Carney sur la corde raide du commerce pour son voyage inaugural en Chine

Le premier ministre canadien, Mark Carney, s’efforcera de dénouer le nœud gordien des relations entre le Canada et la Chine cette semaine, poussé par la perspective de développer le commerce (et de réduire la dépendance à l’égard des États-Unis), mais bien conscient des préoccupations entourant la coercition économique, la sécurité et les droits de la personne.

La visite de Carney, la première d’un premier ministre canadien depuis 2017, se déroulera de mardi à samedi. Le premier ministre rencontrera le président chinois Xi Jinping, le premier ministre chinois Li Qiang et d’autres hauts fonctionnaires.

Ce voyage est une pièce centrale du programme plus vaste de diversification du commerce de Mark Carney, qui vise à doubler les exportations ailleurs qu’aux États-Unis d’ici 2035. La Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada – avec des échanges bilatéraux totaux se chiffrant à 130,7 milliards $ CA en 2024 – mais la relation est compliquée par les droits de douane, l’ingérence chinoise à l’étranger, la répression transnationale, l’agression contre Taiwan, le soutien de la guerre de la Russie contre l’Ukraine et la méfiance persistante à la suite de l’arrestation arbitraire par Beijing de deux Canadiens en 2018.

En 2024, le Canada, à l’instar des États-Unis, a imposé des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois. Des droits de 25 % sont encore en place sur l’acier et l’aluminium chinois, bien qu’Ottawa ait accordé un allègement temporaire pour « certaines variétés de ces produits importées de Chine et non produites au Canada », selon Reuters.

La Chine, quant à elle, a imposé des droits de 100 % sur l’huile de canola, la farine de canola et les pois canadiens, ainsi que de 25 % sur le porc et les produits de la mer canadiens.
 

Que veut le Canada?

Une percée sur les problèmes liés à ces droits de douane serait surprenante; on s’attend davantage à un engagement mutuel à démêler les « sensibilités commerciales respectives », à entretenir des communications suivies entre les dirigeants et à renforcer les liens dans des domaines tels que ceux de l’énergie, de l’agriculture, des changements climatiques et de la sécurité internationale.

À Beijing, Carney sera épaulé par un groupe de ministres canadien, soit ceux des Affaires étrangères, de l’Énergie et des Ressources naturelles, de l’Industrie, de l’Agriculture et du Commerce. (Lorsqu’il s’est rendu à la Maison-Blanche en mai pour participer à une réunion sur des enjeux tout aussi importants, il était accompagné de ses ministres des Affaires étrangères, du Commerce et de la Sécurité publique.) Le premier ministre de la Saskatchewan se joindra à Carney à Beijing.

Lundi, Human Rights Watch a exhorté Carney à « faire des droits de la personne un élément central de sa visite ». Cela est peu probable : Ottawa n’a pas mentionné les droits de la personne dans son annonce du voyage et a récemment supprimé les références au « travail forcé » sur sa page Web consacrée aux relations sino-canadiennes. Sous Justin Trudeau, le gouvernement libéral insistait régulièrement sur ces problèmes.

En octobre, la Fondation Asie Pacifique du Canada, en partenariat avec l’Institut Angus Reid, a publié un sondage montrant que 27 % des Canadiens avaient une opinion favorable de la Chine, une hausse par rapport aux 16 % enregistrés plus tôt en 2025. Cinquante-neuf pour cent des répondants, cependant, ont toujours une opinion négative du pays.
 

Que veut la Chine?

Un porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères a déclaré lundi que « la Chine attache une grande importance à cette visite et espère que les deux parties intensifieront le dialogue et la communication, renforceront leur confiance politique mutuelle, aborderont correctement les différences [et] répondront aux préoccupations de l’autre », entre autres objectifs.

Le ministre chinois des Affaires étrangères a affirmé que la première rencontre entre Carney et Xi, en octobre, avait été « déterminante », soulignant que les liens bilatéraux étaient « revenus sur la bonne voie du développement après sept années de rebondissements et de polémiques ».

Cette semaine, Xi cherchera surtout à profiter des ressources naturelles canadiennes, notamment du bois d’œuvre, des céréales, du pétrole et du gaz naturel liquéfié. Beijing voudra aussi que le Canada confirme que sa politique d’une seule Chine n’a pas changé et s’abstienne de mentionner le Xinjiang et l’agression de la Chine dans la mer de Chine méridionale, entre autres sujets délicats.

Ces sensibilités ont été apparemment mises en évidence cette semaine, lorsque deux députés libéraux ont coupé court à leur visite à Taïwan. Ces députés ont affirmé que leur retour avait été « conseillé par le gouvernement », notant qu’il « est important d’éviter toute confusion avec la politique étrangère canadienne, étant donné le chevauchement avec l’engagement du premier ministre à Beijing ».

Le porte-parole conservateur en matière d’affaires étrangères, Michael Chong, a déclaré que cette décision revenait à « se prosterner devant l’autoritarisme de Beijing ».