Ahead of Mark Carney’s India Trip: Energy as the Anchor of the Bilateral Reset

Les premiers ministres Carney et Modi au G20 en 2025
Les premiers ministres canadien Mark Carney et indien Narendra Modi lors d’un sommet bilatéral en marge du G20 à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 23 novembre 2025 | Photo : PMO

La visite du mois dernier en Inde du ministre canadien de l’Énergie et des Ressources naturelles a porté ses premiers fruits dans le cadre de la réinitialisation des relations indo-canadiennes lancée par les premiers ministres Mark Carney et Narendra Modi en 2025.

Ce déplacement a marqué un virage clair : loin de la gestion de crise, l’accent s’est déplacé vers des résultats économiques concrets, dans des domaines où les deux gouvernements peuvent démontrer des progrès, consolider des bases de soutien pour la stabilité et restaurer la confiance par une coopération pragmatique.

Ces avancées préparent le terrain pour la visite de M. Carney en Inde début mars – un voyage qui inclura aussi l’Australie et peut-être d’autres pays. Ce séjour devrait sceller des ententes sur une vaste gamme de dossiers bilatéraux, en pleine négociation d’un Accord de partenariat économique global (APEG) entre le Canada et l’Inde.

Lors de la visite de M. Hodgson, le Canada et l’Inde ont relancé le dialogue ministériel sur l’énergie et publié un communiqué conjoint sur la coopération énergétique, confirmant leur volonté d’élargir le commerce et l’investissement dans les secteurs conventionnels et renouvelables. Ce point est crucial, car l’énergie – contrairement aux dossiers politiquement sensibles qui ont tendu les relations entre les deux pays – peut aboutir à des résultats commerciaux visibles.

Les besoins de l’Inde en énergie : expansion, sécurité et diversification stratégique

La trajectoire énergétique indienne fournit le fondement structurel à une coopération approfondie. Une croissance économique soutenue nécessite une augmentation de la consommation d’énergie, et accroître celle-ci requiert un approvisionnement diversifié et fiable.

L’Inde devrait représenter plus d’un tiers de la croissance mondiale de la demande énergétique au cours des deux prochaines décennies. Le pays est déjà le troisième plus grand consommateur de pétrole au monde et le quatrième plus grand importateur de GNL, avec des capacités de traitement qui le positionnent comme un grand pôle énergétique mondial. En 2024, l’Inde a importé 88% de tout le pétrole brut qu’elle a consommé, et 47% du gaz naturel consommé.

Mais l’énergie aujourd’hui ne peut être séparée de la géopolitique. À mesure que New Delhi navigue les négociations commerciales avec Washington, elle fait face à des pressions pour réduire ses importations de pétrole russe à prix réduit. Un arrangement commercial provisoire entre le Canada et l’Inde a apparemment été lié à des attentes que l’Inde changera graduellement de fournisseur, s’éloignant de la Russie et augmentant ses acquisitions auprès de fournisseurs américains.

Si cette réorientation continue rapidement ou progressivement, la direction est claire. Le portefeuille de l’Inde est sous examen.

Toutefois, il est improbable que New Delhi remplace une dépendance par une autre. Sa stratégie reste la diversification — diversification des fournisseurs, des carburants et des alignements géopolitiques. Ce qui crée de l’espace pour des partenaires supplémentaires.

Le Canada n’est pas positionné pour déplacer les pays du Golfe comme fournisseurs ou pour soudainement dominer le mélange d’importations de l’Inde. Mais il peut réellement faire partie du portefeuille d’approvisionnement diversifié de l’Inde — particulièrement pour le pétrole brut et l’uranium à court terme, et le GNL et les minéraux critiques à moyen terme.

Dans un environnement où le coût de la sécurisation de l’approvisionnement et la fiabilité politique deviennent de plus en plus intégrés dans les décisions énergétiques, la réputation du Canada comme producteur stable, fondé sur des règles, pèse lourd.

L’opportunité du Canada : diversification et rhétorique de la superpuissance énergétique

Une coopération énergétique plus approfondie avec l’Inde sert aussi les intérêts du Canada. Les exportations canadiennes d’énergie demeurent massivement concentrées aux États-Unis. Pendant ce temps, en Inde, le ministre Hodgson qualifie le marché des exportations canadiennes – dont la dépendance envers les États-Unis avoisine les 98% – d’« erreur stratégique majeure ». Si cette concentration a été commercialement efficace par le passé, elle représente aujourd’hui un risque stratégique majeur.

Si Ottawa entend sérieusement positionner le Canada comme une « superpuissance énergétique » et réduire son exposition à un seul marché, il lui faut des partenaires crédibles de demande dans l’espace indo-pacifique ; l’Inde est un candidat de premier plan.

L’infrastructure rend désormais la diversification plus plausible qu’à tout autre moment depuis des décennies. L’achèvement du réseau d’oléoducs Trans Mountain permet au Canada d’exporter du brut vers les marchés asiatiques. Les capacités d’exportation de GNL et de GPL en côte ouest se développent également. Aucun de ces atouts ne garantit que les exportations atteindront l’Inde : la tarification, la configuration des raffineries, les coûts de transport et les contrats à long terme détermineront finalement les flux. Cependant, les contraintes structurelles qui limitaient la diversification s’estompent.

Si l’Inde réduit graduellement ses importations de pétrole brut russe, la concurrence pour les remplacer sera intense. Les producteurs du Golfe et les États-Unis chercheront à combler ce vide. L’opportunité ne viendra pas au Canada par défaut. Elle devra être conquise par un engagement soutenu, une clarté réglementaire, des prix compétitifs et un alignement entre les stratégies d’exportation fédérale et provinciale.

La base commerciale : réelle mais limitée 

L’argument stratégique est solide, mais la base actuelle des exportations d’énergie reste modeste. En 2024, les  exportations totales d’énergie du Canada vers l’Inde s’élevaient à environ 761,5 millions de dollars, tandis que les importations de produits énergétiques en provenance de l’Inde atteignaient 206 millions de dollars. La majorité des exportations canadiennes consistait en charbon (environ 602 millions de dollars) et en pétrole brut et bitume (environ 158 millions de dollars).

Cette composition révèle deux réalités : des fondements existent déjà pour le commerce d’énergie conventionnelle ; ces relations demeurent toutefois bien en deçà de l’échelle requise pour refléter l’élan politique actuel. Concilier ces deux réalités exigera plus que de la bonne volonté. Il faudra un engagement soutenu pour réduire les frictions, bâtir la confiance, aligner les cadres réglementaires et offrir une prévisibilité aux investissements à long terme.

Le nucléaire : ancre durable

Si le pétrole brut représente le levier à court terme, le nucléaire pourrait devenir l’outil stratégique le plus significatif de la réinitialisation. Les contrats à long terme en uranium instillent la confiance et créent une interdépendance mesurée en décennies.

Le Canada et l’Inde s’apprêtent à finaliser un accord d’approvisionnement en uranium sur 10 ans,d’une valeur d’environ 2,8 milliards de dollars, Cameco agissant comme fournisseur. Une telle entente pourrait constituer l’une des réalisations phares de la visite du premier ministre Carney en Inde.

Si signé, l’accord Cameco démontrerait que la réinitialisation des liens Canada-Inde peut produire des résultats commerciaux durables et substantiels. Il alignerait les besoins croissants de l’Inde en énergie de base à faibles émissions de carbone avec les atouts du Canada comme grand producteur d’uranium, tout en conciliant les priorités économiques fédérales et provinciales de manière politiquement viable.

Minéraux critiques : la prochaine phase de la coopération énergétique va bien au-delà des carburants traditionnels.

Elle englobe les minéraux critiques soutenant la transition énergétique et les secteurs manufacturiers de pointe. Pour l’Inde, ces minéraux représentent une contrainte stratégique majeure. Les chaînes d’approvisionnement pour les véhicules électriques, le stockage par batteries et la modernisation industrielle dépendent d’entrées sécurisées et de chaînes résilientes.

Pour le Canada, ils constituent une opportunité stratégique, non seulement comme exportateur de ressources, mais comme partenaire dans la construction de chaînes de valeur diversifiées. Cela réduit l’exposition au traitement concentré et aux goulots d’étranglement géopolitiques.

La valeur stratégique dépasse l’exportation de matières premières. Elle repose sur des partenariats intégrés : traitement, recyclage, collaboration technologique et résilience des chaînes d’approvisionnement, générant capacités industrielles et emplois dans les deux pays. Les relations pourraient ainsi évoluer vers une intégration économique plus profonde.

L’énergie comme preuve de concept — et un pont vers l’APEG

La réinitialisation des relations Canada–Inde restera fragile si elle se limite au symbolisme politique. Elle exige des réalisations concrètes créant des incitatifs à la stabilité pour entreprises, provinces, investisseurs et communautés souhaitant continuité et engagement approfondi. 

L’énergie est idéale pour ce rôle. Commercialement stable, évolutive et liée aux emplois, investissements et politiques industrielles des deux côtés, elle s’inscrit dans des horizons à long terme. Oléoducs, terminaux de GNL, contrats d’uranium et sites de traitement minier intègrent les relations via des infrastructures et engagements capitaux perdurant au-delà des cycles politiques.

La coopération énergétique renforcerait l’agenda commercial plus large. Les pourparlers de l’APEG seront complexes et longs, mais l’énergie peut avancer sans attendre. Les accords commerciaux, les contrats d’approvisionnement à long terme et les partenariats d’investissement structurés pourraient avancer de front, bâtissant la confiance et démontrant que ces liens peuvent générer une réelle valeur économique.

L’énergie agit comme le « canal fonctionnel » le plus pratique de la réinitialisation : un secteur prouvant le passage de la crise à un partenariat économique réel.

Pour doubler le commerce bilatéral d’ici dix ans, l’énergie — conventionnelle et verte — sera un moteur central.

À quoi s’attendre de la visite de Carney

Le voyage du premier ministre Carney en Inde révélera si la réinitialisation des relations deviendra un partenariat économique concret ou restera limitée à des intentions diplomatiques. Les attentes incluent des accords sur l’uranium, l’énergie et les minéraux critiques, ainsi que des avancées potentielles sur l’APEG. En matière de coopération énergétique, les signaux les plus clairs d’une réinitialisation effective seront commerciaux et spécifiques :

  • protocoles d’entente ou accords-cadres sur l’approvisionnement en pétrole brut ou la coopération en aval ;
  • avancées sur les investissements indiens ou ententes d’écoulement liées aux projets de GNL canadien ;
  • confirmation d’un accord d’uranium à long terme ;
  • étapes concrètes vers un partenariat structuré sur les minéraux critiques, ancré dans des chaînes de valeur définies.
     

Au-delà des annonces individuelles, la visite signalera si le Canada et l’Inde se préparent à ancrer leur réinitialisation dans une interdépendance économique durable.

L’échafaudage est en place : canaux institutionnels restaurés, intention politique exprimée.   Reste la mise en œuvre — contrats, déploiement de capitaux, alignement réglementaire et volonté politique intérieure au Canada pour adapter infrastructures et processus aux ambitions d’exportation.

Le Canada et l’Inde ne sont pas des partenaires énergétiques naturels par géographie. Ils le deviennent par nécessité et choix : l’un offre une demande massive, l’autre des ressources abondantes ; l’un diversifie son approvisionnement, l’autre ses exportations.

Si la visite de M. Carney sécurise ne serait-ce que quelques résultats durables, notamment en uranium et minéraux critiques, elle prouvera que la réinitialisation peut dépasser la rhétorique pour atteindre un alignement structurel. Dans un environnement géopolitique volatil, cette durabilité n’est pas seulement souhaitable, mais stratégique.
 

Cet article a paru dans le magazine Policy le 18 février 2026.

Vina Nadjibulla

Vina est vice-présidente, Recherche et stratégie, à la Fondation Asie Pacifique du Canada (APF Canada). Elle dirige les activités de recherche, d’éducation et de soutien aux réseaux de la Fondation. Elle supervise également les programmes de subventions et de bourses de recherche, de même que les projets de développement et de renforcement des capacités. Commentatrice régulière dans les médias sur la géopolitique, la politique étrangère canadienne et les relations Canada-Asie — avec un accent particulier sur l’Inde et la Chine —, elle est une voix reconnue dans ces domaines.

Spécialiste de la sécurité internationale et de la consolidation de la paix, Vina possède plus de vingt ans d’expérience professionnelle en diplomatie de haut niveau, plaidoyer, élaboration de politiques et analyse des risques politiques. Des zones de guerre aux salles de conseil, elle a collaboré avec des gouvernements nationaux, des organismes sans but lucratif et des fondations philanthropiques au Canada, aux États-Unis, en Chine ainsi que dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie centrale.

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