développement (R et D) en défense ainsi que les questions de sécurité émergentes, comme la sécurité maritime et cybernétique. Le Plan d’action a également jeté les bases de la première réunion ministérielle des affaires étrangères et de la défense (2+2), tenue en novembre 2024. Le mécanisme « 2+2 » – jusqu’alors réservé par Séoul aux alliés liés par traité – a annoncé un nouveau degré de confiance et a instauré un mécanisme permanent pour orienter la coopération sécuritaire bilatérale.

L’intégration industrielle en matière de défense s’est également élargie. En juin 2024, la Société commerciale canadienne et l’Administration du programme d’acquisition de la défense de la République de Corée ont signé un protocole d’entente sur la coopération en matière d’industrie et d’acquisitions de défense. Cet accord favorise les partenariats dans le secteur de la défense, aide les deux parties à se familiariser avec les processus d’acquisition de type gouvernement à gouvernement et facilite les soumissions conjointes et les possibilités de coproduction. La signature marque le début d’un virage pour la relation de défense, qui dépassera les acquisitions transactionnelles pour se diriger vers une coopération industrielle à long terme.

En octobre 2025, les deux gouvernements ont élevé le partenariat en lançant le Partenariat de coopération en matière de sécurité et de défense (PCSD) entre le Canada et la République de Corée – la première feuille de route bilatérale réservée à la défense du Canada avec un partenaire indo-pacifique. Le PCSD officialise les réunions ministérielles annuelles « 2+2 », les discussions politiques à l’échelon des directeurs généraux, les comités conjoints sur le matériel et la R et D en défense, ainsi que des discussions élargies entre les états-majors de la marine, de l’armée, de l’armée de l’air et de l’espace. Il définit des domaines pratiques de collaboration : davantage d’exercices conjoints et d’échanges de personnel, des cadres pour l’interopérabilité et la logistique, un partage élargi de renseignements, une coordination plus étroite au sein de l’OTAN, et des liens renforcés au sein du secteur de la défense. Il accorde également la priorité aux domaines émergents tels que la cybersécurité, l’espace, l’intelligence artificielle (IA) et les menaces hybrides. Ensemble, ces développements créent une architecture de plus en plus dense d’engagements prévisibles entre ministères, forces armées et industrie.

Principaux domaines pour une coopération sécuritaire accrue

Modernisation du système de défense canadien

Le potentiel de coopération industrielle en matière de défense Canada-République de Corée est motivé par l’harmonisation entre les besoins de modernisation du Canada et la capacité industrielle de la Corée du Sud.

Le Canada entreprend l’un des plus vastes efforts de restructuration de son histoire dans le cadre de Notre Nord, fort et libre, avec un engagement à atteindre 2 % du PIB en dépenses de défense. Parmi les priorités, mentionnons le remplacement de la flotte de sous-marins de la classe Victoria et l’avancement de la modernisation du NORAD, y compris les systèmes de surveillance de nouvelle génération pour la défense continentale et polaire. En parallèle, le ministère de la Défense nationale (MDN) a lancé sa Stratégie sur l’IA et le numérique (2024) pour moderniser ses systèmes de commandement, de logistique et de renseignement. Le Canada a également mis sur pied un secrétariat d’approvisionnement en matière de défense et élabore une stratégie industrielle de défense pour renforcer ses capacités nationales.

Compte tenu de ces exigences, Ottawa explore des modèles d’acquisition qui mettent l’accent sur la rapidité de livraison, l’interopérabilité et les avantages industriels à long terme. Cette initiative dépasse les plateformes d’approvisionnement pour construire des partenariats résilients qui soutiennent la préparation des Forces armées canadiennes dans l’Arctique et le Pacifique.

Le Programme de sous-marins canadiens de patrouille (PSCP) témoigne de la convergence des intérêts industriels, stratégiques et en matière de défense. Le Canada prévoit d’acquérir jusqu’à 12 sous-marins conventionnels avancés pour remplacer la flotte de la classe Victoria. Hanwha Ocean, de la Corée du Sud, figure sur la liste restreinte, aux côtés de ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) de l’Allemagne, qui propose une variante du sous-marin KSS-III. Peu importe le fournisseur sélectionné, le contenu canadien sera intégré tout au long du programme – des entreprises canadiennes participeront à la chaîne d’approvisionnement, des Canadiens seront employés, et les autorités canadiennes conserveront le contrôle de la propriété intellectuelle. Cela laisse sous-entendre bien plus qu’une relation traditionnelle vendeur-acheteur; il s’agit d’une initiative qui exigera un partenariat fondamentalement plus profond et à long terme qui s’étendra sur plusieurs décennies.

Pour la Corée, un contrat canadien représenterait sa plus grande exportation de défense à ce jour et consoliderait sa réputation de fournisseur de plateformes haut de gamme compatibles avec l’OTAN. Le secteur la défense de la Corée du Sud a connu une croissance rapide dans le cadre de sa Stratégie K-Défense, qui vise à faire du pays l’un des quatre principaux exportateurs mondiaux d’ici 2027. Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, Séoul s’est positionné comme un fournisseur clé pour les membres de l’OTAN – notamment la Pologne, qui représente près de la moitié (46 %) des transferts d’armes coréens entre 2020 et 2024, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Les contrats de défense d’un montant total de 17,3 milliards $ US accordés en 2022 ont démontré sa capacité à livrer des systèmes avancés rapidement.

Cette capacité éprouvée peut servir de leçon pour le Canada dans sa vaste restructuration en matière de soutien maritime, de construction navale et de technologies de défense numériques. Bien que la Corée ne fasse pas partie de l’OTAN, ses systèmes sont de plus en plus compatibles avec les normes de l’Alliance, ce qui soutient les engagements plus larges du Canada.

Quelle que soit la décision finale, l’offre a déjà approfondi l’intégration industrielle. Hanwha a signé des protocoles d’entente avec plusieurs entreprises canadiennes (comme CAE à Montréal, Gastops à Ottawa et Curtiss-Wright INDAL à Mississauga) pour la conception, l’intégration de systèmes et le soutien tout au long du cycle de vie. Ces partenariats génèrent des emplois et des transferts de technologie au Canada et créent des relations d’affaires qui peuvent survivre à un projet unique. De plus, le PSCP servira à la fois de projet phare potentiel et de catalyseur pour une coopération navale et industrielle de défense plus large.

Chaînes d’approvisionnement en défense et minéraux critiques

Les minéraux critiques sont devenus un pilier central de la coopération économique et sécuritaire entre le Canada et la République de Corée. Le protocole d’entente de 2023 sur les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques, la transition vers une énergie propre et la sécurité énergétique reconnaît que des minéraux tels que le lithium, le nickel, le cobalt et les terres rares sont essentiels aux technologies propres et aux systèmes de défense.

Le Canada fournit les ressources en amont, tandis que la Corée met à profit ses capacités de transformation en milieu de chaîne et de fabrication en aval. Les travaux conjoints incluent la cartographie des réserves, les investissements coréens dans des projets canadiens et la coopération en matière de raffinage. Le PCSD étend cette logique aux chaînes d’approvisionnement de défense, avec un engagement partagé à sécuriser les intrants nécessaires aux plateformes de nouvelle génération, aux munitions et aux systèmes énergétiques – réduisant la dépendance envers des fournisseurs qui ne partagent pas les points de vue des deux pays.

Technologies à double usage émergentes (IA, quantique, capteurs)

Les deux pays sont des leaders des technologies à double usage. Le Canada excelle à l’échelle mondiale dans les secteurs de l’IA, des sciences quantiques et de la recherche avancée, tandis que la Corée du Sud domine dans les secteurs des semi-conducteurs, de l’électronique avancée et des infrastructures 5G/6G. Dans le cadre du Partenariat stratégique global (PSG) et du Plan d’action, les deux gouvernements collaborent principalement dans les domaines de la gouvernance de l’IA, de la résilience cybernétique et des technologies émergentes.

Dans le cadre du PCSD, le Canada et la Corée explorent l’utilisation responsable de l’IA et de l’autonomie à des fins militaires et coordonnent leurs efforts relatifs aux cybermenaces et à la protection des infrastructures critiques. Les innovations dans les secteurs des technologies quantiques et des capteurs constituent des prochaines étapes logiques – soutenant les communications sécurisées, la détection sous-marine et la surveillance spatiale. Le projet de modernisation du NORAD du Canada crée des possibilités pour les entreprises coréennes qui œuvrent dans les secteurs des radars de nouvelle génération, du regroupement de capteurs et des systèmes numériques associés, surtout alors que le Canada diversifie ses fournisseurs.

Conclusion : De l’engagement épisodique à l’harmonisation stratégique

Alors que le Canada et la Corée du Sud approfondissent leur coopération en matière de politiques de défense, d’industrie et de technologies émergentes, la relation bilatérale passe d’un engagement épisodique à une harmonisation stratégique soutenue. Les deux pays reconnaissent que la protection de la sécurité nationale exige aujourd’hui des partenaires fiables capables d’offrir des chaînes d’approvisionnement résilientes, des capacités interopérables et une collaboration technologique de confiance. L’architecture construite au cours des trois dernières années – du PSG au PCSD – offre désormais une plateforme durable pour une action coordonnée dans un environnement indo-pacifique de plus en plus complexe.

La trajectoire de la coopération en matière de défense Canada-République de Corée devrait pouvoir façonner de plus en plus les résultats régionaux en matière de sécurité, plutôt que d’obliger simplement les deux pays à s’y adapter. Les travaux conjoints sur les plateformes avancées, les minéraux critiques, l’IA, la résilience cybernétique et la sécurité arctique et maritime continueront d’élargir l’étendue stratégique du partenariat.

Si elle est stimulée, cette coopération peut évoluer vers un cadre de sécurité global des puissances moyennes – renforçant ainsi la posture de défense de chaque pays tout en contribuant à la stabilité dans l’Indo-Pacifique et au-delà.

Sun Ryung Park

Sun Ryung Park Ph.d. est chercheuse-boursière principale, Asie du Nord-Est, à la Fondation Asie-Pacifique du Canada. Elle s'intéresse à la transition écologique, à la sécurité énergétique et à la transformation numérique dans la région Asie-Pacifique.

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