La sécurité spatiale fait partie de cette convergence. La Feuille de route stratégique globale qui accompagne le partenariat désigne la coopération en matière de veille spatiale, de comportement responsable dans l’espace et de résilience des services fondés sur des capacités spatiales comme priorités de la coopération bilatérale. Cette orientation renforce la coopération spatiale civile entre l’Agence spatiale canadienne et l’Agence japonaise d’exploration aérospatiale (JAXA), tout en marquant un changement : la coopération Canada–Japon dans le domaine spatial évolue d’une collaboration principalement scientifique et industrielle vers un partenariat de sécurité plus explicite.
La veille spatiale constitue un point de départ pertinent : elle est pratique, utile sur le plan opérationnel et directement liée aux objectifs plus larges énoncés dans la feuille de route. Elle aide les États à comprendre ce qui se déroule en orbite, à relever les dangers et les menaces, à soutenir des opérations spatiales résilientes et à établir une base probante pour favoriser un comportement responsable. C’est également un domaine dans lequel le Canada et le Japon peuvent mettre à profit des atouts complémentaires au sein des architectures de sécurité existantes dirigées par les États-Unis et leurs alliés.
Cet article examine comment le Canada et le Japon pourraient approfondir leur coopération en matière de sécurité spatiale, pourquoi la veille spatiale offre un point de départ concret et comment cette coopération bilatérale pourrait renforcer la résilience, le comportement responsable et la coordination entre alliés dans un environnement spatial de plus en plus encombré et contesté.
Pourquoi maintenant?
Les systèmes spatiaux sont désormais des infrastructures essentielles. Les communications, le positionnement, la navigation et la synchronisation, l’observation de la Terre, les services de données, les interventions en cas de catastrophe, la défense et les activités économiques dépendent tous des satellites. La sécurité spatiale comporte donc deux dimensions de plus en plus interconnectées : l’utilisation de capacités spatiales pour soutenir les activités sur Terre, d’une part, et la sûreté, la durabilité et la protection des satellites et des systèmes orbitaux eux-mêmes, d’autre part. Lorsque les systèmes spatiaux sont perturbés, les effets peuvent se répercuter sur les infrastructures terrestres, les opérations militaires, les services publics et l’activité économique.
Ces dépendances s’accentuent dans un environnement spatial de plus en plus encombré et contesté. Les États investissent dans des capacités spatiales afin de soutenir la défense, le renseignement, la puissance économique et l’avantage technologique, tandis que les services spatiaux commerciaux sont devenus essentiels aux opérations militaires modernes. L’économie spatiale mondiale devrait atteindre 1,8 billion de dollars américains d’ici 2035, portée par une demande croissante de communications, de services de positionnement, de navigation et de synchronisation, d’observation de la Terre et d’autres services fondés sur des technologies spatiales. La guerre en Ukraine a révélé à la fois la valeur des communications par satellite et de l’imagerie commerciale, ainsi que les vulnérabilités créées par la dépendance à un nombre restreint de fournisseurs.
Parallèlement, la croissance rapide des grandes, la demande accrue de spectre des radiofréquences et l’encombrement orbital grandissant créent de nouveaux risques de collision, d’interférence, de mauvaise interprétation et de perturbations en cascade. La gouvernance mondiale n’a pas suivi le rythme de ces évolutions.
Au sein de cet environnement complexe, la veille spatiale renvoie à une compréhension opportune, pertinente et exploitable des conditions qui prévalent dans l’espace. Elle permet aux forces militaires, aux gouvernements et aux opérateurs de planifier, d’intégrer, d’exécuter et d’évaluer les activités liées à l’espace. En termes pratiques, la veille spatiale combine la capacité de repérer et de surveiller les objets en orbite avec celle d’interpréter les activités, d’évaluer les risques et d’appuyer des réponses opérationnelles et stratégiques opportunes.
La veille spatiale est importante, car elle constitue le point de départ de la résilience. La résilience ne consiste pas uniquement à concevoir des satellites capables de résister aux perturbations ou à remplacer les services après une défaillance. Elle dépend également de la capacité à détecter, à caractériser et à contrer les conditions changeantes avant qu’elles ne causent des dommages plus importants. Le partage de la veille spatiale pourrait améliorer les alertes, appuyer l’évitement des collisions et la prise de décisions relatives aux manœuvres, faciliter la continuité de la planification et fournir une base solide de coordination durant les incidents. La mise en commun d’observations provenant de multiples capteurs, opérateurs, fournisseurs et États pourrait également réduire la dépendance à une source unique d’information, en permettant la comparaison et la contre-vérification.
La veille spatiale appuie également la mise en œuvre de normes relatives aux activités spatiales. Les normes de comportement dans l’espace dépendent de la capacité d’observer, de caractériser et de communiquer les tendances des activités au fil du temps. La veille spatiale fournit les fondements probants nécessaires pour cerner les opérations dangereuses, distinguer les activités routinières de celles qui pourraient être offensives, appuyer les notifications et les consultations, et renforcer la confiance dans l’évaluation des événements spatiaux. Dans cette optique, la veille spatiale contribue à rendre les comportements dans l’espace observables, la résilience opérationnelle et la gouvernance plus crédible.
Enfin, la veille spatiale représente une valeur claire sur le plan des alliances. La terminologie entourant la veille spatiale et la connaissance du domaine spatial n’est pas toujours utilisée de façon uniforme, mais ces notions reposent toutes deux sur la collecte, la fusion et le partage de données provenant de plusieurs secteurs. Aucun pays ne peut, de manière indépendante, observer, suivre et comprendre l’ensemble de ce qui se déroule dans l’espace. La coopération renforce la couverture, la contre-vérification, l’interprétation et la capacité de réaction. Pour le Canada et le Japon, la veille spatiale offre un point de départ concret pour une coopération bilatérale susceptible de renforcer les structures de sécurité spatiale dirigées par les États-Unis et leurs alliés, sans créer une architecture distincte. La valeur de cette coopération réside moins dans la symétrie que dans la complémentarité. Le Canada apporte des contributions en matière de veille spatiale ainsi qu’une expérience opérationnelle acquise au sein des structures alliées, tandis que le Japon dispose d’une architecture de sécurité spatiale en rapide développement et fait face à d’importants besoins régionaux en matière de veille spatiale.
Ce que le Canada apporte au Japon
L’architecture de sécurité spatiale du Canada est façonnée moins par une autonomie à spectre complet que par des contributions intégrées dans des domaines prioritaires. Les cadres stratégiques récents mettent l’accent sur les capacités souveraines et la résilience nationale, mais les opérations de défense continuent de reposer sur une combinaison de systèmes nationaux, alliés, gouvernementaux et commerciaux. Cette approche a produit un profil distinct : le Canada apporte une valeur ajoutée non pas en se tenant à l’écart des structures de sécurité spatiale alliées, mais en contribuant à des capacités ciblées au sein de celles-ci. Pour le Japon, le Canada constitue donc à la fois un partenaire opérationnel utile et un point de référence institutionnel.
La contribution canadienne la plus établie à la veille spatiale repose sur Sapphire, le premier satellite canadien de surveillance militaire de l’espace. Sapphire a conféré au Canada un rôle reconnu dans le suivi des objets en orbite et la transmission de données au réseau américain de surveillance de l’espace, en complément d’une combinaison de radars, de récepteurs optiques et infrarouges servant à détecter, à suivre, à identifier et à cataloguer les objets en orbite autour de la Terre. Ce rôle est maintenant élargi et diversifié par le Projet de surveillance de l’espace 2, qui ajoute des observatoires optiques au sol et un système d’assignation des capteurs et de production de rapports, renforçant ainsi la contribution du Canada à la veille spatiale alliée. Le créneau d’expertise du Canada s’élargit également grâce à des capacités commerciales et expérimentales. NorthStar Ciel et Terre étend ses services commerciaux fondés sur l’espace, tandis que le projet LISSA, une initiative conjointe du Canada et du Royaume-Uni réunissant Recherche et développement pour la défense Canada, le Defence Science and Technology Laboratory du Royaume-Uni, Magellan Aerospace et l’Université du Manitoba, mettra à l’essai la surveillance d’objets au moyen de nanosatellites dans la région moins surveillée du pôle Sud. Dans leur ensemble, ces efforts témoignent d’une contribution canadienne à la veille spatiale de plus en plus distribuée entre les systèmes publics, commerciaux, alliés et expérimentaux.
Le Canada apporte également une expérience connexe dans la transformation de données spatiales en connaissance de la situation opérationnelle. La Mission de la Constellation RADARSAT et le projet Polar Epsilon 2 ne sont pas des systèmes de veille spatiale, mais ils témoignent de l’expérience canadienne en matière de réception, de traitement et de diffusion de données satellitaires à l’appui de la défense, de la connaissance du domaine maritime, de la surveillance de l’Arctique et d’applications pangouvernementales. La géographie nordique du Canada et ses infrastructures spatiales situées à haute latitude renforcent davantage ce rôle en améliorant l’accès aux satellites en orbite polaire et l’acheminement rapide d’informations issues de l’espace vers les utilisateurs. Cette expérience est pertinente pour la coopération Canada-Japon en matière de veille spatiale, car une veille spatiale efficace dépend non seulement des capteurs, mais aussi de la capacité de fusionner les données, de produire des évaluations exploitables et de les transmettre aux autorités et aux opérateurs qui en ont besoin.
La dimension institutionnelle revêt également une grande importance. Le lien étroit entre le Canada et les États-Unis a favorisé une intégration opérationnelle au sein du Centre combiné des opérations spatiales (Combined Space Operations Center — CSpOC): le Centre des opérations spatiales du Canada (COSpCAN) contribue des données et des analyses au CSpOC, et du personnel canadien y a exercé des fonctions opérationnelles. Le rôle du Japon est différent : le pays est membre de l’Initiative sur les opérations spatiales combinées, mais il n’est pas intégré au CSpOC à ce stade. Cette distinction est importante. Mais cette distinction est de taille. Le CSpOC reflète une intégration opérationnelle au quotidien, tandis que l’Initiative sur les opérations spatiales combinées fournit le cadre politique et militaire plus général sur lequel le Canada et le Japon pourraient fonder leur coopération.
Pour le Japon, la coopération avec le Canada offre donc davantage qu’un accès à des capteurs et à des données. Elle ouvre la voie à une expérience de surveillance spatiale avec un partenaire fiable, au partage de données entre alliés, à l’intégration opérationnelle, au développement de capacités publiques et commerciales, ainsi qu’à l’utilisation de la veille spatiale pour renforcer la résilience et promouvoir un comportement responsable en orbite.
Ce que le Japon apporte
L’architecture spatiale du Japon fait l’objet d’une importante modernisation, et la veille spatiale y occupe une place centrale. En 2020, le Japon a créé l’Escadron des opérations spatiales, première unité spatiale des Forces japonaises d’autodéfense, chargée d’exploiter son propre système de connaissance de la situation spatiale. Ce qui était initialement un escadron modeste d’environ 20 personnes connaît une expansion importante. La plus récente étape a été la création, en mars 2026, d’un département des opérations spatiales comptant 670 employés. Ce département devrait devenir un centre de commandement d’ici la fin de l’exercice financier 2026 et compter 880 employés. Le Japon prévoit également lancer un satellite consacré à la veille spatiale.
L’architecture de sécurité spatiale du Japon repose aussi fortement sur l’alliance nippo-américaine. En 2013, le Japon et les États-Unis ont signé un accord sur le partage de données relatives à la connaissance de la situation spatiale exploité par les forces spatiales américaines. En 2025, une charge utile américaine de connaissance du domaine spatial, hébergée à bord du système satellitaire quasi-zénithal japonais (QZSS), a été lancée avec succès par une fusée H3. Il s’agissait de la première fois que les forces armées américaines finançaient une charge utile hébergée à bord d’un satellite étranger. Cette initiative illustre un partenariat bilatéral public-privé réunissant les forces spatiales américaines, le MIT Lincoln Laboratory, le Secrétariat japonais à la politique spatiale nationale et Mitsubishi Electric Corporation. Bien que le QZSS soit avant tout un système régional de navigation, l’hébergement de cette charge utile américaine de SDA à bord d’un satellite japonais permet de couvrir la région Asie-Océanie, où les moyens de veille spatiale demeurent très limités. . L’attention accrue que le Japon accorde aux menaces que posent les armes antisatellites, les cyberattaques et le brouillage dans le domaine spatial renforce la valeur de son alliance avec les États-Unis, mais aussi de ses partenariats avec des partenaires stratégiques comme le Canada.
Les atouts du Japon en matière de sécurité spatiale reposent sur ses capacités dans les domaines technologiques les plus importants pour l’action autonome dans l’espace et le développement futur. Le Japon possède des capacités de lancement vers les orbites les plus utiles, soit l’orbite terrestre basse (LEO) et l’orbite géostationnaire (GEO), ainsi que des capacités de communications satellitaires sécurisées, de positionnement régional, de navigation et de synchronisation, d’observation de la Terre et de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (RSR). Bien que le Japon ait longtemps été actif principalement en tant que puissance spatiale civile, l’évolution des perceptions des menaces et du contexte extérieur l’incite à renforcer davantage ces capacités autonomes et ces technologies d’avenir. Certains de ces projets comprennent les communications par satellite de défense de prochaine génération (Kirameki), le Projet japonais de communications par satellites en orbite terrestre basse (J-LEO), ainsi qu’une constellation privée de satellites d’imagerie en orbite terrestre basse destinée à fournir, à haute fréquence, des images à l’appui des capacités de défense à distance du Japon (JV Tri-Sat Constellation).
Cette expansion institutionnelle s’inscrit dans la continuité des récentes Directives japonaises sur la défense dans l’espace, qui placent la veille spatiale au cœur des efforts visant à améliorer rapidement et avec précision la connaissance de la situation dans l’espace de bataille, ainsi qu’à intégrer plus pleinement l’espace à la planification de la défense.
Le lancement prévu d’un satellite japonais consacré à la veille spatiale en 2026 témoigne de l’émergence de ses capacités dans ce domaine. Il existe déjà une coopération considérable entre le ministère japonais de la Défense et la JAXA concernant la collecte et l’analyse de données liées à la veille spatiale. L’adhésion du Japon à l’Initiative sur les opérations spatiales combinées, dirigée par les États-Unis, en 2023 peut être attribuée non seulement à ses capacités spatiales autonomes, mais aussi à son engagement politique manifeste à intégrer l’espace à son architecture nationale de sécurité.
Pour le Canada, le Japon, partenaire démocratique fiable disposant de capacités croissantes en matière de veille spatiale, offre un ancrage indo-pacifique pour la coopération en sécurité spatiale, des capacités de lancement et une industrie spatiale mature, ainsi qu’une intégration approfondie aux alliances dirigées par les États-Unis. Un partenariat avec le Japon exposerait toutefois davantage le Canada aux vulnérabilités liées aux menaces régionales provenant de la Chine, de la Corée du Nord et de la Russie. À mesure que le Japon et le Canada approfondissent leurs relations bilatérales en matière de défense, la veille spatiale offre une voie concrète vers une coopération fiable qui renforce, plutôt que de reproduire, les structures d’alliance existantes.
Valeur au sein des alliances
Un partenariat Canada-Japon en matière de veille spatiale ne remplacerait pas les structures spatiales dirigées par les États-Unis. Il ne devrait pas non plus être interprété comme une tentative de créer un bloc d’alliés distinct. Sa valeur réside dans le renforcement des structures existantes en rendant la veille spatiale plus distribuée, plus résiliente et plus fiable.
Les États-Unis demeurent au cœur de la connaissance de la situation spatiale des alliés par l’entremise du Réseau de surveillance de l’espace (SSN). Depuis l’adoption de la National Security Space Strategy américaine en 2011, Washington a élargi le partage de données relatives à la connaissance de la situation spatiale avec ses alliés, ses partenaires, les opérateurs de satellites et les entreprises commerciales. Le Canada et le Japon comptaient parmi les premiers gouvernements partenaires dans le cadre de ces efforts. Toutefois, le partage de données relatives à la connaissance de la situation spatiale ne constitue pas simplement un processus unilatéral dans lequel les États-Unis fournissent les données et les autres les reçoivent. Les gouvernements partenaires et les opérateurs de satellites peuvent également contribuer des données de positionnement, une diversité de capteurs, une couverture régionale et des évaluations indépendantes qui améliorent la qualité du catalogue et renforcent la confiance dans la veille spatiale.
C’est à cet égard que la coopération Canada-Japon peut apporter une valeur concrète. Les deux pays sont intégrés aux réseaux de sécurité spatiale dirigés par les États-Unis, mais ils apportent des atouts techniques, institutionnels et géographiques distincts. Le Canada apporte son expérience en matière de surveillance depuis l’espace, sa pertinence aux hautes latitudes, son innovation commerciale en matière de veille spatiale et son intégration opérationnelle de longue date avec les États-Unis. Le Japon apporte sa position dans la région indo-pacifique, ses capacités croissantes en matière de veille spatiale, ses capacités industrielles spatiales avancées et l’approfondissement de la coordination opérationnelle nippo-américaine. La coopération bilatérale entre les deux pays renforcerait le système allié dans son ensemble en créant des voies additionnelles pour le partage de données, la contre-vérification, l’interprétation et les réponses coordonnées.
L’Initiative sur les opérations spatiales combinées fournit une base essentielle à cette coopération. Le Canada et le Japon sont tous deux membres de ce cadre regroupant dix pays, aux côtés de l’Australie, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, de la Nouvelle-Zélande, de la Norvège, du Royaume-Uni et des États-Unis. L’Initiative sur les opérations spatiales combinées vise à améliorer la coopération entre les alliés et les partenaires disposant de capacités spatiales, notamment au moyen d’une plus grande interopérabilité, résilience, du partage de données et du partage du fardeau entre alliés. Un partenariat Canada-Japon en matière de veille spatiale s’appuierait donc sur un cadre allié existant, tout en créant un canal bilatéral ciblé entre les architectures de sécurité spatiale de l’Amérique du Nord et de l’Indo-Pacifique.
Ce partenariat aurait également une valeur en matière d’apprentissage au sein des alliances. L’expérience de longue date du Canada avec le NORAD offre un point de comparaison utile pour le Japon, non pas parce que le NORAD constitue un modèle de veille spatiale, mais parce qu’il montre comment les alertes communes, les évaluations et la coordination avec les États-Unis peuvent être institutionnalisées au fil du temps. Le Japon développe maintenant ses propres structures de commandement et approfondit sa coordination opérationnelle avec les États-Unis, notamment par la mise sur pied, en décembre 2024, des Forces spatiales des États-Unis au Japon à la base aérienne de Yokota et par la création du Commandement des opérations interarmées des Forces japonaises d’autodéfense en mars 2025.
Pour la coopération Canada-Japon en matière de veille spatiale, la leçon pertinente est que les capacités nationales acquièrent davantage de valeur lorsqu’elles sont mieux reliées à des mécanismes fiables de partage des évaluations et de réponses coordonnées. Le Canada ne constitue pas un modèle pour le Japon, mais il offre un point de comparaison utile quant à la manière dont des puissances intermédiaires peuvent intégrer leurs capacités nationales aux processus décisionnels dirigés par les États-Unis tout en renforçant leurs propres capacités. Cette approche s’inscrit dans les appels plus larges invitant le Canada à traduire sa présence dans l’Indo-Pacifique en partenariats ciblés avec des États pivots comme le Japon et en contributions à la sécurité définies de manière judicieuse et ciblée.
Enfin, la coopération bilatérale en matière de veille spatiale pourrait avoir des retombées au-delà des opérations de défense. Le Fonds stratégique pour l’espace du Japon et le cadre de promotion des affaires cofinancé par la JAXA sont conçus pour appuyer la collaboration internationale entre les entreprises japonaises et des partenaires étrangers. Des relations de sécurité spatiale plus solides entre le Canada et le Japon aideraient à nouer des liens entre les acteurs publics, commerciaux et de la recherche des deux pays, tout en soutenant le dialogue sur la conduite responsable dans l’espace, la résilience des services fondés sur l’espace et les approches communes dans des forums multilatéraux, tels que le Groupe de travail à composition non limitée sur la prévention d’une course aux armements dans l’espace extra-atmosphérique sous tous ses aspects (PAROS).
Conclusion : un point de départ pratique
La coopération Canada-Japon en matière de sécurité spatiale devrait commencer par la veille spatiale, car elle est pratique, nécessaire et politiquement réalisable. Elle n’exige ni que l’un ou l’autre pays bâtisse une architecture spatiale entièrement autonome, ni qu’ils s’éloignent de leurs relations d’alliance existantes. Elle permet plutôt aux deux pays de renforcer une base probante commune pour comprendre ce qui se passe en orbite, d’améliorer la résilience grâce à des sources de veille plus distribuées et de relier la coopération opérationnelle à des attentes plus larges en matière de conduite responsable dans l’espace.
C’est de cette manière qu’un partenariat bilatéral pourrait apporter une valeur ajoutée. Le Canada et le Japon font déjà partie des réseaux alliés de sécurité spatiale grâce à leurs relations respectives avec les États-Unis et à leur participation à l’Initiative sur les opérations spatiales combinées. Une coopération bilatérale plus délibérée créerait un lien entre les architectures de sécurité spatiale de l’Amérique du Nord et de l’Indo-Pacifique, tout en renforçant, plutôt qu’en imitant, les structures alliées déjà établies. Elle contribuerait également à faire en sorte que la veille spatiale ne soit pas seulement considérée comme une capacité militaire, mais aussi comme un outil permettant des opérations spatiales plus prévisibles, sûres et résilientes.
La prochaine étape devrait consister à tenir un dialogue Canada-Japon sur la veille spatiale réunissant des experts en politiques publiques, des fournisseurs commerciaux, des agences spatiales civiles et des ministères de la Défense. Ce dialogue devrait déterminer les domaines où les capacités canadiennes et japonaises sont complémentaires, notamment la surveillance depuis l’espace, les infrastructures terrestres, le traitement des données, la couverture régionale et aux hautes latitudes, l’innovation commerciale et l’intégration opérationnelle. Il devrait également examiner comment la coopération bilatérale pourrait soutenir la résilience des services fondés sur l’espace, le partage de données, la contre-vérification et les réponses coordonnées.
Le Canada et le Japon devraient aussi mettre à profit leur coopération en matière de veille spatiale pour faire progresser les normes de conduite dans l’espace. La veille spatiale fournit les fondements probants nécessaires pour cerner les opérations dangereuses, distinguer les activités routinières de celles qui pourraient être offensives, appuyer les notifications et les consultations, et renforcer la confiance dans l’évaluation des événements spatiaux. En ce sens, la veille spatiale ne saurait être dissociée de la conduite spatiale. Elle constitue l’une des conditions qui rendent cette conduite observable, crédible et susceptible de donner lieu à des mesures concrètes.
Un partenariat Canada-Japon en matière de veille spatiale ne résoudra pas les grands défis liés à la sécurité spatiale. Il pourrait toutefois apporter une contribution concrète là où les capacités, la gouvernance et la diplomatie se rejoignent. Dans un environnement spatial de plus en plus contesté et encombré, la capacité de percevoir, de comprendre et de coordonner devient une nécessité stratégique. Le Canada et le Japon sont bien placés pour développer cette capacité ensemble.
Révisé par Erin Williams, gestionnaire principale de programme, et Ted Fraser, rédacteur en chef, à la FAP Canada.